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Promenons-nous dans le labyrinthe des formats d'images*

le 21 décembre 2010

Sociétés

Citez-moi les formats d'images auxquels vous pensez de but en blanc. 4:3 et 16:9? Oui, c'est vrai, ce sont les deux formats les plus courants de notre vie quotidienne, car ils correspondent notamment aux écrans que nous possédons (téléviseurs, écrans d'ordinateurs, écrans d'appareils photos). Mais au-delà de ces deux formats, la liste des formats cinéma est longue. Des origines du cinéma au 19me siècle à l'apparition aujourd'hui de la 3D dans nos salons, c'est une pléthore de formats qui se sont succédés au fil des décennies. Essayons de nous y retrouver un peu dans ce labyrinthe de chiffres.

Proportions vs définition

Un format d'image d'abord, quésaco? Tout simplement le rapport entre largeur et hauteur de l'image :  4:3, 16:9, 1,85:1, etc. A ne pas confondre avec la définition d'une vidéo – même si les deux sont liés – dont on entend couramment parler ces dernières années. Quand on vous parle de HDVFull HD ou 1080p, de 2K ou 4K, c'est le format de définition qui est cité, une notion apparue avec l'utilisation du numérique et qui correspond en fait à la quantité de pixels (le niveau de détail, finalement) présents dans votre image.

A noter qu'avec l'arrivée de la HD, le format 16:9 détrône l'originel 4:3 de nos écrans cathodiques et prolifère. Le format d'image, lui, n'est qu'un ratio, souvent choisi non pas pour la quantité de détails qu'il peut afficher mais pour le cadrage et l'effet filmique – considéré comme spectaculaire pour les formats larges - qu'il apporte.

Formats cinématographiques

Du 4:3 au 16:9 : un peu d'histoire...

Alors, quel est le format originel ? Aux premières heures du cinéma, c'est le film 35 mm qui est d'abord utilisé. Les films, muets à l'époque, permettent d'utiliser toute la surface de pellicule, soit 24 mm de large sur 18 mm de haut. Le rapport 4:3 (i.e. 1,33:1) est donc le plus ancien, et son usage à l'époque est prépondérant dans le cinéma et la photographie. Plus tard, ce format se généralisera à tous les supports visuels, avec l'apparition de la télévision dans les années 1920.

Avec l'arrivée des films sonores – et donc d'une bande son à caler sur la pellicule – la place pour l'image s'en trouve réduite et pendant un temps, on tourne des films au ratio 1,2:1, format très proche d'un format carré, souvent esthétique en photographie mais très peu au cinéma. On finit donc par réduire la hauteur (et donc la surface) d'impression de l'image sur la pellicule pour adopter ce qui sera pendant longtemps (il est encore utilisé aujourd'hui), un format dit "Academy" – car instauré par l'Académie américaine de cinéma – d'1,37:1, proche donc, du format natif.

La démocratisation de la télévision dans les années 1950 fera grandement évoluer les choses, car à l'époque les cinéastes doivent redoubler d'imagination pour continuer d'attirer la foule dans les salles obscures. C'est la naissance des multiples formats larges, censés se révéler plus impressionnants et spectaculaires : 1,65:1 (proche du 16:9), 1,75:1, 1,85:1. Chaque pays y va de son format panoramique. Mais LE format de l'époque, c'est le CinémaScope (dit "Scope"), un format géant de 2:55:1, quasiment deux fois plus large qu'un 4:3. Véritable précurseur du succès du format large, il a été quasiment abandonné après les années 1960, au profit du PanaVision, un "scope" un peu moins large, faussement appelé aujourd'hui CinémaScope, de ratio 2,35:1.

Bandes noires et rognage

Avec une telle disparité de ratios, vous pouvez être quasiment sûrs que vous voyez rarement ce que le réalisateur a voulu filmer. Un problème qui tend tout de même à disparaître avec la standardisation des écrans 16:9, proches du format américain couramment utilisé. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'aujourd'hui, au cinéma, format américain (1,85:1) et PanaVision sont les standards de tournage et de diffusion. A la télévision, on passe progressivement du 4:3 au 16:9, même si beaucoup de séries sont encore tournées au format Academy (1,37:1).

Le souci majeur de cette non-uniformisation? La diffusion à la télévision, qui s'en trouve très souvent altérée. Si vous avez un écran cathodique (4:3 donc), vous visionnerez la majorité des films tournés à l'heure actuelle avec des bandes noires horizontales ou pire, votre image aura pu être recadrée et amputée d'un bon 40 % pour prendre toute la place de l'écran (rare mais possible). Par contre, vous verrez une grosse part des séries actuelles et vos vieux films au format "natif" ou presque.

Dans les meilleurs cas, la vidéo aura été tournée dans les deux formats ou plutôt dans le format originel en prêtant attention au cadrage "cinéma" et diffusée ensuite au cinéma avec des caches permettant de rogner le haut et le bas. Le risque, c'est de voir apparaître à la télévision des éléments indésirables dans les bords du cadre, comme une perche de prise de son ou des rails de travelling. Généralement, aujourd'hui, même si le réalisateur réfléchit en format "cinéma", il pense aussi à la diffusion de son oeuvre sur petit écran et adapte la capture en conséquence.

L'écran 16:9 reste tout de même l'écran idéal pour visionner des films, son format étant très proche du format américain. Mais en général, on se retrouve avec des séries télé amputées en haut et en bas, affublées de bandes noires verticales ou pire, écrasées pour correspondre au format 16:9. Cela reste cantonné à de rares chaînes du câble quand même... Le "scope" se retrouve dans tous les cas de diffusion sur petit écran soit complété de bandes noires horizontales soit rogné d'un ou de ses côtés, lorsqu'il est diffusé en mode pan & scan (un zoom de l'image).

C'est un véritable casse-tête que ces formats, me direz-vous. Il est clair que l'histoire du cinéma est parsemée de "tests", de recherche, et d'affrontements de formats. Et encore aujourd'hui, on voit apparaître des formats spéciaux comme l'iMax ou l'Omnimax, dits "formats géants" projetés sur écrans courbes. L'arrivée du numérique ne simplifie pas forcément les choses, venant ajouter de plus en plus fortement la notion de résolution et de définition d'image. Et en photographie, c'est pareil? Oui, voire pire, tout le monde étant à même dorénavant de rogner facilement ses photos comme il l'entend. L'explosion du numérique a sonné l'apparition de nombreux formats trans-standards ou tout simplement inexistants historiquement.

Sources :Ciné-Club, "Le format"
Académie de Nancy-Metz, "Les formats cinématographiques"
Son-Vidéo, "Les formats d'images"

llustrations : Andreas -horn- Horning - Wikimedia Commons
Kyle_the_hacker - Wikimedia Commons

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