Publié le 26 avril 2015Mis à jour le 26 avril 2015
La danse, cet art métaphysique
Longtemps négligée par les philosophes, la danse est devenue l'art métaphysique par excellence
La danse est un art étrange, fondamentalement rattaché à un autre : la musique. En effet, sans trame musicale, les danseurs ne seraient que des humains qui bougeraient étrangement dans le silence. Conséquemment, pour certains penseurs, la danse a longtemps été perçue comme une expression artistique mineure.
La philosophie, champ qui s'intéresse d'ordinaire à tout ce que l'humanité vit et produit, a pris du temps avant de jeter un coup d'oeil méta-analytique à la danse. En fait, les philosophes anciens comme Platon la méprisaient. Il faudra attendre le début du vingtième siècle pour que des intellectuels comme Paul Valéry traitent réellement de la danse. Il la décrira dans son texte Philosophie de la danse publié en 1936 comme une poésie générale de l'action des corps en mouvement.
Depuis, des penseurs comme Erwin Straus, Nietzsche et d'autres se sont penchés sur le sujet et y ont vu des métaphores ou même une façon différente de penser. Elle serait une manière unique d'aborder la connaissance. En fait, les philosophes modernes reconnaissent aujourd'hui tout l'intérêt de la danse dans le champ philosophique.
L'essence humaine dans la danse
Le thème passionne maintenant les philosophes au point où l'émission « Les Nouveaux chemins de la connaissance » sur France Culture a dédié, au début du mois de juillet 2014, 4 épisodes sur le sujet de la philo et de la danse.
Comme la série nous l'apprend, cet art est en soi métaphysique, ce qui passionne énormément les philosophes. En effet, contrairement à tous les autres types d'expression artistique qui laissent une trace quasi indélibile dans le temps, la danse se fait et défait au fil des pas et des mouvements.
Une succession de morts et de renaissances créatives défilent à chaque seconde. D'ailleurs, durant la quatrième émission, on s'intéresse au fait qu'il n'y ait pas à proprement parler d'oeuvre en danse. Il n'y a pas de bibliothèque du mouvement et même le spectacle de danse ne peut être en soi une référence puisqu'il est aussi éphémère que la prestation du danseur. Une autre caractéristique de cet art est qu'il n'est pas foncièrement narratif. Certains chorégraphes pourront prétendre le contraire, mais fondamentalement pour les philosophes la danse n'exprime aucun sentiment psychologique à sa face même.
Et pourtant, au-delà du geste, il y a un bouillonnement intérieur intense chez le danseur. Nietzsche dira qu'il rend actuel le « pur ennui de vivre » et qu'il reflète l'existence même de l'humain par la force et la souplesse de la chorégraphie. Il y aurait donc un mouvement invisible dans la danse qui passionne les penseurs. Certains parlent d'une pure joie, mais il y a aussi toute une notion de contrôle qui est capital particulièrement dans des danses techniques comme le ballet. Le film « Le Cygne noir » de Darren Aronofsky (2010) en a d'ailleurs montré ses aspects par moment sombres.
En général, toutefois, l'expression inapparente du danseur est celle de son identité même et parfois de sa classe sociale. Cela explique la création de types de danse particuliers correspondant à des peuples ou des milieux de vie. C'est pourquoi certains danseurs affirment même qu'ils « dansent leur vie ».
Il n'y a donc pas dichotomie entre la philosophie et l'acte de danser. C'est tout le contraire. Le spectateur ne voit qu'une simple chorégraphie dictée par une pièce musicale. Le philosophe y voit toute l'expression du paradoxe de l'existence humaine.
La danse a trouvé le moyen de se transmettre via les technologies. Les séries de jeux vidéo sur la danse ont un public large qui en redemande. Mais qu'en est-il des possesseurs de téléphones intelligents? Eux aussi peuvent se trémousser leur appareil en main. Des applications étonnantes !
Cet art du déplacement et du dépassement commence à être mis à profit dans les écoles et par les services sportifs des villes car son coté «affranchi» attire tout le monde, même les marginaux. Dans les écoles, on trouve qu’il est une évolution plus naturelle et accessible du cours de gymnastique et surtout bien plus populaire. Ce genre de programme constitue même un argument de recrutement auprès des élèves.
Le corps est peu utilisé en classe pour des raisons évidentes d'organisation et de disposition des classes. Pourtant, on s'aperçoit qu'à défaut de toujours pouvoir apprendre en bougeant, il est fondamental de bouger pour bien apprendre et ce à tout âge. Un corps actif facilite le fonctionnement du cerveau, surtout s'il est sollicité correctement lui aussi, et limite le déclin cognitif. Alors, faut-il laisser nos enfants apprendre en sautant pour autant?
Peu de travaux de recherche existent sur le processus d'improvisation en danse contemporaine. Bruno Couderc, danseur et enseignant-chercheur en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS pour les habitués) à l'université Rennes 2 en a fait son sujet de thèse.
Il naît plusieurs sous-cultures marginales dans les villes. Parmi celles-ci, nombre de courants musicaux et de danses sont partis de quartiers pauvres pour devenir des phénomènes mondiaux. Il y en a un qui était en train de naître et de faire vibrer une partie du public en ligne : le « Lite feet », une danse qui se pratiquait beaucoup dans les métros new-yorkais. Or, sa récente interdiction brime, selon certains, tout un pan de la culture urbaine... qui n'a fait son dermier pas, heureusement.
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