Contexte de l’étude
Si l’école a été considérée à un moment donné de son existence comme le centre névralgique de la production et même de la construction du savoir, toute activité d’apprentissage était envisagée en dehors de la prise en compte des d’émotions. Et pourtant, la cognition et les émotions de l’apprenant sont désormais fondamentalement liées, les dernières influençant la première.
En effet, la reconfiguration que connaît le secteur de l’enseignement due aux effectifs pléthoriques, la composante socioculturelle diversifiée, les élèves ayant besoin d’un traitement particulier, il a bien fallu à un moment que l’école cesse d’être considérée comme un environnement exempt de toute forme d’émotion.
Et pourtant, l’enseignement est un secteur fortement marqué par le relationnel et par la nécessité de tisser des liens, gage d’une transmission effective des connaissances à l’apprenant. Conscientes de cette réalité, en 2018, Andrée-Lise Grossenbacher et Nadia Riva, en vue de l’obtention d’un Master en psychologie, rédigent un mémoire dont le sujet de recherche est:
« Comment les émotions sont-elles prises en compte en milieu scolaire : de la théorie des émotions à leur application sur le terrain (une étude comparée de trois enseignants expérimentés et trois enseignants débutants).
Pour mener à bien cette recherche, Andrée-Lise et Nadia Riva la situent dans le temps et l’espace en déterminant le point d’ancrage de la recherche à certains établissements de la Suisse romande, plus spécifiquement dans les classes de 1P, 2P et 3P.
L’objectif de recherche étant de de mettre en avant les pratiques concrètes des enseignants autour de la thématique des émotions, mais aussi de comprendre quelle représentation ces professionnels de l’éducation ont de la place et du rôle des émotions à l’école. Travailler sur une telle question revient tout d’abord à tenir compte des considérations théoriques.
Considérations théoriques
Toute une littérature est dressée à propos de la place de l’émotion à l’école. De-là, il ressort que l’émotion est au cœur du processus éducatif que ce soit lors de l’enseignement ou de l’apprentissage. Car, les émotions affectent grandement la cognition pour ce qui est de l’élève, et les aptitudes d’enseigner en ce qui concerne l’enseignant, suivant sa nature positive ou négative.
Pour démontrer la primauté de l’affectif dans le domaine de l’enseignement, les chercheures s’appuient sur le triangle pédagogique de Houssaye à l’effet de démontrer que
« enseigner est en lien avec le rapport que l’enseignant entretient avec les objets du savoir ; former dans la relation pédagogique, est le rapport vécu entre l’enseignant et l’étudiant, et pour finir, apprendre est une situation d’apprentissage, c’est-à-dire le lien que l’élève va construire avec le savoir » au sens de Lang.
Étant donné que les émotions ont une influence sur les capacités cognitives de l’élève, plusieurs formations sont proposées en Suisse romande aux enseignants par la Haute école pédagogique (HEP), afin qu’ils aident les élèves à mieux gérer leurs émotions.
On a d’ailleurs pu observer des cours de « psychologie de développement et santé psychosociale de l’enfant ». Outre cette formation, on a pu remarquer le Social and Emotional Learning (SEL) qui est un programme américain qui donne des outils concrets permettant aux enseignants de travailler autour des émotions en classe. Une fois le cadrage théorique planté, il importe d’émettre la question de recherche.
Question de recherche
Les deux chercheures fondent leur travail sur la question de recherche suivante : comment les émotions peuvent-elles se retrouver au cœur de l’activité et de la construction de l’identité professionnelle enseignante ?
Andrée-Lise et Nadia Riva déclinent cette question principale en plusieurs questions subsidiaires tenant lieu de réflexion autour de la thématique des émotions dans l’enseignement comme suit :
- Comment les enseignants perçoivent-ils les émotions de leurs élèves et quelles sont réponses face à ses émotions ?
- Comment les enseignants perçoivent-ils leurs propres émotions ?
- Comment les enseignants gèrent-ils les émotions des élèves ?
- Quelles sont les conséquences des émotions sur l’apprentissage ?
- Et enfin, comment des enseignants experts et les novices gèrent-ils les émotions des élèves ?
Un travail scientifique ne pouvant être traité hors du cadre normatif qu’impose la science, les étudiants ont défini les outils d’analyse de recherche.
Outils d’analyse
Pour atteindre leur objectif de recherche, les chercheures ont sélectionné les principaux outils scientifiques utilisés qui sont
- l’analyse qualitative,
- les entretiens semi-structurés,
- les observations in vivo, sans faire fi de l’approche socioculturelle qui fait de la cognition et des émotions les faces d’une même monnaie.
L’usage de ces outils d’analyse a permis de parvenir à des résultats de recherche.
Résultats de recherche
Tout au long de leur travail, ces chercheures vont s’atteler à répondre à ces questions en faisant usage des outils d’enquête susmentionnés. A la suite du dépouillement des données, il s’est avéré que :
- I : les émotions des élèves sont de deux natures soit positive ou négative. Elles peuvent se manifester tant verbalement que physiquement en fonction des facteurs environnementaux. Aussi, face aux émotions, l’enseignant se substitue en une oreille attentive pour l’élève ; il le pousse à verbaliser ce qu’il ressent.
- II : les émotions des enseignants proviennent de plusieurs sources (internes ou externes) tout comme celles des élèves. Leur exposition à des pressions liées à l’exercice de leur métier peut les conduire à un « burn-out ».
- III : les enseignants gèrent leurs émotions en échangeant avec leurs collègues en vue de trouver du réconfort .
- IV : les émotions fortes conduisent l’élève à ne pas suivre la leçon.
- V : les enseignants experts et novices prennent en compte la dimension affective en classe de la même manière. À la seule différence que la thématique est abordée différemment dépendamment des années d’expérience de chacun.
En guise de conclusion, les émotions ont une forte capacité d’influence sur la cognition. Pour mieux gérer les émotions des élèves, les enseignants suivent des formations, car ces émotions perturbent le degré de concentration de l’élève.
Même si cette recherche nous renseigne sur les différentes formations autour de la gestion des émotions des élèves, certaines limites ont pu être observées, à savoir un échantillonnage (six participants) limité qui ne donne pas une vue d’ensemble sur la conception des émotions par les enseignants en milieu scolaire.
RéférenceGROSSENBACHER Andrée-Lise , RIVA Nadia 2018
Comment les émotions sont-elles prises en compte en milieu scolaire :de la théorie des émotions à leur application sur le terrain (Étude comparative de trois enseignants expérimentés et trois enseignants débutants),
Master Psychologie, Université de Lausanne, en ligne
https://serval.unil.ch/resource/serval:BIB_S_27552.P001/REF.pdf
Voir plus d'articles de cet auteur