Par Tété Enyon Guemadji-Gbedemah  | t.gbedemah@cursus.edu

L'ordre et le désordre en enseignement

Créé le lundi 13 juin 2011  |  Mise à jour le lundi 4 mai 2015

L'ordre et le désordre en enseignement

Marcel Lebrun analyse finement un scénario connectiviste mis en place dans le cadre d'un projet du Réseau des chercheurs en technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement (RES@TICE) dans une vidéo publiée sur le blog "Si loin Si proche". (janvier 2009).

Le connectivisme est une théorie de l'apprentissage, développée par George Siemens et Stephen Downes, basée sur les apports des nouvelles technologies. "Essentiellement, écrit François Guité, le connectivisme constitue un modèle d’apprentissage qui reconnaît les bouleversements sociaux occasionnés par les nouvelles technologies, lesquels font en sorte que l’apprentissage n’est plus seulement une activité individualiste et interne, mais est aussi fonction de l’entourage et des outils de communication dont on dispose." Certains assimilent cette théorie à du socioconstructivisme, l'apprentissage individuel qui se réalise en interaction avec d'autres sujets.

Quoi qu'il en soit, la finalité de l'exercice mené par ce professeur de technologies éducatives n'est pas de se positionner pour ou contre une théorie d'apprentissage ; même s'il avoue à la fin être inspiré par le socioconstructivisme, il énonce dès l'introduction que tout dispositif pédagogique, quel qu'il soit, doit favoriser l'autonomie d'apprentissage des étudiants. Son analyse est construite autour de la métaphore de l'ordre et du désordre, termes employés de façon non péjorative pour désigner les deux principales options pédagogiques.

L'ordre et le désordre

Selon Marcel Lebrun, l'ordre correspond à l’enseignement traditionnel magistral en amphithéâtre. L’enseignant dispense les connaissances, fixe les règles et les étudiants sont évalués sur un produit : la copie d’examen. Tandis que le désordre correspond à un dispositif où l’étudiant est plongé dans un environnement avec des ressources qu’il doit manipuler seul ou en groupe. Alors que dans le premier cas, ce qui importe c’est le produit, dans le second on met l'accent sur le processus.

Chacun de ces deux types d'enseignement comporte ses avantages et ses inconvénients. Le premier ne nécessite que l'intervention d'un seul enseignant. Or, compte tenu de la complexité de la gestion du second, l'intervention d'autres acteurs est nécessaire. Christophe Batier, qui est l'auteur du scénario connectiviste en évaluation, avoue que l'une des difficultés de son enseignement est le rythme de l'apprentissage. Certains apprenants paraissent en retard sur les autres et il n'est pas toujours aisé de les remettre dans le bain. Enfin, certains étudiants avouent ne pas se retrouver dans le désordre des ressources et des interventions de leurs camarades. Bref, le primat du processus sur le produit ne semble pas avoir la cote en dépit des avantages qu'il offre en termes d'autonomie de l'apprentissage, de co-construction du savoir et de développement de compétences d'un niveau supérieur.

Combiner l'ordre et le désordre

Marcel Lebrun propose au terme de son analyse une combinaison des deux types d'enseignement. Laisser libre cours au processus mais cadencer la formation de sorte à avoir des moments consacrés à la production.

Un exemple intéressant qu'il fournit à l'appui de sa proposition est le suivant : demander aux étudiants eux-mêmes de produire de façon périodique une synthèse des avis déposés dans les forums, de rassembler des idées forces qui serviront de jalons à leur apprentissage. L'enseignant se voit déchargé de ce travail qui lui échoit normalement dans le scénario "ordonné". Les apprenants y gagnent en dépassant le stade de la description pour mobiliser des compétences en argumentation, évaluation, esprit critique et synthèse.

Une autre piste revient à mettre en place des moments d'autoévaluation sur la manière dont on apprend.

Le temps d'arrêt

Si en formation présentielle et à distance, le temps d'arrêt n'est pas toujours prévu et systématiquement défini, l'ordonnancement de la formation hybride se prête bien à cette démarche. On peut envisager que les regroupements en présence dans ce type de dispositif marquent l'arrêt, le temps nécessaire de la synthèse et de la métacognition.

