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La bibliothèque, alliée de l'autoformation

Par Alexandre Roberge , le 23 juin 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 30 mars 2013

A l'époque où les livres constituaient les seuls supports des savoirs objectivés, les bibliothèques étaient perçues comme les "temples du savoir", et étaient investies par de nombreuses personnes qui souhaitaient se former seules ou compléter leurs connaissances sur un sujet donné. Mais Internet est arrivé, et peut être considéré comme une bibliothèque géante et en expansion permanente. Les bibliothèques devraient-elles pour autant abandonner leur fonction de support à l'autoformation ?

Dans un texte d'opinion datant de 2002, le conservateur Bruno Dartiguenave évoquait la montée en puissance de l'autodidaxie dans la culture de l'éducation. En effet, l'autodidaxie conserve toute sa pertinence pour les savoirs et savoir-faire délaissés par les institutions de formation généralistes (par exemple, l'art culinaire, les savoir-faire artisanaux, l'histoire locale, etc.). Malheureusement, poursuit B. Dartiguenave, les bibliothèques ont tendance à adopter la même hiérarchisation des savoirs que les universités, et à privilégier les usagers qui viennent acquérir un complément de formation plutôt que ceux qui gèrent leur parcours de formation de manière autonome.

Ceci tient au fait que nombre de bibliothèques se considèrent encore d'avantage comme les gardiens de la culture classique, que comme un service à la population dans son ensemble. D'ailleurs, les salles d'actualités sont, dans nos bibliothèques publiques, nettement séparées des salles d'études, royaume du sérieux et du durable...

Les tenants de l'autodidaxie eux-mêmes sous-estiment le rôle des bibliothèques pour celui qui souhaite apprendre en dehors des structures de formation. Dans un mémoire assez volumineux de l'ENSIBB (école nationale supérieure des sciences de l'information et des bibliothèques) datant de 2008 et prônant le rôle de la bibliothèque dans l'autoformation, on souligne cette méconnaissance des tenants de l'autoformation:

"Joffre Dumazedier par exemple, même s’il encourage l’effort des CDI pour l’auto documentation, pense plutôt que c’est avec la création de réseaux d’échange de savoir, au sein des syndicats, au sein des associations que l’autoformation se développera. Philippe Carré lui, même s’il reconnaît le succès des lieux d’autoformation de la Bpi, de la Cité des sciences de la Villette, même s’il cite la maison du savoir d’Agde, [...] ne considère la bibliothèque que comme l’un des nombreux lieux où peut se développer l’autoformation, à l’instar des centres commerciaux, des lieux de culte ou des gares." (p.33)

Des initiatives nombreuses

Pourtant, comme il est souligné dans ce mémoire, des exemples existent en France et ailleurs, même s'ils sont peu nombreux, de bibliothèques qui ont décidé de valoriser les démarches d'autoformation. Par exemple, la BPI (Bibliothèque Publique d'Information) du Centre Pompidou à Paris, offre non seulement des postes informatiques, mais également des cabines pour l'apprentissage des langues, plusieurs centaines de didacticiels sur cédérom ou en ligne, des documents électroniques, des abonnements à de sites de e-learning, etc. La Cité des Sciences et de l'Industrie (CSI), toujours à Paris, a également son espace [email protected] où l'on peut retrouver plusieurs centaines de documents multimédia donnant accès à des connaissances professionnelles comme l'hôtellerie ou le bâtiment par exemple. À Grenoble, la mise en réseau des différentes bibliothèques a permis d'augmenter l'offre d'autoformation et surtout de la rendre disponible dans les quartiers. Par exemple, la BMI (Bibliothèque Municipale Internationale) offre au grand public 184 méthodes de langues ainsi que des collections littéraires et audio de langues étrangères. Dernier exemple, à St-Jacques de la Lande, la Médiathèque Lucien Herr offre connexions Internet, Wi-Fi, ainsi que des CDs, DVDs et livres sur l'autoformation, la recherche d'emploi ou la préparation de concours. Le but de cet établissement étant, en partenariat avec des organismes locaux d'emploi, d'aider les familles en difficulté dont des membres sont en recherche d'emploi.

