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L’école sur le bout de la langue

Par Michel Berhin , le 20 mai 2003 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Au WEM, on annonce, on construit, on budgette, on planifie. C’est l’enseignement de demain qui tente de prendre ses marques. On se cherche. On imagine ce que sera l’école de demain. Pas la petite école, celle de l’obligation scolaire. Non, la grande, la formation professionnelle, celle des diplômes standardisés, des MBA et autres « high level curriculum». C’est ici que l’on fonde les bases de la Société de la connaissance, la très internationale et interculturelle « Knowledge society ». Au détour des échanges, tables rondes et ateliers, chacun s’essaye à une compréhension mutuelle pas toujours évidente. C’est que chacun vient de son horizon culturel, avec ses compétences commerciales ou pédagogiques ses faiblesses linguistiques et la ferme volonté de tirer le meilleur parti de la situation.

Atelier : «Meeting of like minds» (comprenez : Qui se ressemble s’assemble). Questions d’échange : «Quels sont les trois difficultés majeures rencontrées dans la mise en place d’une localisation de formation ? Quels sont les trois challenges les plus importants à réussir ? La traduction pour un usage local peut présenter des problèmes. Quelle expérience avez-vous faite qui vous a permis de vous en sortir ? »

Les propositions d’échanges contiennent elles-mêmes la teneur de ce qui sera partagé à cette table où se retrouvent deux Italiens et deux Brésiliens. Dans leur travail de proposition de formation ou d’outils ou dans leur recherche de contenus à localiser, leur principal inconvénient est la qualité de transfert. Pour la traduction de leur support, ils recourent l’un et l’autre à des « native speakers ». «

Pensez donc, quand vous devez traduire du hongrois vers du portugais, par exemple il faut faire appel à des professionnels. Et ils ne sont d’ailleurs pas très nombreux sur le marché qui est à votre portée »

dit en substance un des Italiens chargé de proposer au monde entier une banque de données d’images dont le fonds est spécialement orienté « Enseignement ».

« Mais une fois la traduction réalisée, vous vous rendez compte que les utilisateurs potentiels ne sont pas satisfaits car traduction ne signifie pas localisation. Vous avez par exemple de gros problèmes dans la désignation des images, dans le choix des mots-clés pour les identifier par requête automatique

».

Et le Brésilien d’ajouter que la localisation doit être très serrée. «

Produire un cursus en portugais pour son pays demande que la localisation différentie les versions si l’on travaille pour la région de SaoPaulo ou pour Rio de Janeiro sinon, les gens ne comprennent pas avec nuance. Or dans certaines matières, à certains niveaux de compréhension tout est dans la nuance

».

C’est d’ailleurs la même chose ici au Wem La traduction simultanée est bilingue Anglais/Français. Et les professionnels de la traduction font leur possible pour rendre la finesse des débats. Mais dans une conversation aussi technique le niveau de base ne suffit pas. Certes, il y a la vitesse de débit des orateurs et la masse des chiffres qu’ils affichent (on est dans un marché, tout de même). Mais la vraie difficulté est ailleurs. Les intervenants parlent de ce qu’ils maîtrisent sur le terrain mais la compréhension mutuelle est apparemment souvent faible. Vous avez dit « globalisation des échanges ». Et si la société de la connaissance passait d’abord par la société de la connaissance des langues !

C’est en tout cas un des aspects centraux développé par les projets Erasmus Mundus de la Commission européenne dont la Commissaire Viviane Reding est venue se faire l’écho à la séance d’ouverture de ce Wem 2003 : «L ’apprentissage des langues, avec pour bénéfice ultime de cette rencontre interculturelle, la construction d’une jeunesse épanouie et prometteuse, porteuse de valeurs et riche d’expérience ».

Et pendant ce temps, les enseignants continuent d’oeuvrer dans leurs classes, à moins qu’ils ne soient dans la rue, à réclamer une prise en compte ministérielle plus concrète de leur métier au quotidien Certains pédagogues bien en place dénonçant d’ailleurs d’autres priorités plus terre à terre, comme celui-ci qui décrit « l’humiliation au quotidien c’est ce que vivent les millions d’élèves confrontés à la saleté des toilettes des établissements scolaires ».Télescopage des points de vues ?

Questions d’échelle car il faut aussi sans doute que les ministres débattent et que les professionnels « markettent » (en français dans le texte). Comment dit-on encore Ah, je l’ai sur le bout de la langue !

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