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Créer des films d’animation 3D sans savoir programmer, c'est désormais possible*

le 19 décembre 2010 | Dernière mise à jour de l'article le 20 décembre 2010

Sociétés

On le sait, les grands films d’animation 3D qu’ils soient américains, japonais ou autres demandent des années de travail. C’est qu’au-delà d’un scénario, il y a la modélisation, la programmation, l’animation, la postproduction, etc. Un art qui n’était donc pas réellement à la portée du commun des mortels. Et pourtant, il existe une solution gratuite et accessible à tous!

Muvizu est une création de Digimania, une compagnie informatique écossaise. Utilisant le moteur graphique Unreal Engine 3 – très prisé dans l’univers du jeu vidéo – il donne la chance aux internautes de concevoir des courts métrages d’une assez bonne qualité visuelle. Comment peuvent-ils simplifier à ce point la création 3D? La réponse se retrouve dans leur credo : « N’animez pas, dirigez! »

En effet, l’avantage de Muvizu est que vous n’avez ni à modéliser ni à programmer quoi que ce soit. Le matériau de base devient alors l’imagination. Tout a été prémâché pour nous : décors, accessoires, comédiens, etc. Il suffit de les placer comme on le désire et de mettre en scène l’ensemble. Attention ! Cela ne veut pas dire qu’il faille se contenter des quelques éléments à sa disposition ! Au contraire, le tout est extrêmement personnalisable. Uniquement pour les « acteurs », à partir des 6 ou 7 modèles de base, vous pourrez changer pratiquement n’importe quoi : chapeau, épaulières, yeux, nez, objets, etc. Même chose pour les arrière-plans dans lesquels on peut insérer des images de sa bibliothèque.

Les options audio sont tout aussi souples. L’importation de formats de sons et musiques (surtout mp3 et wave) est fortement encouragée et l’on peut également enregistrer directement à partir du logiciel. Une bonne façon de créer les dialogues que vos interprètes virtuels prononceront. Sachez, par contre, que tous les dialogues devront être sur le même fichier sonore, car l’éditeur ne possède qu’une ligne dédiée.

De plus, si vous vous inscrivez sur le site (c’est gratuit), vous aurez accès à de nouveaux lieux, accessoires, bruitages, effets spéciaux et autres que vous pourrez télécharger. Une fois votre idée d’histoire conçue, vos caméras placées, votre décor planté et vos acteurs sur leur marque, c’est l’heure de faire du cinéma !

Préparer, diriger, monter

Ces trois verbes sont le moteur de Muvizu et rendent la tâche d’animation plus simple. En premier lieu, vous allez préparer votre bande dialogue, vos effets sonores, les déplacements de caméra, les actions des personnages et les changements ou mouvements des objets (si applicables). Pourquoi ? Parce qu'une fois que vous serez en mode enregistrement, il ne vous suffira que de cliquer sur les icônes programmées pour qu’un bruit se produise ou qu’une actrice se mette à trembler d’effroi.

On retrouve six grandes catégories de gestes :

  • Heureux (Happy)
  • Triste (Sad)
  • Effrayé (Scared)
  • En colère (Angry)
  • Diabolique (Evil)
  • Combat (Fight)

Il y en a d’autres, classés par thème (exemple : être électrifié est sous Sci-Fi) ou liées carrément à des instruments (il est possible depuis la fin novembre 2010 de créer un groupe de musique virtuel et d'animer les musiciens en train de jouer). Néanmoins, la plupart du temps, ce sont les six catégories principales qu’on utilisera. Chacune d’entre elles contient 4 types de comportements : l’émotion sans mouvement (Idle), les poses, les gestes subtils et les gestes très forts. Pour les combats, on retrouve les postures (Idle), les attaques, les esquives et les impacts. Il est possible de choisir directement dans ces listes les actes précis désirés (exemple: un scientifique fou s'esclaffant devant sa monstrueuse création). Cependant, si on laisse les boutons de catégories, lors de l’enregistrement le logiciel sélectionnera au hasard l’action (ex : dans une conversation, en cliquant sur gestes heureux subtils, l’acteur pourrait aléatoirement taper du pied ou se gratter la tête).

