Dossiers de la semaine

Amplification sociale

Il n'y a pas si longtemps, presque personne d'autre que les professeurs, les curés et les journalistes ne bénéficiaient d'une tribune d'influence. Aussi, les gens en autorité prenaient grand soin de contrôler ce que pouvaient enseigner les professeurs, ce que pouvaient prêcher les curés et ce que pouvaient écrire les journalistes. 

Ce contrôle existe toujours mais ce qui a changé est que le citoyen peut maintenant lui aussi s'exprimer et voir sa portée amplifiée par ses concitoyens dans la mesure où il est apprécié, sans pour autant avoir à clamer sa légitimité ni à se justifier. 

Mais de légitimité des sources nous avons besoin pour faire des choix, d'autant que les sources se sont multipliées : 2,3 milliards d'inscrits sur les réseaux sociaux (1), chacun étant potentiellement une source, plus d'un milliard de sites sont actifs, des centaines de millions de blogues sont animés... Sous la pression, nous avons remplacé la légitimité morale par la légitimité rationnelle de ce qui peut se compter : le nombre de clics, de vues, de ventes, de liens, de «likes», etc. Ceci a toujours été : un professeur populaire, un journaliste populaire, un média populaire ont tous plus de valeur qu'un inconnu marginal ou qu'une feuille de chou, à la différence qu'actuellement, la popularité est presque le seul critère qui s'applique objectivement. Pour certains, tous les moyens sont bons pour l'obtenir.

Doit-on s'en plaindre si on est forcé de produire des cours bien conçus, clairs et agréables à suivre ? Doit-on déplorer que des ressources de mauvaise qualité soient rapidement écartés de notre vue par le bon sens populaire ? Certes non, mais ce même «bon sens» s'enthousiasme ou se scandalise aussi pour des insignifiances et ignore le plus souvent ce qui demande un effort de réflexion. On veut bien apprendre, mais sans trop se forcer.

La manipulation des faits a depuis toujours été utilisée pour arriver à ses fins sans s'embarrasser de scrupules. Mais le fait d'ignorer les conséquences de l'introduction de faussetés dans les rapports humains menace l'intégrité de la formation acquise par les individus via internet. D'où le rôle stratégique essentiel d'une éducation «classique», c'est à dire, une éducation qui forme au jugement critique et à la qualité de la réflexion. 

À nous d'éveiller au monde, au beau aussi bien qu'à ce qui l'est moins, à l'agréable et aussi au difficile.

Denys Lamontagne - [email protected]
Éditeur de Thot Cursus

Illustration :Mario in arte Akeu via FoterCC BY-NC-SA

Éléments du dossier

Recevez nos nouvelles par courriel

Chaque jour, restez informé sur l’apprentissage numérique sous toutes ses formes. Des idées et des ressources intéressantes. Profitez-en, c’est gratuit !

Amplification sociale - Thot Cursus

Dossiers de la semaine

Amplification sociale

Il n'y a pas si longtemps, presque personne d'autre que les professeurs, les curés et les journalistes ne bénéficiaient d'une tribune d'influence. Aussi, les gens en autorité prenaient grand soin de contrôler ce que pouvaient enseigner les professeurs, ce que pouvaient prêcher les curés et ce que pouvaient écrire les journalistes. 

Ce contrôle existe toujours mais ce qui a changé est que le citoyen peut maintenant lui aussi s'exprimer et voir sa portée amplifiée par ses concitoyens dans la mesure où il est apprécié, sans pour autant avoir à clamer sa légitimité ni à se justifier. 

Mais de légitimité des sources nous avons besoin pour faire des choix, d'autant que les sources se sont multipliées : 2,3 milliards d'inscrits sur les réseaux sociaux (1), chacun étant potentiellement une source, plus d'un milliard de sites sont actifs, des centaines de millions de blogues sont animés... Sous la pression, nous avons remplacé la légitimité morale par la légitimité rationnelle de ce qui peut se compter : le nombre de clics, de vues, de ventes, de liens, de «likes», etc. Ceci a toujours été : un professeur populaire, un journaliste populaire, un média populaire ont tous plus de valeur qu'un inconnu marginal ou qu'une feuille de chou, à la différence qu'actuellement, la popularité est presque le seul critère qui s'applique objectivement. Pour certains, tous les moyens sont bons pour l'obtenir.

Doit-on s'en plaindre si on est forcé de produire des cours bien conçus, clairs et agréables à suivre ? Doit-on déplorer que des ressources de mauvaise qualité soient rapidement écartés de notre vue par le bon sens populaire ? Certes non, mais ce même «bon sens» s'enthousiasme ou se scandalise aussi pour des insignifiances et ignore le plus souvent ce qui demande un effort de réflexion. On veut bien apprendre, mais sans trop se forcer.

La manipulation des faits a depuis toujours été utilisée pour arriver à ses fins sans s'embarrasser de scrupules. Mais le fait d'ignorer les conséquences de l'introduction de faussetés dans les rapports humains menace l'intégrité de la formation acquise par les individus via internet. D'où le rôle stratégique essentiel d'une éducation «classique», c'est à dire, une éducation qui forme au jugement critique et à la qualité de la réflexion. 

À nous d'éveiller au monde, au beau aussi bien qu'à ce qui l'est moins, à l'agréable et aussi au difficile.

Denys Lamontagne - [email protected]
Éditeur de Thot Cursus

Illustration :Mario in arte Akeu via FoterCC BY-NC-SA

Éléments du dossier

Recevez nos nouvelles par courriel

Chaque jour, restez informé sur l’apprentissage numérique sous toutes ses formes. Des idées et des ressources intéressantes. Profitez-en, c’est gratuit !