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Distance affective et proximité pédagogique

Par Mohamed Ouzahra , le 15 décembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 18 novembre 2011

L’un des défis les plus importants à relever pour la formation à distance est sans doute de fidéliser les apprenants. En effet, en l’absence d’un tuteur bienveillant, comme peut l’être l’enseignant en classe, les taux d’abandon en formation à distance seraient ainsi bien supérieurs à ceux enregistrés en formation traditionnelle.

La présence humaine à même d’assurer cet apport émotionnel parait donc indispensable dans tout dispositif d’enseignement. Est-ce si sûr ? La question pourrait en réalité être posée autrement : la présence du professeur suffit-elle à tous les coups à rassurer l’apprenant et à le motiver ? La déperdition scolaire persistante voire en augmentation dans les systèmes éducatifs traditionnels pousse à nuancer les choses.

Les émotions aident-elles à apprendre ?

Le magazine de vulgarisation scientifique Sciences et Avenir n’en doute pas et explique « Pourquoi les émotions rendent plus intelligent »… Questionnant la notion d’intelligence émotionnelle, la revue revient sur le fait, à présent avéré il est vrai, de l’utilité de savoir gérer ses sens pour réussir dans la vie professionnelle.

Un psychologue n’hésite pas à écrire, dans le même ordre d’idées, sur la revanche du QE (pour Quotient Émotionnel) sur le vénérable QI (Quotient Intellectuel). Même si l’opposition entre ces deux paramètres semble illusoire.

On peut en conclure que la formation a aussi besoin d’émotions, et donc d’affect, pour bien fonctionner. La présence humaine donnerait à l’enseignement en présentiel un avantage indéniable sur la FAD en terme de motivation des apprenants. Encore faut-il préciser de quelle forme de FAD il s’agit. On peut supposer que les problématiques sont différentes lorsqu’il s’agit de tutorat à distance, de visioconférence ou d’autoformation face à une console. L’isolement de l’apprenant étant pour ce dernier cas vraiment réel.

L’autre point qui pousse à nuancer le jugement est l’idée que l’implication de l’élève est moins tributaire de la présence du professeur que de la qualité de l’écoute que développe celui-ci. Autrement dit, toutes les présences ne se valent pas. Le sociologue américain Edward Hall a développé à la fin des années soixante sous le nom quelque peu accrocheur de « dimension cachée » une idée sur l’appréciation de la distance et, plus généralement, la gestion de l’espacechez l’homme. L’intérêt de cette approche en éducation est évident. Elle a été utilisée notamment par Bruno Bettelheim pour expliquer le succès de la prise en charge des enfants autistes à l’École Orthogénique de Chicago.

Il s’agit certes d’un exemple extrême mais Bettelheim affirmait que ses méthodes pédagogiques pouvaient aussi servir à améliorer les approches d’enseignement destinées aux enfants sans problèmes particuliers. Le psychologue a montré notamment qu’en fonction de la distance adoptée, l’enfant pouvait se sentir écouté et soutenu ou, au contraire, délaissé. La question est sans doute plus une affaire de posture et de qualité de l’écoute que de métrage. En développant cette notion de distance pédagogique est-il possible d’imaginer des dispositifs de formation à distance plus attractifs et même plus "chaleureux" ?

Responsabilisation de l’apprenant et disponibilité des pairs

En réalité, pour espérer assurer un minimum de « persistance scolaire » de l’apprenant dans les dispositifs de FAD, principalement ceux où l’intervention du tuteur est limitée voire absente, il est nécessaire de décortiquer la notion de motivation avant même que de proposer des pistes d’amélioration.

Le pari implicite de la FAD est sans doute que la disponibilité à toute heure d’un contenu d’apprentissage de qualité suffirait à assurer un enseignement efficace. Ce n’est qu’en partie vrai. La pratique montre que la motivation est en la matière un critère de réussite essentiel. Or, pour motiver les apprenants il faut pouvoir analyser précisément leurs besoins comme l’explicite cet article.

Une fois ces besoins spécifiques identifiés, les pistes pour améliorer la motivation de l’apprenant en enseignement à distance sont multiples. Il y a d’abord la responsabilisation de l’apprenant, une voie explorée ici même par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah.  

La responsabilisation peut passer par une augmentation de l’interactivité dans les dispositifs de FAD. En effet, avec des exercices interactifs de qualité, la distance réelle peut se transformer en proximité pédagogique.

Le tutorat par les pairs apporte également un bénéfice socio affectif certain. Et pour peu que ces pairs soient des anciens, il s’agit là d’une solution qui parle forcément à l’apprenant africain. La culture du continent ne fait-elle pas une place de choix aux maâlem, c’est-à-dire aux maitres qui ont la capacité d’accompagner avec bienveillance, pour reprendre un terme de coaching, les plus jeunes dans leurs parcours d’apprentissage ?

C’est tant mieux car l’enjeu est crucial pour l’enseignement sous toutes ses formes en Afrique. Et pour cause, la FAD est en passe de devenir incontournable dans des contrées très vastes et dramatiquement dépourvues d’équipements éducatifs comme d’éducateurs expérimentés.

 

 

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