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Argent facile : si c’était si simple, ça se saurait

Par Michel Berhin , le 01 décembre 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 04 février 2009

Le joueur québécois moyen serait un homme célibataire de moins de trente ans. Cependant, il y a davantage de femmes dépendantes du bingo. Et les gens plus pauvres développent plus souvent un problème de compulsion avec les loteries. 83 % des joueurs compulsifs ont des dettes. Chez un tiers d’entre eux, ces dettes vont de 75 à 100 mille dollars. 63 % ont déjà déclaré faillite ou sont sur le point de le faire. Cependant les femmes, elles, ont en moyenne 15 mille dollars de dettes. De plus, près de 1 joueur sur 2 est aux prises avec un autre problème de dépendance, par exemple avec l’alcool, la drogue, etc. En fait, au Québec, 1.2 % des adultes et 2.6 % des adolescents sont victimes de ce fléau que l’on appelle le " mal caché ", puisque contrairement à d’autres dépendances, il n’y a pas "d’haleine d’alcool", de "yeux rouges" ou autres signes extérieurs facilement discernables permettant de déceler qu’une personne en est atteinte.

Cette description chiffrée fait froid dans le dos ! Mais elle n’est hélas pas représentative du seul cas du Québec.

Toute personne qui s’adonne à un jeu de hasard n’est toutefois pas à identifier comme " malade ". Mais, si quelqu’un vous dit qu’il joue "pour oublier ses problèmes"; s’il retourne toujours jouer dans l’espoir de "se refaire", c’est à dire regagner l’argent qu’il a perdu (tout le monde sait que c’est impossible) ou s’il a tendance à penser que les résultats du jeu dépendent plus de ses compétences à jouer, des qualités de la "machine", d’un chiffre "chanceux" à la loterie, etc. que du hasard, alors vous pouvez commencer à penser que cette personne à un problème.

Le portail québécois dédie au jeu compulsif est le lieu d’expression de chercheurs spécialisés, webmaster ou collaborateurs plus occasionnels, présentés sur la page d’accueil, à la rubrique " Qui sommes-nous ? ". L’objet de leur critique porte sur la seule application que font la plupart du temps ces institutions d’état chargées de lutter contre les pathologies liées au jeu compulsif, de la théorie et des pratiques de Robert Ladouceur, psychologue et professeur de l’Université de Laval. Les reproches formulés signalent que les fonds de recherche de R. Ladouceur sont vraisemblablement fort alimentés par des sociétés privées et publiques de jeux qui cherchent là un appui pour redorer leur image de marque. On sait que ce phénomène de collusion d’intérêts soulève inévitablement les suspicions. Les études sur d’autres assuétudes comme les ravages liés à la consommation du tabac ont, elles aussi, donné dans cette compromission qui n’est pas de la meilleure veine pour garantir toute indépendance et objectivité.

Quoiqu’il en soit, le site d’ Alain Dubois et de ses collaborateurs a le mérite de nous fournir plusieurs rubriques intéressantes :

- Pourquoi des problèmes de jeu ? - Comment tâcher de s’aider, individuellement, mais aussi - Quelle aide pour l’entourage souvent démuni ? - Où trouver cette aide spécialisée bien nécessaire ? - Y a-t-il des trucs pour ne pas tomber dans le piège du jeu compulsif ?

Le site propose aussi une zone de discussion entre joueurs et une zone d’échange pour les familles de joueurs pathologiques. Loin de tout évoquer ici, relevons comme étant particulièrement bien fournie cette page de liens où l’équipe répertorie ses " coups de coeur " et ses " coups de citron ".

Parmi ceux-ci, deux bonnes adresses chaudement recommandées : - CAFAT - Centre Professionnel de Traitement de la Codépendance et des Multiples Dépendances Pour ce Centre le problème de dépendance au jeu n’est qu’une partie du problème que vivent les joueurs compulsifs. Il utilise les techniques Ladouceur mais travaille également à amener les joueurs à une plus saine gestion émotive en travaillant sur la problématique de codépendance souvent diagnostiquée chez eux. La section du site consacrée au jeu compulsif est très intéressante, originale et superbement écrite. Nous vous invitons tout particulièrement à lire les chroniques de Raoul. - Centre International d’étude sur le jeu et les comportements à risque chez les jeunes Faculty of Education, McGill University. Voilà une solide et compétente équipe de chercheurs québécois qui font un travail exceptionnel ! Leur champ de recherche principal est le jeu pathologique chez les enfants et les jeunes... Ils sont plusieurs milliers au Québec !

A l’heure où la question " Qui veut être millionnaire ? " s’impose à chacun jusque dans l’intimité de son salon, il y a peut-être nécessité urgente d’ un devoir de résistance. Le jeu n’est peut-être plus si innocent quand il devient " jeu d’argent " et que les médias montent en épingle, de façon très attractive, le cas de ces quelques-uns qui gagnent des sommes indécentes. Il suffirait, chaque semaine de soustraire la masse des gains offerts du montant de la mise totale des joueurs pour savoir qui est le véritable grand gagnant, et évaluer par conséquent, l’ampleur de ceux qui perdent.

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