Technologies

La mise sous contrôle des apprenants : 4 solutions logicielles

le 02 décembre 2002 | Dernière mise à jour de l'article le 12 décembre 2008

Sociétés

Après les tableaux blancs interactifs, l’offre la plus représentative au pôle TICE du salon Educatec concernait les outils de contrôle informatique. Tour d’horizon sélectif des solutions logicielles proposées. "Circulez, vous apprenez ! " ou comment l’enseignant peut être instrumentalisé en gendarme pédagogique. "Contrôle des fichiers, s’il vous plait ! "Quatre grandes fonctions se dégagent autour des systèmes de contrôle des activités des apprenants :

  • observation d’un poste de travail ;
  • prise en main d’un poste ;
  • visualisation individuelle ou collective d’un poste (celui de l’enseignant ou celui d’un des apprenants) ;
  • attribution de droits d’accès (logiciels, commandes, fichiers, ressources informatiques …).

Ces fonctions plus ou moins développées et complétées peuvent se décliner par catégories :

  • "les solutions de contrôle" (ex : Winsuperviseur, Imperata) sont des outils de surveillance à distance de l’activité de l’apprenant. La " distance " peut se limiter à une même salle physique ;
  • "les solutions de télé-assistance" (ex : NetOp School), où les objectifs de prise en main à distance et d’interventions directes sont recherchés ;
  • "les solutions d’affectation de ressources" (ex : HARP, ICM) permettent l’octroi d’applicatifs logiciels et de fichiers aux apprenants par l’intermédiaire de droits d’accès.

Après la craie électronique, le képi digitalAvec Winsuperviseur, édité par Inetec educ "vous n’enseignerez plus jamais comme avant". Le ton est donné. Grâce à ce logiciel, "l’informatique [est] au service de l’enseignant". Pas pour l’apprenant ? "Fini les attroupements des stagiaires autour d’un poste" (assisterait-on à des hordes de sauvageons apprenants ? ), l’"enseignement assisté par ordinateur [devient] vraiment vivant". Cette pépite informatique, outre le contrôle strict de vos apprenants, permet de mettre en place des groupes de travail. Des fonctions audio intégrées (même en l’absence de carte son sur les postes) autorisent le dialogue formateurs - stagiaires en mode "full duplex". Pour sauvegarder toutes les activités effectuées, munissez-vous de la safetyCard. Offrant une représentation graphique des postes apprenants, Imperata d’ Horanet "constitue une base innovante unique pour l’utilisation interactive multimédia et rend l’enseignement tutoré stimulant, interactif et productif". Vous voilà prévenu. Au-delà des fonctionnalités de prise en main et de visualisation d’écrans à distance (contrôler la navigation sur Internet, ouvertures de documents, lancement de programmes, transferts d’écrans…), ce logiciel permet la création de "Portes-documents" : composition de groupes, sélection de documents, affectation de logiciels et d’applications pour chaque matière… Associé à son "Interface de Communication Multimédia" ICM, Imperata migre en un "réseau acceptant une grande variété d’applications pédagogiques" : diffusion de sources numériques et analogiques, dialogue en direct, surveillance des apprenants, gestion de salle de cours, enregistrement des présences, notations "… Tout bon pédagogue appréciera "l’écoute discrète des apprenants" ! Connu pour ses prises de commande à distance (via Remote Control), la société Netop investit le marché éducatif en proposant son NetOp School. Visualisation d’un écran vers un utilisateur distant, démarrage de programmes à distance, surveillance des écrans et intervention à distance grâce à une fonction duale du clavier et de la souris du programme (possibilité de verrouiller les commandes du clavier et de la souris), conférence audio ou écrite multi-utilisateurs (attribution du microphone par le formateur, enregistrements des discussions écrites en mode texte), affichage des étudiants en ligne (visualisation des participants au cours, possibilité de "déplacement" parmi les étudiants) sont quelques-unes des fonctionnalités disponibles. Notons la fonction de collaboration permettant à certains utilisateurs d’animer des groupes indépendants. Mélomane averti, HARP (Harmonisation des Accès aux Ressources Pédagogiques) vous transformera en véritable chef d’orchestre. Intercalé entre les outils de gestion du réseau local et des applications informatiques, l’interface HARP met en musique la distribution des ressources pédagogiques sur chaque poste. Edité par la société Arlys, cet outil d’administration permet l’accès aux applications informatiques par poste de travail : logiciels utilisés, périphériques accessibles, cours consultables, espaces privés délivrés, agendas… Des fonctionnalités au goût amerL’oeil inquisiteur à distance (alors qu’il suffirait d’un déplacement de l’enseignant présent dans la salle), sous prétexte de vertus pédagogiques (assistance en directe, suivi personnalisé, intervention contextualisé…) dénote d’une certaine logique sécuritaire. Les expressions de "surveillance", "contrôle", "supervision", "pilotage du groupe du bout du doigt ! " sont à cet égard explicites. Notons qu’une session informatique n’indique pas forcément que le "bon" utilisateur soit derrière l’écran (sauf pour la visioconférence). Plus insidieuse est la "logique du maître" que l’on retrouve derrière ces solutions informatiques. Logique basée sur l’autorité incantatoire du maître comme stature disciplinaire et autoritaire. L’enseignant maîtrise, les apprenants exécutent. Un poste n’est-il pas "maître" et les autres "esclaves" ? Intimement lié, le modèle pédagogique induit est transmissif : du préceptorat réseauté, en somme. On peut également interroger l’efficience d’une communication distante dans le cadre d’une situation présentielle médiatisée. N’est-il pas plus opportun de créer un "lien proximal de communication" plutôt que distancié par ordinateur interposé ? Surtout quand la distance est l’espace classe ! Le code de bonne conduite des autoroutes de la formationLes fonctionnalités des applications logicielles pour l’éducation sont à l’image des valeurs pédagogiques des concepteurs informatiques : l’esprit d’ouverture (partage de ressources, mutualisation des données) côtoient le réflexe sécuritaire (surveillance des postes, contrôle des apprenants). Qui peut le plus peut le moins. Certes. Mais à travers ces choix de développement, quelles déontologies professionnelles et éthiques sociales véhiculent-on ? La technique n’est pas neutre. Elle est politique. Se protéger contre l’intrusion de virus, développer une stratégie de prévention en matière de suppressions (in)volontaires de fichiers ou de sources logicielles, lutter contre la détérioration physique ou le vol de matériel justifient des parades techniques. Mais une approche citoyenne entre formateurs et apprenants est des plus constructives: élaborations et discussions autour des chartes de fonctionnement, responsabilisations individuelle et collective, apprentissage d’une pédagogie de l’ouverture culturelle informatique et sociale… N’est-ce pas plus pédagogique ?

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