Une fois que tout est prêt, il est l’heure d'animer ! Dans la section diriger, on doit s’occuper de tous les composants préparés. Pas de panique, car voilà une autre fonction qui simplifie la vie dans Muvizu : les éléments sont enregistrés un par un. Ainsi, on peut se concentrer sur chaque aspect de son film et refaire des prises tant que le résultat n’est pas satisfaisant. En tant que réalisateur, il faudra mettre en scène :


  • Les dialogues : s’assurer que la bouche des personnages bouge quand ils parlent
  • L’audio : associer les sons aux événements
  • Changements de plans : sélectionner différents objectifs durant l’action pour voir la scène sous un autre angle (maximum de 4 caméras par projet)
  • Le mouvement des caméras : diriger l’appareil selon le déplacement décrété dans la phase préparatoire
  • Les actions des personnages : les comédiens effectueront les gestes programmés au moment désiré
  • Les déplacements : les acteurs marcheront et courront, en suivant un tracé dessiné à la souris pendant l’enregistrement. Or, si l’on effectue un geste pendant qu'il déambule ou sprinte, la progression sera annulée. Malheureusement, les comédiens de Muvizu ne peuvent pas se promener et mâcher de la gomme en même temps !
  • Les mouvements de la tête et des yeux : pour ajouter au réalisme, on peut changer l’orientation du crâne et des pupilles du rôle et, même, agrandir ou rétrécir le regard durant l'action. Cela n’annule aucun geste ou déplacement.
  • Les propriétés ou les mouvements d’accessoires : il suffit d’appliquer les métamorphoses préparées auparavant aux objets désirés.

Finalement, une fois que tout est fait, on doit s’assurer que tout répond comme il se doit au niveau du montage. Par exemple, le son de quelqu’un qui crie est-il arrivé au bon moment ? A t-on laissé trop longtemps l’image sur la caméra 2 ? Dans la frise chronologique du film, on a accès à toutes ses informations que l’on peut modifier ou effacer si cela ne nous plaît plus. En sélectionnant un acteur, vous aurez aussi droit aux lignes concernant ses actions, dialogues, mouvements (du corps, des têtes et des yeux), etc.

Ensuite, il suffit d'encoder votre film en format AVI et, si on le désire, de le déposer sur YouTube. Pour cela, vous êtes contraints d'avoir un compte à la fois sur la plateforme vidéo et sur Muvizu.

Méthode, patience... et quelques limites

Certes, Muvizu facilite grandement la réalisation de films d’animation 3D, mais il ne faudrait pas croire que tout se fasse en quelques minutes. Déjà, il faut compter avec le temps d'adaptation à la maniabilité 3D : un défi considérable surtout lors de la disposition les éléments. Car les manipulations à la souris qui servent à orienter ce que vous voyez sont les mêmes que pour mouvoir les accessoires, les caméras, les décors, etc. On sélectionne et bouge souvent, sans le désirer, quelque chose quand on voulait simplement modifier l'angle de vue. Vous adopterez rapidement les déplacements au clavier.

De plus, il faut admettre que malgré la quantité de choix, on aimerait toujours avoir plus d'objets, de comportements possibles, de bruitages, etc. Oui, d’autres options apparaîtront et seront téléchargeables dans un futur plus ou moins proche, mais on est parfois déçu de ne pas pouvoir faire exactement ce que l’on souhaite. Il arrive aussi, surtout au niveau des déplacements dans des décors de petite taille, que le personnage marche sur des objets ou qu’il passe carrément au travers les murs!

On regrette également l’absence d’une véritable section de montage. Par exemple, il n’y a qu’une piste pour tous les bruitages. Ainsi, si l’on simule une fusillade, on doit mettre bout à bout les sons d’armes à feu et ceux de corps tombant. Pas très réaliste! De plus, Muvizu est surtout conçu pour de petits courts métrages dans un décor unique. Certes, un programme est fourni pour coller ensemble des vidéos faites avec Muvizu. Or, il l’exécute sans possibilités de transitions. On ne peut pas non plus créer de sous-titres ou des génériques. Il faudra donc, si l’on veut aller plus loin, se procurer un logiciel de montage comme le suggèrent les développeurs.

Une importante partie des défauts mentionnés est vraisemblablement liée au fait qu’il s’agit encore d’une version bêta. Il y aura, on l'espère, certainement des améliorations au fil du temps.

Cela n’enlève pas tout le potentiel de ce programme qui démocratise l’animation 3D. Les grands et moins grands pourront façonner des petites histoires. Il faut seulement être conscient qu’un bon PC est exigé pour faire tourner l'application, accepter les limites actuelles de Muvizu et surtout que votre premier film vous demandera plusieurs heures de travail. Avant de vous lancer, nous vous conseillons de consulter tous les tutoriels vidéo du site qui expliquent comment faire. Tout comme le logiciel, ils sont en anglais, mais la prédominance du visuel devrait vous faciliter la tâche. Sans compter que le narrateur au charmant accent écossais est assez compréhensible. Évidemment, une maîtrise de la langue de Shakespeare est un énorme plus pour apprécier Muvizu.

Muvizu nous place sur la chaise d’un réalisateur de films d’animation et stimule notre créativité. Il permettra aux plus jeunes d'avoir un aperçu, considérablement simpifié, de ce qu'est l'animation 3D, qui les attire beaucoup et dont certains pensent faire leur métier. Il nous faut un certain temps d’adaptation, mais une fois qu’on est acclimaté, on peut mettre en scène de formidables petits courts métrages comme ceux-ci :



Le site officiel de Muvizu

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