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Le libre droit en formation

Par Franck Henry , le 10 février 2003 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Le discours dominant sur le droit d’auteur en formation semble marqué par une pensée unique : la circonscription limitée des modalités de diffusion. Si l’on ne peut contester la juste reconnaissance de l’auteur ou des auteurs dans une création pédagogique, il en va tout autrement du dogme généralement admis en matière de publication de cette œuvre, surtout dans un soucis de diffusion de savoirs. Le copier/coller comme acte d’apprentissageAvec la dématérialisation des contenus liée aux potentialités des technologies de l’information et de la communication, le copier/coller voire le traitement des données informatiques est une modalité de détournement d’une œuvre initiale à la portée de tous. Si l’on s’en tient au Code de la propriété intellectuelle, rien ne peut se faire sans l’aval de son (ses) auteur(s). Dans les faits, force est de constater que les usages ne sont pas majoritairement légaux. Qui n’a pas téléchargé un schéma électrique provenant d’une marque automobile ? Qui ne s’est pas inspiré d’un texte historique pour construire son cours ? Qui n’a pas inséré dans sa présentation assistée par ordinateur une photo numérique illustrative d’une agence de presse réputée ?… Aussi répréhensibles soient-ils d’un point de vue strictement juridique, ces comportements humains traduisent une volonté de transmission de savoirs. Née de l’enfance, l’imitation est un mode de préceptorat naturel… Une réappropriation revendiquéeEn formation, un enseignant, un formateur recrée. Son « innovation » tient d’un réagencement personnel issue de son vécu social, d’une construction cognitive héritée d’une histoire collective (son éducation, ses études, ses pairs professionnels…). Sa création d’auteur est fruit de ressources préexistantes. On ne crée jamais de rien. L’acte même de former est d’inciter les apprenants à prendre, à piocher, à manipuler, à s’emparer… le contenu, objet de l’apprentissage. Revendiquons-nous pour autant un droit d’auteur des apprenants ! Un formateur forme et déforme. Cela rentre dans sa genèse professionnelle. Pour communiquer un savoir, il a dû, lui-même se l’approprier. Aussi, afin de démultiplier ce rituel transmissif, les acteurs de la formation devraient encourager toutes les formes de libres diffusion de contenu. Revendiquer que telle création est librement utilisée, reproduite, ou diffusée. Mieux, que son contenu originel pourra être modifié en fonction des besoins contextualisés de formation. Dès le départ son « code source » est prévu pour être réappropriable. Et ainsi de suite… La seule restriction étant de respecter la pérennisation de cette liberté de contenu. Personne n’est propriétaire de la liberté. C’est un principe de démocratie participative. Une valorisation collaborativeCette attitude de « libération des contenus » n’est pas une vue de l’esprit : le courant des logiciels libres est un formidable terrain d’expérimentation grandeur nature. Elle n’est pas non plus une « anonymisation » voire une négation de l’auteur. Bien au contraire, elle le situe dans une dimension collective partagée. L’auteur individuel devient co-auteur collectif. Le formateur voit ainsi son acte de création, son apport personnel, amplifié dans une dynamique collaborative. Un sens social prend corps. Les pratiques s’enrichissent des modifications d’autrui. Un apprentissage communautaire, facilité par les moyens de communication en réseau, se co-construit. Une logique de redistribution des contributions individuelles permet d’enrichir l’édifice. Ce discours « subversif » indique la pluralité qu’il faut entendre par l’expression « les droits d’auteur ». L’unicité généralement professée « du droit d’auteur » appauvrit le débat. A nous de développer les alternatives nécessaires…

A lire aussi : Les "copylefts" étendent les pratiques du libre à d’autres domaines (MJ)

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