Technologies

Google Apps Education dans la cour des grands

le 27 octobre 2009 | Dernière mise à jour de l'article le 28 octobre 2009

Sociétés

Deux écoles d'enseignement supérieur privées françaises ont récemment adopté les Google Apps pour offrir des bureaux virtuels en ligne à leurs étudiants. ESC Lille  a ouvert le bal à la rentrée 2008. Elle a été suivie à la rentrée 2009 par l'ESSEC. Ces deux écoles viennent alimenter de quelques gouttes d'eau le torrent des utilisateurs des Google Apps Edu dans le monde : sur le blogue destiné à ces utilisateurs, Google annonce le chiffre de 5 millions d'utilisateurs.

Comme on peut le voir sur cette carte, ces derniers sont principalement localisés aux Etats-Unis. L'université publique de l'Arizona par exemple, a ouvert pas moins de 304 000 comptes liés aux Google Apps.

ESC Lille et l'ESSEC Paris ne jouent pas dans cette division, mais disposent quand même de 12 000 comptes actifs (20 000 prévus en 2011) pour la première, 40 000 comptes pour la seconde.

Google est-il un ogre "gentil" ?

Ces chiffres peuvent donner le vertige, mais ils sont finalement à l'échelle de ceux qui sont régulièrement associés à Google : « Selon la firme de mesure Web Alexa, Google.com est consulté quotidiennement par 31 % des internautes du monde entier, soit plus de 300 millions d'utilisateurs et ces chiffres sont en croissance permanente », écrit par exemple un étudiant sur le blogue du cours Economie numérique dispensé à  HEC Montréal.

Cet appétit d'ogre fait douter nombre d'observateurs (et utilisateurs...) des intentions de Google. La firme ne chercherait-elle pas à avaler l'essentiel des services disponibles sur le web et donc à éliminer tous ses concurrents ? A collecter les données personnelles de tous les internautes de la planète, pour les vendre à ceux qui achètent de l'espace publicitaire et des mots-clés sur le site de son moteur de recherche ? Personne à ce jour n'a la réponse à cette question, comme en témoignent les récents débats animés lors d'un colloque organisé par une société de conseil spécialisée en médias et marchés numériques.

Mais, à ces interrogations fort légitimes devant une telle puissance de feu, le responsable de Google Entreprise pour l'Europe, Luca Paderni, répond que les consommateurs ont toujours le choix d'aller ailleurs; que le leader d'aujourd'hui n'existait pas il y a 10 ans, que d'autres étaient leaders à l'époque et qu'ils ont depuis disparu. Fugacité du pouvoir dans ce monde impitoyable des nouvelles technologies...

La gratuité, et bien plus encore

Luca Paderni argumente plus fondamentalement sur le fait que les utilisateurs doivent mesurer en toute connaissance de cause les avantages et inconvénients à adopter le bureau virtuel de Google, ou une autre solution qui passe par une installation sur serveur local. Et là, Google dispose d'atouts imparables.

La gratuité : Les Googles Apps sont gratuites pour les organismes d'éducation et les organisations à but non lucratif. Les économies ainsi réalisées sont loin d'être négligeables. Un portail de services  de type ENT installé en local peut coûter plus de 500 000 euros, selon le chef de projet Google Apps d'ESC Lille.

L'opérationnalité : Dès qu'elles sont installées, les Google Apps sont opérationnelles. A comparer avec les plates-formes de bureau virtuel qui sont livrées brutes aux clients, qui doivent alors créer les contenus.

L'absence de maintenance : Google s'occupe de tout ! Les équipes Google entretiennent les systèmes distants, pratiquement rien n'est localisé chez les utilisateurs.

La continuité du service : En un an de fonctionnement, ESC Lille n'a eu à subir qu'une heure d'interruption de service de la part de Google, et encore le service informatique avait-il été prévenu au préalable. Le chef de projet Google Apps à ESC Lille est ici très clair : « Auparavant, les étudiants disaient que notre système informatique n'était pas très performant. Maintenant, ils sont à 100 % satisfaits ». De plus, le système supporte de fortes montées en charge, comme en témoigne la progression rapide du nombre de comptes ouverts dans les universités et écoles.

La diminution du flux de données échangées et donc la limitation des besoins en bande passante: les applications de travail collaboratif et surtout celles qui permettent la création de documents en ligne, font quasiment disparaître les pièces jointes liées aux courriels.

L'adaptabilité : les API ouvertes des applications de Google Apps permettent de les personnaliser. Par ailleurs, de nouvelles applications sont régulièrement ajoutées, comme le service vidéo et bientôt, la visioconférence à multiples utilisateurs.

Confidentialité et sécurité des données : les questions sensibles

Reste la question qui fâche : quid de la confidentialité et de la sécurité des données ?

Google assure aux utilisateurs des Google Apps que leurs données sont totalement sécurisées et ne sont pas employées par d'autres applications de la firme. De plus, le système de chaque client peut être intégralement fermé (n'autorisant aucun partage de données hors de l'espace de l'établissement) par l'administrateur. Lorsque ce n'est pas le cas, les utilisateurs doivent être, comme pour tout autre usage d'un service Web 2.0, prévenus des risques qu'ils prennent en partageant leurs données avec le grand public.

On a le droit de ne pas faire confiance à Google quand ses représentants assurent les utilisateurs de Google Apps que leurs données ne sont exploitées ni par la firme elle-même, ni par d'autres utilisateurs, le risque venant plus du croisement des données que de leur stockage. On peut également craindre un crash de serveur dans les mystérieux data centers de Google. Le cataclysme serait à la mesure du nombre considérable de données y transitant. Cette prise de risque est-elle plus importante qu'avec un système intégralement géré en local ? Rien n'est moins sûr. On se souvient que, voici quelques années, l'administration britannique a perdu des millions de fichiers relatifs à ses citoyens. Et l'on ne sait rien des pertes de données qui interviennent régulièrement dans les entreprises, les universités, les organisations internationales...

Une chose est certaine : Google Apps répond de manière adéquate aux besoins de très nombreux établissements d'enseignement supérieur. Ne transite sans doute sur les bureaux virtuels qu'une majorité de données « banales », avec une fluidité rarement atteinte jusqu'alors, pour un coût  dérisoire à la charge du client, entre des utilisateurs qui prennent tôt le réflexe du travail collaboratif. C'est sans doute cela que cherche Google, comme nombre de sociétés informatiques qui adoptent la même stratégie : se rendre indispensable aux étudiants, pour le reste de leur vie. Mais n'est-ce pas déjà le cas ?


Un grand merci à Rachid Chabane, chef de projet Google Apps à ESC Lille, pour les informations communiquées.

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