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La vie moderne des agronautes

Par Martine Dubreucq , le 07 décembre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 08 décembre 2009

La réception enthousiaste et la consécration du film documentaire de Depardon, " La vie moderne" en 2008, tourné dans des fermes d'Ardèche, de Lozère et de Haute-Loire et nominé aux Césars nous permettent de comprendre combien le mythe du "bon paysan "sacrifié à l'autel des méchants céréaliers peut avoir la vie dure.

Raymond Depardon dit au sujet des agriculteurs qu'il a filmés : " Le monde paysan n’est pas "un monde qui disparaît " ou "un monde à part ", c’est un monde qui n’est pas si éloigné du nôtre. Ils n’attendent plus rien de personne. Ils savent qu’ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes.

Quelle que soit la valeur humaine et artistique du film, on peut reprocher à "La vie moderne "de tomber dans le pittoresque et d'associer avec un esthétisme malvenu vie à la campagne et lenteur contemplative. On peut aussi lui reprocher de ne pas assez croire à la force des gens qui s'associent et échangent pour résister et faire vivre leur entreprise, qu'elle soit petite ou grande.

Objet de fantasmes des gens des villes, nos moins de 2% de travailleurs de la terre nationaux, peau de chagrin qui fait tout de même vivre une population de 60 millions d'habitants, plus une partie de la planète (4e exportateur mondial en moyenne !) composent une grande mosaïque d'individus et d'intérêts divers. Les paysans de vallées déshéritées présentés par Depardon continuent malheureusement à véhiculer cette vision misérabiliste du monde de l'agriculture : la nostalgie se vend mieux que le réalisme et l'observation de la diversité des conditions de vie, avec leurs complexités.

Une balade sur internet permet de sortir du sépia trompeur et nous montre paradoxalement la vraie vie des exploitants agricoles. Certes, la fracture numérique est bien visible sur le territoire français ( 50 à 60 000 agriculteurs ne sont pas raccordables à l’ADSL en 2009 ). Mais la majorité a comblé le légendaire retard en matière d'informatique et de connexion internet, et dépasse nettement en matière d'équipement les ménages ouvriers et employés. Source Insse

Le blog de Christian Gentilleau, ingénieur en agriculture et créateur du site Web-agri, Les NTIC en agriculture est une bonne introduction au monde de l'agriculture connectée.

Il remarque dans cette vidéo, à partir des résultats de l'enquête 2008/09 : Agrinautes êtes vous innovateurs? que les usages personnels précèdent toujours les usages professionnels et que par conséquent :

-Grâce à l'adoption du GPS dans la vie quotidienne, on va assister à un fort développement de l'agriculture de précision, dans un premier temps dans les grandes structures, puis chez les petits exploitants agricoles.

- Grâce aux services sur téléphone portable,on va voir la naissance de nouvelles applications liées à la localisation dans les parcelles ou aux animaux.

Il note également que peu à peu les modes de consultation d'Internet changent et évoluent de la recherche simple d'informations de type météo à une plus grande variété de ressources via Google, ou à une progression des abonnements aux newsletters.


On est loin de la participation, de la mutualisation mais si l'on jette un coup d'oeil sur l'agrégateur Netvibes de Christian Gentilleau, TICAGRI, on est surpris de constater que si peu d'internautes agriculteurs génèrent tant de contenus ! 

On note que le forum Agricool est géré et modéré par des agriculteurs et qu'il est fort de 3500 membres, que le site RDVAgri se présente comme un site de réseau social et qu'il s'organise pour des ventes directes.

Peut-être objectera-t-on que toute cette vie en ligne n'est l'affaire que de quelques ingénieurs agronomes ou de conseillers en agriculture mais les agriculeurs blogueurs existent bel et bien, comme l'auteur du  journal d'une ferme en Bourgogne qui rend compte de la vie dans une ferme d’élevage charolais traditionnel dans la région du Sud Morvan.

Tenir un blog c'est quoi ?

"Il ya des gens qui font beaucoup mieux que moi mais moi je voulais raconter ce que je vivais au jour le jour [..] J'arrive à la retraite et...bon, c'est une agriculture un peu dépassée mais il y a des jeunes qui arrivent, qui vont faire beaucoup mieux que moi et puis je me fais pas de souci pour eux ".


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