Publié le 11 décembre 2016Mis à jour le 11 décembre 2016
Quand une I.A. se prend pour les Beatles
Le glas va-t-il sonner sur le métier de musicien commercial ?
L’intelligence artificielle (I.A) s’est infiltrée subrepticement dans nos quotidiens. Des applications sophistiquées essaient de nous comprendre et nous proposer ce qui correspond à nos goûts. Le sujet est vaste, nous en avons même fait un dossier.
Quand vient le moment de traiter du sujet de l'I.A., des questions éthiques et informatiques sur les machines qui apprennent sont toujours soulevées. Or, nous avions toujours cru jusqu’à maintenant que la capacité de créer resterait entièrement humaine. Après tout, un ordinateur est dépourvu des émotions et de la passion qui habite le coeur des créateurs. Et pourtant…
Des I.A. qui composent
Ce que vous venez d’entendre est la création d’un algorithme autonome du projet Magenta de Google qui a été mis en ligne au début de juin 2016. Aucun humain n’ a participé à cet extrait d’une minute et 21 secondes. La qualité de la mélodie y est quelconque, certes, mais cela reste la première composition originale par une intelligence artificielle. Certains étaient déjà, à défaut d’être enchantés par ce qui ressemblerait au mieux à une expérimentation par un enfant sur un clavier, terrifiés par l’idée qu’une machine compose un morceau de musique.
Leur crainte n'allait pas s'arrêter là puisque 4 mois plus tard…
Voici Daddy’s Car, la première chanson composée par une intelligence artificielle appelée Flow Machines. Celle-ci a été conçue dans le CSL (Computer Science Laboratory) de Sony situé à Paris. La chanson vous rappelle-t-elle les Beatles? Normal, puisque l’algorithme a été exposé à 13 000 partitions, dont 45 provenant de compositions du mythique groupe britannique. De plus, les chercheurs ont fait en sorte qu’elle s'inspire aussi des chansons des Beach Boys et des tableaux de l’artiste Andy Warhol. Le tout donne donc une mélodie un peu sucrée et légère, parfaite pour la saison estivale. La machine en a conçu aussi une autre appelée Mr. Shadow, inspiré des œuvres d’Irving Berlin, de Cole Porter, de Duke Ellington et de George Gerschwin. Le CSL compte d’ailleurs lancer en 2017 un album entièrement composé de chansons créées par Flow Machines.
Pourtant, il ne s’agirait pas du premier disque composé par informatique uniquement. En 2014, le projet Melomics utilisait le module lamus, développé par l’Université de Malaga en Espagne. Lamus sélectionnait des séquences musicales existantes et les employait pour créer d’autres morceaux. Une trouvaille ingénieuse qui arriva passablement à produire de la musique électronique. Les experts en musique n'ont toutefois pas été convaincus par cette initiative. De plus, contrairement à Flow Machines, il s'agissait uniquement d'un mixage de musiques existantes. Maintenant, les intelligences peuvent composer à partir de simplement quelques inspirations et partitions.
La fin des artistes?
Alors, les ordinateurs pourraient-ils remplacer les artistes? La question se pose. D’autant plus que l’intelligence artificielle a démontré qu’elle était capable aussi de pratiquer différents métiers de l’audiovisuel. Par exemple, Watson d’IBM a monté sa version d’une bande-annonce d’un thriller de science-fiction sorti au cours de l’année 2016.
Toutefois, le métier de compositeur est-il vraiment en péril? Ce n'est pas sûr. Déjà, même les experts du CSL l’admettent, la machine n’est pas capable de créer un style unique comme le fait un véritable créateur. Il a fallu qu'elle s'inspire de créations déjà dans le patrimoine mondial. Il y a des possibilités que de telles technologies puisse composer des mélodies pour des bandes-annonces ou des musiques de jeux vidéo qui sont en soi plus répétitives. Or, même dans cette situation, sans artiste pour superviser, la compétence artistique de l’I.A. sera très faible.
En fait, il faut voir l’intelligence artificielle comme un orchestre avec le musicien qui reste la ligne directrice. D’ailleurs, pour le professeur américain David Cope qui travaille sur des machines composant de la musique depuis 1981, l’intelligence artificielle pourrait faciliter grandement la composition. En effet, beaucoup de compositeurs sont ralentis par l’usage de logiciels compliqués. Une bonne I.A. pourrait, par exemple, retranscrire plus facilement les idées d’airs qui leur viendraient en tête.
Écouter des créations de l'intelligence artificielle
Ce mariage entre algorithmes et musique est loin d’être terminé. En fait, les internautes peuvent l’expérimenter eux-mêmes avec deux sites. Il y a tout d’abord Mubert qui crée de la musique électronique en permanence. Il est possible de changer le style parmi six et cela ne sera pas qu’une boucle. L'air durera tant que l’internaute est sur le site. L’algorithme prendra même en compte la géolocalisation et la température pour s’adapter en conséquence.
Puis, il y a Jukedeck qui crée de la musique libre de droits sur demande. Il suffit de choisir le style, l’ambiance et la durée. Le site est gratuit pour générer et écouter les compositions. Sans frais, il est possible pour une petite entreprise ou un individu de télécharger jusqu’à cinq chansons par mois. Toutefois, ceux travaillant dans de plus grandes compagnies ou désirant avoir entièrement les droits doivent débourser une jolie somme. Selon le site, les créateurs de l'I.A. derrière Jukedeck sont les auteurs de cette musique. Or, comme l’explique cet article, cela pourrait être contestable puisqu’il ne s’agit pas d’un humain qui a créé la musique, mais d’une machine. La jurisprudence a en effet décrété que, par exemple, si un animal prenait une photo, le propriétaire de l'appareil n'en était pas le détenteur puisqu'il ne s'agissait pas d'une oeuvre humaine. Comme quoi, même chez les machines compositrices, il y a un débat sur le droit d'auteur.
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