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Enseignement des langues locales par Internet : Le Cameroun relève le défi.

Par Louis-Martin Essono , le 25 mars 2001 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Une initiative heureuse de l’AUF

Le 21 mars a donné l’occasion à des universitaires de plancher publiquement sur des questions autrefois tabou. Initiée par le Directeur du Bureau Afrique centrale, L. Soucabe Mbow, cette rencontre de l’ AUF a provoqué au départ une agréable surprise. L’A U F s’étant autrefois montrée peu intéressée aux problèmes des langues africaines malgré des programmes très alléchants.

Le premier sous-thème concernait les

langues nationales et les nouvelles technologies

et a réuni trois linguistes dont le Pr. Soundjock, responsable du Centre de Recherches des langues et des Traditions orales, le Pr. G. Mendo Ze, Directeur de la CRTV, la Télévision nationale, et L M. Essono, responsable de la formation à distance à l’Ecole normale supérieure de Yaoundé. Trois spécialistes en Ntic, Cl. Tangha du Département de l’informatique à l’ Ecole Polytechnique, du Pr. Tonyè du même établissement et enfin, de M. Kamgnia, chef du Département d’informatique à la Faculté des Sciences de l’ Université de Yaoundé devaient montrer les possibilités de l’outil Internet au service des langues camerounaises.

Linguistes et informaticiens, une nécessaire complémentarité

Grammairien et linguiste, M. Essono a clarifié les concepts en jeu tel celui de

langues nationales

qui ne correspond à la réalité. Pour lui, l’Afrique dispose déjà de sites dans lesquels s’utilisent et s’enseignent les langues africaines. En Suisse, l’ Université de Genève déploie des efforts pour les langues africaines. Les ENS de Dakar et de Bamako enseignent respectivement et à distance le bambara et le wolof Mieux encore, deux grandes langues véhiculaires camerounaises, l’éwondo et le fufuldé s’utilisent sur Internet au moyen d’un site canadien le progiciels qui déploie simultanément cinq langues africaines. Rien n’empêche donc le mariage de ces langues avec les Ntic. Il revient au contraire aux Camerounais eux-mêmes de revaloriser leurs langues et de les épanouir à travers l’Internet.

Adhérant à cette première thèse, le Pr. Soundjock a émis des réserves pour éviter une utilisation élitiste de l’Internet et a souhaité le multilinguisme technologique rendant capable un Camerounais de lire et d’écrire en sa langue les messages rédigés dans d’autres langues camerounaises. Le Pr. Mendo Ze a développé les stratégies mises en jeu par la Télévision camerounaise pour permettre une informatisation des langues et une augmentation de ces langues sur le réseau national, bien que le français et l’anglais soient langues officielles, seules autorisées au plan médiatique national.

Les spécialistes ont montré que les outils informatiques étaient à la disposition des linguistes, pour peu que ceux-ci expriment clairement leurs objectifs et qu’ils aient le souci de la valeur commerciale des langues dans l’Internet. Ce qui soulève le problème de l’existence des 300 langues camerounaises vivantes et représentatives des identités plurielles.

L’ Ecole Polytechnique de Yaoundé a apporté une solution aux inquiétudes générales . Par un de ses sites de télé-enseignement, consultable le site azobe, elle montre que de nombreuses langues sont en croissance dans l’espace virtuel ; d’autres y acquièrent un poids démographique et marchand supérieur à celui du français. Le multilinguisme camerounais est donc un atout car la multilinguisation sur Internet est amorcée dans d’autres pays où fonctionne la traduction multilingue. L’école polytechnique de Yaoundé a initié le système multi-média, multilingue de type visuel qui traduit les réalités physiques de l’ewondo, du bassa et du medumba simultanément au français et à l’anglais. L’utilisation du logiciel allie à la fois le son et la vue par l’image et la désignation des réalia soit en français, en anglais ou dans l’une des trois langues camerounaises.

L’état actuel des travaux souffre cruellement de l’absence des linguistes. Malgré l’alphabet phonétique disponible, la transcription des mots laisse à désirer, l’aspect syntaxique et sémantique est ignoré et la dénomination de l’abstraction, non représentable constituent des lacunes que devra combler rapidement l’équipe de recherche qui suscite de gros espoirs pour l’éclosion des langues camerounaises.

Par ce premier jet, le télé-enseignement en langues locales prend corps ; mais en même temps, l’inquiétude demeure quant à la possibilité de la vulgarisation des outils informatiques. Il est vrai, les lycées seront informatisés et les programmes déjà disponibles. Il reste que la volonté politique s’exerce enfin pour que les outils modernes servent de tremplin pour l’éclosion totale de nos langues et pour la réduction de l’analphabétisme encore criard.

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