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TIC et études supérieures en Europe : il faut plus de créativité

Par Alexandre Roberge , le 16 juin 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 17 juin 2009

L'enseignement supérieur est certainement l'un des domaines  de l'éducation qui a subi le plus grand nombre de changements fondamentaux durant les dix dernières années, sous des influences et incitations de différentes natures. Dans l'Union Européenne, le processus d'harmonisation de Bologne d'une part, la Stratégie de Lisbonne qui promeut l'apprentissage tout au long de la vie d'autre part, ont constitué des éléments de stimulation majeurs. A un tout autre niveau, les TIC ont profondément bouleversé les manières de distribuer la formation, d'enseigner et d'apprendre.

Dans le cadre de l'année européenne de l'innovation et de la créativité, l'Union européenne a vu naître un projet de recherche intitulé Learnovation, qui vise à établir une définition consensuelle du e-learning et de l'apprentissage soutenu par les technologies, dans le but de favoriser leur totale exploitation dans le cadre de l'implantation de stratégies d'apprentissage tout au long de la vie en Europe.

De nombreux chercheurs européens apportent leur contribution au projet Learnovation. Leurs articles sont en accès libre sur le portail elearningeuropa.

Andras Szucs, directeur exécutif de l'EDEN (European Distance and E-Learning Network) revient ainsi dans un article que l'on retrouve dans la série des elearningpapers, sur l'histoire de l'introduction des TIC dans les universités européennes, et propose quelques pistes pour les très prochaines années. 

Ce qu'on attendait...

Le mouvement en faveur des TIC dans l'enseignement supérieur date du milieu des années 90. Ce "technopostivisme" se ressentait dans les écrits de plusieurs chercheurs qui voyaient là le moyen de créer des "méga universités" grâce aux technologies.

A l'époque, l'espoir portait sur trois points essentiels. Grâce aux TIC, les études supérieures deviendraient plus inclusives, plus axées sur les enjeux internationaux et plus flexibles.

Les premières expérimentations ont été menées sans remettre en cause les traditions méthodologiques et la pédagogie de l'enseignement universitaire. Il y a eu intégration, lente mais solide, des TIC par la culture universitaire.

L'essentiel de l'effort a donc porté sur l'équipement des établissements et leur connexion aux réseaux, bien plus que sur l'innovation en matière de pédagogie et de production de cours. Ce qui explique qu'aujourd'hui encore, les TIC soient utilisés pour l'essentiel en soutien aux modes traditionnels d'enseignement et d'apprentissage.

La situation actuelle

Aujourd'hui, où en est-on ?

La créativité technologique s'est clairement développée beaucoup plus vite à l'extérieur des institutions d'enseignement qu'à l'intérieur. Mais les universités ont vu arriver de "nouveaux étudiants", pleinement habitués aux outils numériques, et qui ne toléreraient pas que ces derniers leur soient refusés dans le cadre de leurs études. D'après A. Szucs, ce sont définitivement les usagers qui ont fait évoluer les pratiques universitaires, et pas les enseignants. Les étudiants sont arrivés avec leurs pratiques d'édition collaborative, de recréation permanente des ressources par mixages, de réseautage social, de jeux sérieux. Toutes les universités d'Europe se sont donc penchées sur la question de l'intégration de ces nouveaux supports d'apprentissage à leurs pratiques. Nombre d'entre elles ont déjà proposé des modalités d'enseignement et d'apprentissage témoignant d'un fort degré d'innovation et d'adaptation. Ceci, en dépit du fait que les TIC restent majoritairement attachées aux cours traditionnels, le e-learning n'ayant pas encore déployé ici tout son potentiel.

Cette hésitation devant l'innovation radicale tient selon A. Szucs à l'absence de politique d'investissement significative par les Etats dans les ressources financières et humaines nécessaires à la refonte de l'enseignement universitaire. Ce qui n'a pas permis d'aboutir à la virtualisation des universités, tant espérée dix ans plus tôt, ni d'atteindre les objectifs imaginés à l'époque. L'accès élargi à l'enseignement supérieur, grâce à la mobilité virtuelle et à la réduction du coût des études, en particulier, a pratiquement été abandonné.

Où s'en vont les études supérieures ?

Les universités européennes sont donc loin d'avoir accompli la totalité du chemin les menant à une offre de formation plus en phase avec les besoins actuels. Le texte de M. Szucs se termine avec quelques recommandations.

Tout d'abord, il faut encourager la créativité, l'innovation et la saine compétition pour développer des outils, des systèmes plus performants et innovants en terme d'utilisation des TIC et de e-learning. Dans ce cadre, l'échange de pratiques entre les pays d'Europe est fortement encouragé.

Il faut développer les applications mobiles permettant de suivre les cours à tout moment et en tout lieu, de manière à s'adapter aux usages des étudiants.

Du côté technologique encore, il faut que les experts continuent de travailler sur des ordinateurs plus puissants, des communications satellite et via les bandes réseaux plus rapides, de la technologie souple qui peut supporter différentes plateformes informatiques et des investissements pour de la littérature digitale (une technologie nécessaire pour le e-learning).

Les enseignants et concepteurs de formation doivent intégrer les nouvelles formes d'apprentissage qui ont émergé ou ont grandi avec les outils numériques : communautés d'apprentissage, réseaux non centrés se développant à la manière des rhizomes, expérience utilisateur, mixages de sources... doivent être absorbées par l'université, même si tout cela remet en cause le concept traditionnel d'autorité savante. Dans la même logique, les universités doivent renforcer leurs efforts de reconnaissance des apprentissages informels et non formels, ne pas se considérer comme les sources exclusives des savoirs menant aux diplômes.

Finalement, on soulignera qu'un point apparaît dans de nombreuses recommandations : il faut à tout prix que le fossé de la perception technologique entre corps professoral et étudiants se réduise. Si les étudiants ont compris le potentiel communautaire puissant dont dispose la technologie, il semble que ce soit moins le cas chez les enseignants.

L'innovation, la créativité, sont donc à l'honneur dans cet article, qui souligne que des efforts énormes ont été consentis, mais qu'il s'agit désormais de parfaire le mouvement en abordant la délicate question de la reation étudiants - enseignant et des différentes voies et formes d'apprentissage.

L'article complet (en anglais) est ici (PDF).

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