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Un rapport détaillé sur l’évolution de l’Université Virtuelle Africaine -

Par Denys Lamontagne , le 12 juin 1999 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

L’ UVA (Université Virtuelle Africaine), projet lancé à l’initiative de la Banque Mondiale, a pour objectif de dispenser dans les pays d’Afrique subsaharienne un enseignement à distance, essentiellement dans les domaines de la science, de la technologie et du transfert de technologie. Cet enseignement vise autant la formation initiale que la formation continue. En complément des documents écrits, les cours s’appuient sur une utilisation combinée des techniques modernes d’information et de communication : satellite, émissions en télévision directe ou préenregistrées, laboratoire scientifique simulé, courrier électronique et forums interactifs, bibliothèque virtuelle en ligne.

Ce projet a été conçu à la suite du constat de crise qui paralyse l’enseignement supérieur africain depuis le début de la décennie actuelle (insuffisance de la capacité d’accueil, déficit de qualité, de financements, de ressources matérielles et humaines). Ces graves carences sont particulièrement cruciales, au moment où l’Afrique - à l’instar des autres régions du monde - doit faire face à un afflux grandissant d’étudiants et à la nécessité de former des cadres scientifiques et techniques de qualité et en nombre suffisant pour la constitution progressive de main-d’oeuvre qualifiée. Cette obligation est impérieuse pour les pays africains afin qu’ils puissent répondre à la demande sociale et aux besoins du développement national, et participer à l’économie mondiale qui se met en place.

Le défi de l’UVA est donc double :

  • d’une part, réaliser à moindre coût et diffuser pour le plus grand nombre, en fonction des besoins des États et des débouchés professionnels, une gamme de produits d’enseignement supérieur pertinents pour améliorer, compléter et rénover les capacités actuelles d’enseignement universitaire et de recherche des pays africains qui ont décidé d’adhérer au projet;
  • d’autre part, garantir la viabilité du système qui devra s’autofinancer dès que possible avec les frais de scolarité et non plus dépendre des subventions des États.

La phase initiale de l’UVA a démarré de manière très pragmatique, progressive et évolutive, et en associant pas à pas les responsables africains; tout d’abord en mars 97, dans 6 pays anglophones, puis à partir de mars 98, dans 8 pays francophones.

Aujourd’hui, 22 sites africains au total - dont 8 francophones implantés dans les Universités de Dakar, Nouakchott, Niamey, Ouagadougou, Cotonou, Bujumbura, Kigali et Butare - sont opérationnels et offrent des cours de l’UVA. D’autres sites devraient voir le jour dans les prochains mois.

Chacun des sites a été équipé par la Banque Mondiale de l’infrastructure requise pour recevoir les programmes par satellite et de micro-ordinateurs reliés à Internet. Elle a également financé les frais de formation des enseignants-tuteurs et des techniciens locaux.

Le modèle d’enseignement s’appuie sur des produits pédagogiques comportant des contenus théoriques mais aussi des exemples pratiques sous forme d’exercices, de travaux dirigés et de documents sur support vidéo ou informatique pour illustrer les lois fondamentales. L’encadrement des étudiants sur le terrain est assuré par une équipe de coordination locale constituée au sein de chaque établissement participant. Cette équipe regroupe des enseignants disciplinaires pour assurer les fonctions de tutorat, de correction, de contrôle des connaissances, d’évaluation finale; des techniciens en font aussi partie pour assurer le fonctionnement et la maintenance des équipements.

Le projet, dans sa phase actuelle, comporte deux volets : l’un est destiné à l’Afrique anglophone; l’autre aux pays francophones. On peut ainsi tenir compte des spécificités linguistiques de chacune des deux zones et des différences culturelles des formations dispensées au niveau secondaire. Les programmes d’enseignement des pays africains francophones comportent dans l’ensemble un dénominateur commun : ils correspondent d’assez près aux programmes équivalents en France ou en Belgique. Ce n’est pas le cas pour les pays anglophones.

Pour ce qui concerne les pays francophones, la Banque Mondiale a pressenti des spécialistes reconnus de Belgique, de France et de Suisse (auxquels devraient s’ajouter prochainement des spécialistes québécois) qui travaillent en réseau pour développer les cours et produits spécifiques " UVA " en tirant parti des richesses scientifiques des différents systèmes d’enseignement.

La cohérence des programmes est assurée par des coordonnateurs pédagogiques de chacun des pays qui fournissent les programmes d’enseignement. Ils ont la charge d’élaborer conjointement le cadre conceptuel, d’identifier et de superviser les enseignants chargés de bâtir les cours et de dispenser les enseignements, et aussi de coordonner les programmes et leurs contenus avec leurs pairs africains qui les révisent chapitre par chapitre, et donnent, avant la diffusion, leur avis sur l’adéquation des cours par rapport aux besoins des étudiants.

Plusieurs programmes sont actuellement diffusés chaque semaine (par le satellite INTELSAT 515, depuis une station située en Europe), notamment

  • un cours d’Introduction à l’informatique,
  • un cours d’Anglais " Crossroads ",
  • un cours pour la formation des personnels de santé.

Un premier séminaire, entièrement conçu en Afrique et présenté par un Académicien togolais a été diffusé récemment sur le thème " La bourse africaine : une clef pour le développement ".

À partir d’octobre 1999, un programme basé sur des cours semestriels débutera avec la diffusion de modules de biologie, de chimie, d’informatique, de mathématiques et de physique générale. Cette formation de 1ère année du premier cycle scientifique entrera dans une phase d’évaluation qui permettra de s’assurer que les contenus dispensés s’intègrent bien dans les programmes académiques des universités concernées. Selon les résultats obtenus, le programme pourra s’étendre et s’ouvrir à d’autres disciplines.

Cette phase pilote, que l’on peut qualifier de " recherche/développement ", offre la possibilité de tester en vraie grandeur les hypothèses formulées dans la conception du modèle UVA, d’évaluer l’efficacité et la pertinence des programmes par rapport aux besoins des universités partenaires ainsi que les performances réelles du système.

Aujourd’hui, les sites sont tous implantés au sein d’universités publiques; les responsables de l’UVA souhaitent qu’ils soient gérés de façon autonome par des équipes qui ont l’expérience du secteur privé et qui cherchent à offrir le meilleur service à leurs clients.

Sur le plan financier, le projet est conçu suivant un principe de recouvrement des coûts à moyen terme, la Banque Mondiale ayant assuré l’investissement initial. La viabilité du système repose essentiellement sur l’hypothèse que les coûts unitaires du système AVU, estimés à 300 $ US par étudiant et par an, seraient inférieurs aux coûts unitaires actuellement en vigueur pour l’enseignement supérieur traditionnel dans les établissements africains. En conséquence, la Banque Mondiale fait le pari que l’adhésion au système serait avantageuse tant pour les établissements d’enseignement publics que pour les établissements privés.

Pour plus de détails sur le concept général et l’organisation de l’UVA (sigle anglophone : AVU, African Virtual University), sur les cours proposés dans la phase actuelle d’évaluation et les développements futurs, consulter le site : L’ Université Virtuelle Africaine.

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