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Écrire aussi vite que l'on parle

Alphasyllabaires, sténographie, écriture abrégée et rédaction assistée

le 02 avril 2013 | Dernière mise à jour de l'article le 05 novembre 2014

Sociétés

Autrefois la vitesse à laquelle on gravait la roche ou transcrivait à la plume d’oie sur du vélin était techniquement limitée. Aujourd’hui la communication directe sur écran nous mène non aux limitations physiques mais à celles intrinsèques aux alphabets servant à transcrire des mots et des concepts plutôt que des sons. Écrire les mêmes sons de plusieurs façons différentes avec des sens différents ralentit l’écriture; nombre de caractères ne sont pas prononcés mais doivent être écrits et les mots ainsi formés doivent respecter les règles de grammaire.

La sténographie nous est de peu de secours tant elle est difficile à maîtriser. Il en existe des dizaines de formes (en français les méthodes de Aimé Paris, Prévost-Delaunay et Duployé, en anglais Pitman, Metcalfe, Gregg) et les systèmes d’écriture rapide (écriture abrégée, speed writing) sont quasi illisibles pour ceux qui ne les ont pas écrit.

pr xmpl, c tx abrg n vs dnra pa trp 2 dfclt me atnt°. ya d trcs

(Par exemple, ce texte abrégé ne vous donnera pas trop de difficultés,
mais attention, il y a des trucs. (*))

Ce n’est pas d’hier que l’on tente de traduire les sons que nous entendons en formes que l’on puisse reproduire. On trouve des alphasyllabaires très anciens, brāhmī, devanāgar, égyptiens mais aussi d’autres qui sont toujours usités, mis à jour et adaptés aux ordinateurs comme la plupart des alphasyllabaires des langues indo-asiatiques (khmer, cingalais, etc.) ou africaines (amharique, tigrinya).

Les alphasyllabaires les plus récents comme l’autochtone canadien unifié ou le mandombe africain intègrent une approche hybride liée à la tradition sténographique et à des considérations quant à la transcription des phonèmes de plusieurs langues sous un seul code commun. Mais ces créations récentes demeurent toujours difficiles à maîtriser et peu utilisés en pratique.

Reste la composition assistée à partir de ce que l’on tape, comme le dispositif de suggestions que certains désactivent sur leurs téléphones tant son utilisation est frustrante, ou à partir de la parole, comme la dictée vocale fournie par Apple sur son plus récent système (Mountain Lion) et l’écriture ou la traduction via le téléphone ou sur tablettes proposées par diverses applications.

Le problème technique est que la puissance de calcul demandée pour opérer des applications autonomes d'interprétation de la dictée dépasse la capacité de la plupart des appareils et seuls les serveurs des grandes entreprises sont pour l’instant assez efficaces pour opérer ce genre de service. Mais il s’agit maintenant de la dernière limitation d’importance; pour le reste, le savoir-faire est de plus en plus maîtrisé et ne pourra que s’améliorer.

Par exemple, une partie de cet article a été dictée à l'ordinateur et retravaillée par la suite car si le service de dictée de Apple est très simple et opérationnel, l’interprétation des homophones est encore aléatoire, la dictée nécessite une articulation claire et est limitée à un paragraphe à la fois. Quant à faire apparaître les virgules et les points aux bons endroits, il suffit de dire «virgule» ou «point» et ils s'ajoutent ! Il faut cependant taper «virgule» si on veut écrire le mot. Quant au point, il sait faire la différence.

L’intelligence artificielle sémantique se raffine et on peut affirmer sans trop de risque que d’ici 10 ans, avec l’augmentation prodigieuse annoncée de la puissance de calcul des processeurs, les applications de dictée seront portables et habituelles.

On pourra bientôt écrire parfaitement à la même vitesse que l’on parle. Dans quelques années, nos enfants étonnés nous diront «Tu envoyais des textes que tu écrivais sur un clavier ? C’était vraiment archaïque !»

 

* Ces trucs simples sont :

Supprimer les voyelles intérieures et le "e" en fin des mots, les lettres muettes (qu’on ne prononce pas) et les doubles consonnes, les tirets entre les mots, les accents le plus souvent, les apostrophes et la ponctuation.

Remplacer les sons  «aille», «ouille», «ille», «eille», «yeu» par "y", les sons «sse» et «ze» par «s», la terminaison «ment» par «t» en fin de mot, la terminaison «ion» par «°».

Utiliser des symboles (+ - x)  et des chiffres (un 1, ui 8, de 2 ).

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