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Le coût de l’ignorance et le poids du secret***

Par Mohamed Ouzahra , le 03 octobre 2006 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Le Président américain Franklin Roosevelt aurait dit un jour à des sénateurs qui renâclaient à en voter le budget : « si vous trouvez que l’éducation coûte trop cher, essayez l’ignorance » ! Pour être évidente, la sentence n’en est pas moins vraie. De nombreux pays en développement font chaque jour la douloureuse expérience des coûts cachés de l’ignorance. Et parmi les nombreux maux dont ils souffrent, cette ignorance et l’analphabétisme de larges pans de leurs populations figurent en bonne place et, un peu partout. Sur les routes, où elle contribue, avec l’imprudence et l’incivisme, à la mort de milliers de personnes chaque année comme le déplore, Tel Quel, une jeune et talentueuse revue marocaine. Dans le domaine de la santé publique où, selon les termes d’un professeur éminent, « elle tue plus que le cancer » ou, plus globalement, en terme de formation à la citoyenneté lorsque « l’ignominie de l’ignorance» entrave l’émergence d’un citoyen responsable et honnête, doté d’un esprit critique constructif, et pleinement engagé dans la construction de l’Etat de droit.

La liste des problèmes que pose l’ignorance est encore longue et l’on peut aisément comprendre le souci permanent des gouvernements de combattre ce fléau.

Au Maroc, un secrétariat d’Etat est dédié à la tâche. D’autres organes étatiques et de nombreuses associations apportent leur concours à une tâche difficile tant le passif est important.

Mais ce qui complique singulièrement les choses est qu’il faut souvent mener la lutte contre l’analphabétisme et l’illettrisme, des jeunes en particulier, sur plusieurs fronts : la lecture, la culture, les technologies de l’information, etc. Faute de quoi, cette population importante pour l’avenir du pays pourrait rester éternellement « en retard d’une révolution ». Alors bien sûr, les NTI constituent ici un objet de formation mais aussi un outil efficace, et paradoxalement en définitive peu coûteux, de transmission des connaissances. De nombreux projets témoignent de l’originalité de cet apport comme cet intéressant appui à l’alphabétisation par les TIC.

L’Unesco contribue aussi par des initiatives d’envergure.

D’autres initiatives se veulent plus proches du terrain comme ce projet d’ Internet de Rue.

Mais peut-être que faire accéder une population à la connaissance permet de réduire aussi le poids du secret qui entoure nos sociétés. A une époque où la transparence devient un mode de gouvernance (et une mode !) qui fait débat, la tentation est grande de faire reculer les croyances populaires en une multitude de secrets enfouis auxquels un happy few d’initiés - entre adeptes de sectes et agents d’officines gouvernementales - aurait accès. De fait, l’heure est à la démocratisation du savoir et à l’égalité des chances. Et accessoirement, sous ces prétextes ou d’autres, elle est aussi au contrôle des lieux et des esprits ! Or si l’étude du contrôle mental peut s’avérer intéressante pour dépasser certains stéréotypes, elle l’est encore plus pour prévenir les réelles et nombreuses dérives qu’il entraîne.

Finalement, à y regarder de près, toutes ces notions sont inextricablement liées et doivent être maniées avec prudence. Combattre l’ignorance est bien sûr un devoir, et sans doute un des sésames pour accéder au développement durable.

Pour autant, mettre des pays, hier à l’écart, sous le feu des projecteurs au prétexte de contribuer à leur développement ne prémunit nullement d’une manipulation des chiffres à des fins très intéressées. Les statistiques ne sont alors qu’une forme élaborée du mensonge, au service d’un développement hélas bien virtuel.

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