Mais la France n'est pas le seul pays à proouvoir l'autoformaiton en bibliothèque. la Suède, le Canada, et surtout les Etats-Unis et la Grande-Bretagne font de considérables efforts dans ce sens, notamment en accueillant des cours d'alphabétisation, de cuisine, de mécanique... à la demande des usagers.

De nouvelles fonctions pour les bibliothécaires

Dans cette reconfiguration des missions de la bibliothèque, le bibliothécaire joue un rôle considérable. Tout simplement parce qu'il peut agir comme un guide pour celui qui souhaite se former hors des sentiers battus. Répétons-le, se former en autonomie ne signifie pas se former seul ! Le bibliothécaire connaît ses collections, leurs caractéristiques, les publics, et saura mettre en relation les demandes multiples avec les produits adéquats. Certaines bibliothèques offrent aujourd'hui des sessions de formation à l'utilisation... des bibliothèques.

Les catalogues et moteurs de recherche ne remplacent pas le bibliothéquaire, dans la mesure où celui-ci interagit en finesse avec l'utilisateur; il l'aide à préciser sa demande, à accéder à des ouvrages qu'il n'aurait pas osé ouvrir de lui-même.

De plus, la bibliothèque représente un potentiel énorme en termes de formations de communautés d'apprenants. En offrant des possibilités d'autoformation, elles pourraient encourager les personnes à s'entraider, participer à des ateliers ensemble, échanger sur leurs apprentissages, etc.

Dans son texte, Bruno Dartiguenave n'hésite pas à ouvrir l'éventail des sujets à investir par les bibliothèques, pour le plus grand profit d'un public toujours plus varié :

"Elles pourraient ainsi davantage favoriser, en lien avec leurs partenaires socioculturels et éducatifs, les ateliers d’écriture (poésie, théâtre, nouvelle, jeux littéraires, etc.), la composition chantée, l’écriture cinématographique mais aussi des lieux d’échange en invitant les amateurs passionnés d’histoire locale ou d’écologie, des collectionneurs, des peintres, des voyageurs, etc., témoigner de leur parcours artistique ou de leur quête intellectuelle un peu à l’image des réseaux d’échanges de savoirs."

Si l'on note peu d'initiatives en ce sens en France, la capitale de la Grande-Bretagne a déjà franchi le pas : les Idea Stores de Londres, dont nous vous avons parlé dans Thot,  se définissent en effet comme des "bibliothèques centres d'apprentissage", qui proposent des cours aussi bien à distance qu'en présence, et des communautés d'apprenants.

Twitter, un outil de maillage utile aux bibliothèques ?

Un des problèmes récurrents des bibliothèques est de faire connaître l'offre de ressources. Certes, la table des nouveautés est toujours présente dans la salle d'accueil du public. Il est possible, dans certaines bibliothèques, de s'abonner à une lettre d'information électronique, voire à des fils RSS thématiques. Mais les outils numériques, hyper réactifs, peuvent là apporter beaucoup.

On a vu apparaître des écrits évoquant les possibilités qu'offre l'implantation de Twitter dans les bibliothèques... Pour faire la promotion non seulement de leurs activités mais de leurs collections et leurs médiathèques. On comprend aisément comment les bibliothèques pourraient profiter de Twitter pour créer des communautés d'apprenants utilisant leurs services, le système de suivi propre à Twitter permettant aux apprenants de maintenir le liens entre eux d'une part, avec le bibliothécaire ou l'animateur coordinateur de leurs cours d'autre part.

Nombre de bibliothèques offrent d'ores et déjà des services "hors les murs". Voyez par exemple la Bibliothèque municipale de Lyon, qui a mis en place le Guichet du savoir : vous posez une question sur le site Internet, les bibliothécaires vous répondent et vous fournissent une liste de ressources à consulter. Il ne reste plus qu'à compléter ce canal par un dispositif de maillage entre personnes intéressées par le même sujet. Twitter semble effectivement être une piste à suivre.

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