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Autopsie de la Stéfi : des premiers pas prometteurs puis enlisés dans les marais de l’isolement -

Par Denys Lamontagne , le 29 mai 2000 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

La Stéfi (Société de téléformation interactive), c’est cette initiative ambitieuse que nous avions saluée, il y a plus d’un an, alors qu’elle était déjà terminée.

Stéfi se voulait alors un portail de formation par Internet pour tous les niveaux éducatifs. Des cours y étaient offerts, appuyés par une bibliothèque virtuelle, du support en ligne et des forums d’entraide. Un projet enthousiasmant, mais qui a été graduellement abandonné.

Aujourd’hui, il en subsiste encore quelques morceaux intéressants, utilisables et forts bien faits dans la section primaire et probablement ailleurs (je n’ai pas fouillé tout le site). Mais, pour l’essentiel, le projet est mort.

Il y a un an, on pensait encore que l’initiative pourrait avoir des suites; aujourd’hui, on y croit moins.

Nous allons disséquer ce projet, pourtant bien mené, pour tenter de trouver les causes et les forces en jeu qui l’ont mené à l’échec.

Le super portail

Qu’ont en commun les niveaux primaire, secondaire, collégial, universitaire et la formation aux adultes?

Certainement beaucoup de choses; mais sur le site de la Stéfi, on n’a pas réussi à trouver ce qui les aurait amenés sur le même site. Les universitaires ont horreur d’être associés au primaire; les adultes n’aiment pas être identifés à des enfants d’école, les enfants, aux sites sérieux et les ados, à tout le reste.

Je caricature. Mais lorsqu’il s’agit de première impression, le Web ne négocie pas. Le Web vous offre des spécialités. Pour être généraliste, cela prend des moyens IMMENSES (ce que Stéfi n’avait pas) ou un sujet bien identifié qui plaît à tous; pas un concept flou comme «une nouvelle façon d’apprendre».

La fédération par niveau

Stéfi, comme des dizaines d’autres initiatives scolaires et institutionnelles, n’avait pas compris l’une des propriétés de base du Web : celui de lier les gens par affinité et activité (un résultat) plutôt que par niveau-discipline (un concept) issu de la tradition et du modèle scolaire.

La structuration interdisciplinaire maintenant permise par le Web se fait autour de projets, d’activités possibles ou réalisées; cela permet d’animer les lieux. Suivre un cours pour suivre un cours n’intéresse qu’une infime minorité de personnes.

L’animation est la clé des sites Internet qui réussissent. Sans animation, rien ne se passe et tout meurt. Et cette animation se fait autour d’activités et de résultats; non autour de concepts arides.

Les appuis institutionnels

Visiblement peu d’institutions éducatives ont répondu à l’appel de la Stéfi; et celles qui ont répondu l’ont fait du bout des lèvres et des doigts.

Dès qu’il est question d’argent, il est pratiquement impossible de faire collaborer de façon étendue des institutions éducatives qui, par ailleurs, se font une concurrence féroce pour le recrutement des étudiants à la base de leur financement et pour les spécialités exclusives, source de leurs revenus de recherche.

Aucune n’accepte et n’acceptera de financer une initiative externe qu’elle ne contrôlera pas à moins d’y trouver un profit important et immédiat.

Stéfi comptait vraisemblablement sur cet appui; tout comme plusieurs autres initiatives éducatives qui trop souvent épuisent leur fonds de départ dans une concertation forcée qui n’aboutit finalement qu’à peu de choses du point de vue collaboratif. (Voir Gestion de la classe en réseau, une initiative conjointe de l’Université Laval, de l’Université de Sherbrooke et de l’UQÀM où la collaboration se résume à ce que chacune peut en retirer directement.)

Ce qui fonctionne

Si on analyse les initiatives qui fonctionnent dans les faits actuellement, elles sont soit généralistes, sans segmentation, soit spécialisées avec une forte segmentation. Toutes suivent un fil conducteur clair :

un service

Ex. Dépannage : MémopageEx.: Tutorat (Plusieurs sites) Ex.: Thèses : Bibelec

ou un champ d’application

Ex. Droit du travail avec Tripalium.

Enfin, aucune ne doit sa survie à plusieurs institutions éducatives qui collaborent. Celles qui tentent l’aventure sont rapidement confrontées aux questions de contrôle, de fusion et de financement.

Celles qui paraissent collaborer offrent simplement des services sur une base contractuelle. Plusieurs institutions peuvent ainsi être représentées sur un même site sans se faire compétition : elles offrent alors chacune leurs services autour d’une même activité. Cela apparaît comme étant l’une des voies de survie les plus plausibles pour bien des institutions.

Si le Web se structure à partir des usagers et des services, il est fort probable que ce modèle de structuration s’étende aux institutions éducatives, qu’elles le veuillent ou non.

Le Stéfi

Régner véritablement, c’est servir. (Lao Tseu)

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