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Cameroun/Sénégal : une sévère et réaliste autopsie des universités

le 22 septembre 2008

Indépendants - Ressources gratuites

Les Presses de l’Université de Laval au Canada et les éditions l’ Harmattan viennent d’annoncer, en ce dernier trimestre 2002, un ouvrage agréable à lire, dont le titre invite à la découverte des systèmes éducatifs à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et à l’ Université de Yaoundé 1 : L’Afrique Noire face à sa laborieuse appropriation de l’université. Les cas du Sénégal et du Cameroun .

Le livre est commis par deux complices de la recherche en éducation. Thérèse Des Lierres, Pr. à l’ Université du Québec à Hull a vécu à l’Université de Yaoundé avant la réforme de 1993, puis à l’École normale supérieure Technique de Douala. Elle a longtemps séjourné au Sénégal, au Gabon et en Côte d’Ivoire. Félix Affa’a a principalement travaillé comme Doyen à l’ université de Yaoundé 1 . Spécialiste en administration éducationnelle, il est préoccupé par le rôle des universités en Afrique.

Depuis sa création par la France et par l’ Unesco , l’université francophone d’Afrique s’est caractérisée par des revendications alimentaires. Très peu de mouvement pour le contenu des cours ou pour l’amélioration des structures. À Dakar ou à Cotonou, à Bangui comme à Libreville, à Abidjan comme à Ngaoundéré, Lomé ou Bangui; le son de cloche des grévistes est le même. À manger. Le livre apporte une lecture nouvelle.

Des demandes de bourses par les étudiants aux exigences des enseignants pour l’amélioration de leurs salaires de catéchiste, l’université africaine francophone connaît dans chaque pays les mêmes mots et les mêmes maux : dépassement des infrastructures, insuffisance des enseignements et des enseignants, inadaptation des programmes, impertinence des curricula, faible ratio étudiants/enseignants, etc.

Affa’a et Des Lierres procèdent à une profonde exégèse de ces maux. La longue table des matières témoigne de la densité du travail abattu. Qui revisite en son chapitre 1 l’université africaine. De fond en comble. Les deux études de cas qui clôturent ce chapitres sont un régal scientifique fait de professionnalisme et de réalisme. Le chapitre 2 passe en revue les causes du mal universitaire : la colonisation, l’obsolescence des programmes, la crise économique; des propositions, qu’on peut pourtant nuancer, achèvent ce chapitre par de multiples et diverses suggestions de l’Unesco, des réflexions de Nyérere, ou de J.M. Ela et de plusieurs Africains qui ont le mérite d’avoir suggéré leurs propositions au moment même où l’Afrique prenait le relais de ses universités.

Le chapitre 3, qui semble venir trop vite, examine le matériel d’études par les textes organiques ou organisationnels mais officiels de l’ UCAD université de Dakar et de l’ Université de Yaoundé 1 en tant qu’elles sont des institutions étatiques. Sous le regard de plusieurs prismes cependant : physique, humain, curriculaire, social, syndical ou non, économique. La grille d’analyse est un cadre théorique qui révèle comment les planificateurs avaient choisi le contenu des programmes d’enseignement et de la recherche à l’université. L’objectif vise, outre à identifier les valeurs et les principes sous-tendus par ces disciplines, à déceler l’engagement des personnes qui étaient impliquées dans l’organisation et les procédures de planification, de mise en oeuvre et d’évaluation du curriculum universitaire.

Les deux derniers chapitres portent respectivement sur la planification du système universitaire à Dakar et sur la réforme universitaire de 1993 à Yaoundé. Le tronc commun qui lie ces deux chapitres est leur contenu qui est en réalité, la preuve applicative des hypothèse émises au chapitre 3. Il s’agit de l’analyse des textes d’orientation qui régulent le système sénégalais. On y évoque à la fois les deux lois d’orientation de l’éducation nationale de juin 1971 et de janvier 1991 qui subordonnent le rapport des États Généraux de l’Éducation et de la formation. Il se dégage de cette analyse que le Sénégal a mais sur pied une université de développement grâce au système curriculaire établi qui implique la liberté, la tolérance et le respect des droits de l’homme.

La réforme camerounaise de l’Université retrace le cheminement parcouru , du régime de Ahidjo à celui de Biya, lequel a fait éclater l’enseignement supérieur en six universités d’Etat. Les orientations premières, sous Ahidjo et par la révolution pacifique, ont verbalement et verbeusement visé l’utilisation de la culture universitaire pour participer au développement économique du pays Les auteurs concluent, au vu des résultats, qu’il s’est agi d’une verve idéologique semblable aux révolutions passives subsahariennes aussi bien au plan politique qu’au plan économique puisque la participation au processus du développement exigée de la communauté universitaire ne s’est pas effectivement matérialisée pour de nombreuses raisons ici décriées : la corruption, le tribalisme, le népotisme, etc.

Une autopsie raffinée du système universitaire camerounais est opérée, système que démonte le chapitre en exhumant les points positifs et en relevant, pour les dénoncer, les lacunes et les points d’ombre. On admirera les pp. 245 et sqq qui révèlent les problèmes curriculaires qui inhibent le Cameroun universitaire et les solutions (pro)posées.

La réforme universitaire du Cameroun, comme le montre déjà le rapport Sanyal (1999) et que /thot.cursus.edu/rubrique.asp?no=9521 avait déjà présenté, comporte de nombreux écueils. Les instances administrative s’appliquent à les identifier et y remédier progressivement tout comme le Sénégal a entrepris de parfaire son système au moyen des Ntic et de la coopération. L’ouvrage est à posséder et à consulter. Les références bibliographiques sont actuelles et complètes, offrant ainsi au lecteur le professionnalisme des auteurs.

Un regret, le livre qui coûte 30 $ n’est pas disponible en Afrique. Les bibliothèques universitaires l’ignorent. Pour notre plus grand désespoir. Car, cette étude doit être vulgarisée, au sens étymologique de l’expression.

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