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La formation à distance : une deuxième chance pour les jeunes sans-abris

Par Alexandre Roberge , le 27 janvier 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 25 février 2012

Les personnes sans-abri, victimes de l'inégalité et du manque de formation

La problématique des personnes sans abri (aussi connu sous le nom de S.D.F.: Sans Domicile Fixe) est un sujet de préoccupation des intervenants sociaux dans les pays occidentaux. Car les personnes sans abri sont les premières victimes d'une richesse occidentale mal distribuée, de la pénurie de logements et du coût de la vie exorbitant. Par ailleurs, nombre d'entre eux ont connu des parcours de vie cahotiques, dans lesquels figurent souvent des problèmes liés à une formation de base insuffisante. C'est du moins ce que l'on croit souvent. Pourtant, une enquête faite à Madrid en 1997, avait montré que seulement 12,5 % de la population des sans-abris interrogés n'avait pas amorcé d'études secondaires et qu'environ 46% d'entre elle possédait un diplôme secondaire et plus encore (diplôme technique, universitaire, etc.). Un chiffre étonnant et qui met en cause nos idées reçues.

Néanmoins, l'absence d'une formation initiale complète touche fort les plus jeunes des sans-abris. C'est ce qu'a souligné ce rapport gouvernemental canadien à la fin de la dernière décennie. Une réalité à laquelle s'est attaquée un organisme de formation à distance en Arizona, aux États-Unis.

Reprendre l'école, à son rythme

La Sequoia Choice offre aux jeunes sans-abris la possibilité de revenir à leur rythme sur les bancs d'école. Elle propose des classes dans lesquelles les jeunes sont en contact avec des tuteurs qui les aident  et des professeurs accessibles à distance grâce aux liaisons satellites. Les inscrits ont la possibilité de suivre des cours à plein temps ou à temps partiel; ils peuvent également reprendre gratuitement les niveaux scolaires auxquels ils ont échoué dans leur cursus, grâce à des crédits de réintégration. Cette dernière opportunité leur permet d'ailleurs de rester à l'école à laquelle ils sont inscrits, si c'est le cas. Le programme prévoit également la fourniture de tickets gratuits pour les transports, pour que les jeunes ne soient pas entravés dans leur volonté de reprise d'études pour des "détails" aussi simples que l'impossibilité de se payer le bus...

Le principe général est simple: il faut ramener ces jeunes dans les cursus scolaires pour qu'ils puissent éventuellement sortir de la rue et exercer le métier qu'ils auront choisi. La formation à distance répond alors à leur situation particulière : ils peuvent commencer un programme quand ils le désirent, continuer leurs cours sur Internet ou dans l'une des 12 classes disponibles.

Et on peut dire que ça marche: en un an, le nombre d'élèves inscrits dans ce programme a grimpé de 50%. Aujourd'hui, ce programme accueille environ 160 étudiants sans domicile fixe. Il faut dire que l'institution Sequoia Choice, reconnue par l'État de l'Arizona depuis 1999 et comme un établissement d'excellence, s'est alliée avec plusieurs partenaires scolaires (collèges et autres écoles) pour fournir de nombreux programmes (près de 400) de qualité.

Une initiative qui devrait donner des idées à de nombreux pays

Cette belle initiative pose alors la question suivante : à quand la possibilité d'offrir de telles opportunités aux sans-abris au Canada, en France et ailleurs ? En 2007, lors de l'élection présidentielle française, Nicolas Sarkozy avait fixé l'objectif de la disparition des SDF pour 2009. Or, la situation n'a pas vraiment évolué depuis son élection... Comme on l'a dit plus tôt, le niveau d'éducation n'est pas le seul facteur expliquant que le nombre de sans-abris est estimé à 100 000 personnes depuis plusieurs années en France, pour ne nommer que ce pays.

Néanmoins, dans un contexte où l'économie vascille et augmente le risque de perte de logement pour des milliers de travailleurs pauvres, on pressent qu'un effort significatif au niveau de la formation, à distance ou non, pourrait améliorer la situation de ceux qui dorment dehors et qui ont encore suffisamment d'énergie, en dépit des énormes freins qu'ils rencontrent, pour en bénéficier. Est-il possible d'imiter l'initiative prise par la Sequoia Choice et ses partenaires ? Que manque t-il pour que cela devienne une idée applicable, tout simplement ? Un débat essentiel dans la situation économique actuelle.

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