Technologies

Le tout numérique à l'école : on se calme.

le 28 octobre 2009

Sociétés

En Europe, on entend régulièrement des voix s'élever contre les entreprises de séduction opérées par le secteur privé marchand en direction du monde scolaire. Aux Etats-Unis, les entreprises ont manifestement de plus larges marges de manoeuvre pour atteindre étudiants et enseignants. Mais ces derniers savent aussi protester contre les arguments commerciaux qui visent à leur faire prendre des vessies pour des lanternes.

En témoignent deux anecdotes récentes, rapportées par eSchool News.

Dans le cadre du plan de commercialisation du Kindle, Amazon a donné 200 exemplaires de sa déjà célèbre liseuse à des étudiants américains, après y avoir chargé leurs manuels scolaires. Les retours furent à la fois rapides et sans appel : on veut revenir aux manuels papier! Pourquoi ? Tout simplement parce qu'il est possible d'écrire dessus... de surligner, d'annoter des passages, d'entourer les phrases importantes. Bref, de personnaliser l'objet et d'en faire un véritable usage de travail, plutôt que de contemplation.

Les avis des jeunes testeurs rejoignent ici ceux des spécialistes du livre numérique : les e-book seront principalement utilisés dans un cadre de travail. Ils doivent donc pouvoir être inscriptibles, comme dit Hubert Guillaud (voir à ce sujet l'excellent ouvrage Read / Write Book, dont nous avons rendu compte ici). Car le texte imprimé s'inscrit dans un dialogue constructif qui permet la constitution des savoirs. 

En ces temps de rigueur budgétaire, de nombreuses écoles américaines songent à substituer les "netbooks", ordinateurs ultra-portables, aux "laptops", ordinateurs portables. Les premiers coûtent environ la moitié du prix des seconds. Mais selon certains enseignants, ce changement est tout sauf bénéfique aux élèves. D'une part, le clavier est beaucoup trop étroit pour accueillir les grosses paluches des ados. Rappelons ici que l'apprentissage de la frappe est intégré aux programmes et usages des écoles américaines. D'autre part, les cartes vidéos de ces appareils sont généralement de piètre qualité; or, c'est précisément ce média qui emporte les suffrages des jeunes. On imagine mal alors comment les ados versatiles et impatients pourraient supporter de regarder des vidéos qui sautent toutes les trois secondes. Bref, les ultra-portables sont sans doute adaptés à des usages périphériques modérés (consultation des courriels, saisie de textes courts, navigation sur des pages de texte et d'images fixes...) mais pas du tout au déploiement du potentiel d'usages promis par les tenants de l'école numérique. Et les constructeurs peuvent bien avancer l'argument de la réduction de la fracture numérique grâce à ces ordinateurs à bas coût, ils ne convaincront personne que la mise à disposition d'un outil moderne mais non fonctionnel est meilleure que la conservation des outils plus anciens ou plus chers qui fonctionnent. 

On suivra avec attention les premières expérimentations à grande échelle des manuels scolaires numériques dans les écoles françaises, afin de voir si les avis des écoliers de l'hexagone rejoignent ceux de leurs homologues américains.

Kindle lightens textbook load, but flaws remain. eSchool news, 14 octobre 2009

Are netbooks right for education ? eSchool news, 8 octobre 2009

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