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Devoirs de mémoire(s) sur le Net***

Par Mohamed Ouzahra , le 29 janvier 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Depuis l’avènement de son nouveau Roi en 1999, le Maroc a inscrit le devoir de mémoire parmi ses priorités politiques. Mémoire de ce qu’on appelle ici les «années de plomb» qui ont été marquées, de 1956, année de l’indépendance, à 1999 précisément, par nombre de violations graves des droits de l’homme : séquestrations abusives, tortures, disparitions forcées et exécutions sommaires. Pour écrire cette histoire occultée, une instance a été créée en 2003. Présidée par un ancien détenu politique, l’Instance Equité et Réconciliation (IER) a clos ses travaux en novembre 2005 par la publication sur Internet d’un volumineux rapport recensant ces exactions et proposant les pistes pour en bannir la répétition.

Mémoire plus globale des réalisations des cinquante ans d’indépendance à travers le très complet Rapport sur le développement humain que j’ai déjà évoqué dans un article précédent.

Mémoire plus enfouie enfin de l’une des composantes identitaires du pays, l’amazighité ou culture berbère. Pour lui restituer la place qu’elle se doit d’occuper, une institution officielle abritant plusieurs centres de recherche a été créée et dotée de moyens importants : l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM). Il faut dire que les défis à relever sont importants. De l’introduction de la langue à l’école au développement des outils de communication, tout reste à faire ou presque. Le site de l’IRCAM donne une idée des programmes en cours et abrite une fort intéressante école amazighe virtuelle en gestation.

Il est cependant symptomatique que l’une des premières initiatives de l’IRCAM a été de demander à Microsoft de fournir des polices et un clavier amazighes pour ses outils bureautiques. La volonté affichée est de rattraper le retard en collant à l’évolution rapide des nouvelles technologies. L’Institut réfléchit également à la création de normes et plates-formes technologiques pour l’enseignement à distance de la langue amazighe. Enfin, un travail de réflexion important sur les outils de traduction est en cours.

On le voit, les chantiers ne manquent pas. Le Maroc entend se réapproprier sa densité culturelle et c’est tant mieux. Que cette année nous fêtions dans l’intervalle de quelques semaines le nouvel an chrétien, l’ennayer berbère (mi-janvier) et le premier moharrem musulman (fin janvier) est en soi un bon augure de cette nécessaire coexistence dans le monde tourmenté où nous vivons.

A bientôt.

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