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Publié le 04 octobre 2022 Mis à jour le 06 octobre 2022

10 ans de MOOC en francophonie

Des souvenirs, des actions, et maintenant quoi ? Il semblerait que l'innovation éducative se soit déplacée...

Voici exactement 10 ans, le 4 octobre 2012, Anne-Céline Grolleau, Morgan Magnin, Jean-Marie Gilliot et moi-même ouvrions le premier MOOC francophone, produit en France, le MOOC ITyPA. Il était dédié à la compréhension et à l’analyse de l’environnement personnel d’apprentissage, notamment en ligne. Il était en accès libre et gratuit.

Il commençait par un webinaire auquel participait Dave Cormier, créateur de l’acronyme MOOC et explorateur infatigable de la rénovation pédagogique.

La volonté de rénover la pédagogie

Rénover la pédagogie : c’est bien cela qui nous motivait, à l’époque. En tant que rédactrice de Thot Cursus, j’avais vu arriver ces MOOC aux États-Unis, l’engouement et l’espoir fou qu’ils suscitaient, entretenus par un storytelling de grande ampleur : il est maintenant possible d’étudier ce que l’on veut, avec les meilleurs enseignants du monde, dans des universités de prestige, sans bouger de chez soi.

Du côté des enseignants, quelques-uns étaient déjà prêts à croquer la pilule rouge popularisée par le film Matrix

Nous l’étions aussi. Issus de milieux professionnels différents (j’étais la seule à ne pas appartenir au monde académique), nous considérions la création d’un MOOC comme une opportunité unique de monter un cours comme nous le souhaitions, en appliquant ce qui, depuis des années, faisait briller en nous l’étincelle de la formation : l’aménagement de la sérendipité, de l’autonomie du participant, de la gestion horizontale des ressources, de la collaboration, du non-jugement. Du travail dans le plaisir, aussi : 4 hurluberlus réunis dans leur garage virtuel ont concocté, avec 50 euros de budget, un cours comme ils n’en avaient jamais vu ailleurs, comme ils souhaitaient les voir se multiplier.

Et les participants partageaient cette ambition. Ils avaient clairement le sentiment de participer à une aventure, d’être acteur de la nouveauté. Educateurs, enseignants, formateurs, apprenants tout au long de la vie, ils débattaient, contribuaient, produisaient des ressources en grand nombre.

Le connectivisme : vous vous souvenez ? 

ITyPA relevait de ce que l’on appelait à l’époque les MOOC connectivistes, ou cMOOC : ceux dans lesquels les participants collaborent, débattent et produisent leurs propres contenus. Car tel était le socle intellectuel, éthique et pratique sur lequel se fondait ITyPA : chacun est libre et capable d’apprendre ce qu’il souhaite. La preuve ultime de son apprentissage, c’est la production de ressources nouvelles, validées par ses pairs.

Nous avons poussé cette logique jusqu’à son terme, car au lieu de nous replier sur « notre » MOOC, nous l’avons transmis à une autre équipe, qui l’a fait vivre plus longtemps que nous (ITyPA 3).

Dans l’article de présentation de ce premier MOOC, j’écrivais :

Le MOOC n’est donc pas fait pour ceux qui aiment qu’on leur dise à tout moment ce qu’il faut faire, penser, retenir. Le MOOC n’est pas fait pour ceux qui pensent qu’il y a les “bons” et les “mauvais” savoirs, les”bons” et les “mauvais” élèves. Le MOOC n’est pas fait pour ceux qui veulent un diplôme (il n’y en aura pas, et il n’y aura pas d’examen non plus) plutôt qu’apprendre.

Le MOOC est fait pour ceux qui se sentent responsables d’eux-mêmes, de leurs apprentissages, de leur progression professionnelle. Le MOOC est fait pour ceux qui adorent discuter avec les autres de ce qu’ils viennent de voir et d’apprendre. Le MOOC est fait pour ceux qui se frottent les mains avant d’ouvrir leur navigateur internet, en pensant à toutes les bonnes choses qu’ils vont y découvrir aujourd’hui encore. 

