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Voir le texte, lire l'image*

Par Mohamed Ouzahra , le 24 janvier 2011 | Dernière mise à jour de l'article le 25 janvier 2011

Avant que les images dans leur version numérique n’envahissent l’école jusqu’à satiété, les maitres d’autrefois savaient faire parler figures, dessins, esquisses et autres productions graphiques. Qui ne se souvient de ces grands tableaux accrochés au mur de la classe pour illustrer la vie quotidienne d’un château-fort au moyen-âge ou encore la charge de la cavalerie lors d’une bataille napoléonienne ? L’exercice de description de la fresque s’avérait être un excellent stimulant pour l’imagination de l’élève. Il permettait surtout la construction d’une vision du réel commune à l’ensemble des enfants. Les outils d’aujourd’hui facilitent-ils de la même façon ce partage, moment essentiel du processus d’apprentissage ?

De l’image au texte et… inversement

On en conviendra, illustrer un texte et commenter une image constituent l’alpha et l’oméga de bien des moments d’apprentissage. Les objectifs pédagogiques sont multiples mais tendent tous peu ou prou à s’assurer que l’élève a bien maitrisé ce qu’il est censé apprendre.

Cela se complique un peu lorsque l’image est bannie dans une aire culturelle comme celle de l’Islam, ou des temps passés comme l’époque médiévale. La lettre du texte se fait alors image pour faciliter la compréhension du sens. La calligraphie arabo-musulmane montre à quel point de perfection l’art de figurer sans image, de représenter sans dessiner, de signifier sans donner à voir, peut être porté. Sans transgression formelle de l’interdit.

De la même façon, l’art de l’enluminure des manuscrits et des textes anciens participe de cette volonté de restituer au-delà des mots la complexité du réel, tout en faisant appel à une esthétique sacrée.

L’art du zellige islamique, que j’ai déjà abordé ici, traduit également cette volonté de fusionner l’écrit au signe graphique. Le maâlem (maitre) grave dans la pierre et le plâtre les écrits divins, ou la sagesse prophétique, à des fins d’enseignement et de transmission. La frontière entre le texte et l’image est alors des plus fluctuantes.

Le couple image-texte n’a pas fini de fasciner pédagogues et chercheurs. Un groupe de recherche tente d’en explorer les moindres arcanes et de cerner ce qu’il pourrait apporter à l’enseignement moderne.

Les supports numériques entre texte et image

Les supports d’aujourd’hui décuplent ces possibilités de métamorphose. Pour l’étude de l’image, matière incontournable des écoles d’enseignement de l’art, les TIC ouvrent de nouveaux passages entre texte et vidéo par exemple.

Plus pragmatique, et plus générique, est cette illustration de l’intérêt pédagogique du rapport entre l’image et le texte dans un album pour la jeunesse. La bande dessinée, qui combine dessins et paroles, est ainsi un beau moyen d’aborder des œuvres classiques que les jeunes d’aujourd’hui, gavés d’animations graphiques, jugent bien trop rébarbatives.

Cependant, c’est bien la fonction hypertexte des traitements de texte actuels, ultime avatar de la longue mutation de l’écrit, qui recèle des combinaisons aussi riches qu’intéressantes. La possibilité d’illustrer immédiatement un propos, à travers un lien et un fenêtrage appropriés, remet à l’honneur l’adage bien connu qui veut qu’une image vaut mieux qu’un long discours !

Pour autant, le recours systématique à l’image n’est pas sans risque, tant s’en faut. En effet, l’omniprésence de l’image dans nos sociétés que facilite les nouveaux outils numériques - et le milieu scolaire n’y échappe évidemment pas -, pourrait conduire à un appauvrissement de la pensée et des facultés de raisonnement. La psychologie du développement de l’enfant insiste depuis longtemps sur l’importance de l’image mentale cette fois, c’est-à-dire l’image imaginée indépendamment du support visuel, dans la construction des connaissances. Une importance mise en évidence par cet exemple dans le secteur de la santé.

En définitive, que ce soit hier à travers des tableaux statiques ou aujourd’hui avec les tablettes numériques, l’équilibre doit être trouvé, et renouvelé !, entre l’image et le texte. En gardant constamment à l’esprit l’essentiel : mettre le support graphique ou écrit au service de l’apprenant et de son cheminement pas toujours aisé vers la connaissance.

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