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Le marché de la e-formation - Entrevue avec Hugues Cochard d’Étudium

Par Denys Lamontagne , le 08 mars 2004 | Dernière mise à jour de l'article le 01 avril 2009

Dans le firmament du monde de la e-formation, une nova a brillé : Studi.com. Au début de l’univers Internet il y eut plusieurs étoiles de ce type, porteuses de promesses. L’expérience a servi; tous ont appris, acteurs et spectateurs.

Depuis, d’autres soleils se rallument, de plus en plus durables.

Etudium, en opération officielle depuis décembre 2003, présente une trentaine de programmes de formation. Son fondateur, Hugues Cochard, a aimablement répondu à nos questions.

Thot -

Hugues Cochard, l’expérience fortement médiatisée de Studi.com vous a mené à Etudium, initiative beaucoup plus ciblée.

Parallèlement, tout le milieu de l’éducation dans Internet a aussi évolué. L’éducation pour tous paraissait un vaste marché à conquérir dans Internet. Maintenant on considère plutôt que le secteur de l’éducation est composée de multiples marchés, tout comme les autres industries culturelles.

D’après vous, quel est le type de marché éducatif qui a le plus de chance de progresser dans Internet ?

HC -

La progression du marché de la formation est en relation directe avec le développement de l’accessibilité réelle d’Internet par les utilisateurs. C’est-à-dire du développement de l’Internet haut débit sous la forme de forfaits.

En effet il est très difficile de vendre des services de formation à distance à des personnes qui payent leur accès au temps passé. Cela " favorise " les plus rapides à comprendre mais stresse l’apprenant sur le temps de réflexion. Ce phénomène qui a été sous estimé par tous les acteurs qui ont souhaité mettre en place des services de formation à freiné très fortement la croissance prévisible. De plus, les habitudes de consommation de services et produits sur Internet ont mis beaucoup de temps à entrer dans les habitudes des consommateurs.

Aujourd’hui, le phénomène est encore assez lent, la généralisation d’Internet se poursuit mais va encore prendre quelques années (5 à 10 années). Les entreprises évoluent relativement lentement et l’accessibilité à des sites de formation depuis l’entreprise est difficile car la sécurité des systèmes d’information est de plus en plus contraignante.

L’ensemble de ces éléments fait que le marché qui se développe actuellement le mieux est certainement celui des intranet de formation d’entreprise. Ce marché se décomposant en trois grandes fonctions :

  1. Les infrastructures logiciels (plate-forme de formation et système de gestion des connaissances.)
  2. Les productions de contenu (achetés sur le marché ou le plus souvent développés en interne)
  3. Le tutorat et l’animation du service (encore balbutiant)
Le marché de l’assistance scolaire est émergent et le restera probablement longtemps car les enfants et les jeunes qui ont besoin d’assistance scolaire ne veulent pas le faire sur Internet. En dehors du jeu, la motivation est atone. De même, il n’y a pas ou plus de marché pour les produits éducatifs scolaires interactifs. Et la tendance ne semble pas favorable pour l’émergence de ces services.

Le marché des jeunes adultes (18-35) et du bachotage est comme celui de l’entreprise, un marché en développement. Mais actuellement cela reste une solution de secours et non pas une solution de premier choix.

La généralisation des diplômes en ligne, de l’accessibilité des ressources de formation et de compléments d’informations en font probablement un marché à très fort potentiel. C’est le pari que nous faisons avec Etudium.

Thot -

Il n’y a pas une personne sur quatre en mesure de suivre des cours par Internet actuellement; c’est comme si le cinéma ne pouvait qu’attirer qu’une personne sur quatre avec une bonne vue... Comment croyez-vous qu’il soit possible d’élargir le marché de clients potentiels ?

HC -

Pour élargir le marché il faut banaliser l’accessibilité à Internet, rendre plus simple l’utilisation courante de l’ordinateur, favoriser les changements d’habitude. Bref c’est un processus inéluctable mais lent !

Il faut ajouter à cela le problème de la motivation. En effet, il est difficile de se prendre en charge pour améliorer ses compétences car depuis l’enfance tout le savoir est " pré-maché " et totalement encadré. Cela rend la majorité des personnes incapables de suivre avec des chances de succès une formation à distance ! Les taux de succès brut des organismes de formation à distance traditionnels (papier) sont éloquents à ce sujet, moins de 10% de réussite.

Thot -

Si les gens sont réticents à payer pour apprendre alors que la formation professionnelle et l’éducation de base sont "gratuites", ne serait-il pas plus simple de passer par les corporations ou par l’état via les écoles ? Pourquoi avez-vous refait le pari des individus ?

HC -

Je ne pense pas que les gens soient réticents à payer la formation. Ils ne veulent simplement pas payer ce qu’ils peuvent avoir gratuitement. La formation gratuite ne répond pas et ne répondra pas aux besoins de tous les individus.

La liberté de se former doit exister pour offrir à tous la possibilité de reprendre ou de poursuivre l’acquisition de connaissances.

De plus, la tendance est franchement à la responsabilisation de tous pour le maintien de leur employabilité, terme assez indélicat qui désigne la capacité de chacun à maintenir ou améliorer ses qualités professionnelles lui permettant de faire face à une évolution de son métier ou de son entreprise.

Trop de personnes ont fait confiance à l’entreprise pour assurer leur avenir et se sont retrouvées sans travail après avoir travaillé 20 ans dans la même société au même poste. Chacun doit assumer son rôle et son avenir, donc chacun doit se prendre en charge un minimum pour éviter de se retrouver dans des voies sans issue.

Thot -

Vous avez sans doute dû convaincre dans votre réorientation. Quand il s’agit de convaincre d’investir dans la e-formation, quels arguments ont le plus d’impact ? Comment cela se traduit-il sur le terrain ?

HC -

Pour Etudium, je n’ai pas eu à convaincre des financiers car je n’en ai pas cherché. J’ai souhaité constituer une équipe avec des associés et collaborateurs dont je suis certain de la compétence et de l’intérêt pour ce type d’offre de formation. Une équipe qui sait parfaitement que seules la qualité et la persévérance permettent de réussir.

Thot -

Quelles sont les tendances que vous estimez pour 2004 - 2005 en ce qui concerne la e-formation ? Quels sont les besoins et les problèmes auxquels l’industrie de la e-formation devrait prioritairement répondre ?

HC -

Je ne pense pas qu’il y ait de tendance, au sens d’une mode ou d’un besoin urgent et prioritaire, à couvrir avec des solutions de e-formation. Le marché progresse petit à petit, les entreprises apprennent par la pratique les erreurs à ne pas commettre et souvent redécouvrent les évidences mais cela fait partie de leur apprentissage.

Le particulier a de plus en plus confiance dans le commerce électronique et a une approche très pragmatique : il ne cherche pas de la formation en e-learning mais une solution à son problème du moment (manque de temps, besoin de formation renforcée ou accélérée,). Il consomme donc au dernier moment ce qui correspond à son urgence.

Rappelons que la formation n’est (malheureusement) pas un plaisir mais une nécessité, une contrainte, un passage obligé pour atteindre un but. C’est donc le pragmatisme qui prime et bien évidemment la qualité du service rendu.

Les services que nous avons lancés sur Etudium répondent à cette tendance et à ces besoins et vont évoluer dans le temps avec les desiderata de nos clients.

Thot

Merci et bon succès avec Étudium

Un article d’octobre 1999 sur Studi.com dans Thot

Une entrevue d’octobre 2001 dans les écrits-de Charlie (.pdf)

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