Depuis, j’ai réalisé plus de 30 MOOC différents, et je n’écrirais plus la même chose.

Et le MOOC est rentré dans le rang... 

Aujourd’hui, les MOOC sont légion, y compris dans l’espace francophone. La plateforme d’agrégation My MOOC en recense plus de 10 000. Des plateformes géantes sont nées, accessibles dans de nombreuses langues. Le MOOC a eu un relatif succès médiatique, au point que pendant quelques années, on a appelé « MOOC » toutes les formations en ligne.

Son identité s’est diluée, son caractère expérimental aussi. Les xMOOC (MOOC académique descendant) ont pris le pas sur les jeunes pousses rebelles à l’autorité. Les institutions d’enseignement et certaines entreprises (parmi lesquelles, les géants de la high tech) ont absorbé les MOOC ; elles leur ont adjoint des certificats, qui attestent des savoirs acquis selon des logiques anciennes d’évaluation. Cet ajout a transformé les MOOC en parcours de formation monétisables. Car bien entendu, ce n’est pas la formation que l’on achète, mais le certificat, le diplôme.

Cette transformation rapide a rencontré les attentes d’un large public, adepte des parcours fléchés et des diplômes. Doit-on alors considérer les MOOC académiques comme une manifestation supplémentaire de la fameuse « économie de la flemme », comme la livraison rapide à domicile et la vidéo à la demande ?  

Accueillir les apprenants, une utopie réalisée... en présence

Alors bien sûr, il reste quelques espaces plus ouverts, dans lesquels les MOOC sont offerts gratuitement (et sans diplôme), considèrent chacun comme un producteur de savoirs. Des espaces qui cultivent le plaisir d’apprendre librement.

Certains MOOC se déclinent désormais en produits de médiation, ambitionnant d'accueillir les publics qui ont moins (de culture, d’éducation, d’argent…), plutôt que ceux qui ont déjà beaucoup. Ceux-ci ne sont pas réalisés par des universités ou écoles reconnues mais par des organisations qui font de l'accès de tous aux savoirs leur raison d'être.

Il est d’autres espaces dans lesquels se déploie le connectivisme. On a vu s’ouvrir, ces dernières années, plusieurs écoles (comme celle-ci , qui est d’ailleurs née en 2013, en même temps qu’émergeaient les MOOC…) qui rebattent radicalement les cartes de la formation : les inscrits ont des missions à accomplir, des équipes et des personnes ressources référentes, mais pas de cours. Les tests d’entrée sont généralement difficiles et longs, mais pas basés sur le niveau académique initial. La formation est gratuite et l’emploi à la sortie, garanti. On dirait bien que l’innovation pédagogique s’est déplacée, elle a regagné l’espace matériel.

Il reste néanmoins bien des utopies à vivre sur la toile. Bien des combats à mener pour que le meilleur pour tous devienne une réalité, plutôt qu’un argument marketing. Vous en êtes ?

Illustration : Concept MOOC sur un tableau blanc - Deposit photo

Références

MOOC ITyPA : 10 ans déjà ! Techniques innovantes pour l'enseignement supérieur, Jean-Marie Gilliot, 4 octobre 2022 https://tipes.wordpress.com/2022/10/04/mooc-itypa-10-ans-deja/

Dave's Educational blog, blog de Dave Cormier http://davecormier.com/edblog/ 

Ouverture du cours en ligne et en accès libre : Internet, tout y est pour apprendre ! Christine Vaufrey, Thot Cursus, 12 sept. 2012 https://cursus.edu/fr/8829/ouverture-du-cours-en-ligne-et-en-acces-libre-internet-tout-y-est-pour-apprendre 

xMOOCs Communities Should Learn from cMOOCs. Michael Caulfiueld, Educause Review, 2013 https://er.educause.edu/blogs/2013/7/xmooc-communities-should-learn-from-cmoocs 

ITyPA Saison 3, présentation. My MOOC https://www.my-mooc.com/fr/mooc/itypa-saison-3/


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