Voir :

Analyse d'un scénario connectiviste, Stéphane Wattier, blog "Si loin Si proche (27 janvier 2009) (inaccessible actuellement)

Analyse du dispositif technopédagogique de type connectivisme mis en place pour l’étude Resatice, Causerie entre Marcel Lebrun et Christophe Batier, décembre 2008

La mayonnaise pédagogique, Causerie entre Marcel Lebrun et Christophe Batier, décembre 2008

Ordre et désordre dans l’enseignement et l’apprentissage avec le numérique, Marcel Lebrun

 

Illustration : permutation / woodleywonderworks / CC BY 2.0

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Commentaires

3 commentaires

Icône - Visage inconnu
  • Batier Christophe
  • 24 août 2011 à 08 h 08

Pour continuer....

... la reflexion autour de ce thème, je vous invite à regarder une autre causerie autour de ce thème : La mayonnaise pédagogique http://www.dailymotion.com/video/x8a1ka_la-mayonnaise-pedagogique_school

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Icône - christinava
  • Christine Vaufrey
  • 25 août 2011 à 06 h 06

Continuons, en effet !

Merci à Christophe Batier, excellent lien !

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Icône - Visage inconnu
  • OCarbone
  • 2 septembre 2011 à 09 h 09

Finalement n'est ce pas un problème de conduite du changement ?

Bien des choses intéressantes dans cet article. Notamment le fait qu'il ne faut pas opposer les méthodes d'apprentissage mais les aborder de manière à ce qu'elle se complète :) =>Autrement dit il faut mêler la formation formelle/formation informelle et utiliser le Social Learning pour dynamiser l'enseignement traditionnel. Rien de nouveau dans la théorie, mais on cherche encore à identifier les outils et les méthodes qui y sont le mieux adaptés :) Je note aussi que "certains étudiants avouent ne pas se retrouver dans le désordre des ressources et des interventions de leurs camarades", je le note mais ne m'en étonne pas ! En effet, si il avait été inné pour l'individu de se retrouver dans le "désordre", nous n'aurions pas attendu autant pour mettre en œuvre ces théories :) Toute la difficulté est donc lié au fait d'apprendre aux apprenants à apprendre d'autrui (et pas forcément d'une autorité pédagogique). Le temps d'arrêt proposé (autoévaluation sur sa méthode d'apprentissage) serai une solution ? Une petite partie de la solution peut-être, mais ce ne sera certainement pas suffisant ! Pour ma part, j'imagine que la solution est d'apprendre aux étudiants à évoluer dans ce désordre .... autrement dit de leur "apprendre à apprendre". Comment ? En les accompagnant au jour le jour dans leur parcours pédagogique ! Leur demander de s'auto-évaluer alors que l'on vient de leur demander de s'auto-former ne me semble pas vraiment judicieux .... car le prochain problème risque d'être "les étudiants ont des difficultés à s'auto-évaluer" :) Depuis l'apparition du WEB (et plus précisément du 2.0), nous disposons des outils et des ressources qui nous permettent d'apprendre d'autrui (transmission de savoir P2P). Quelques années ont passées et nous constatons que seule une petite partie des utilisateurs a acquise l'attitude qui lui permet d'en profiter réellement pour apprendre. Concernant l'autre partie des utilisateurs, il va falloir les accompagner et leur "apprendre à apprendre". Et oui, l'apprendre à l'apprendre n'est pas une nouvelle "attitude innée", il nous faut donc enseigner aux apprenants à "apprendre à apprendre". Je tiens ces propos car j'ai déjà entendu la remarque "j'ai changé ma méthode d'enseignement pour intégrer le 2.0, mais les étudiants n'ont pas compris comment cela marchait " :) Finalement n'est ce pas un problème de conduite du changement ? On change notre méthode d'apprentissage brutalement, sans passer par la phase "je me forme à cette nouvelle méthode de travail". Enfin, quand on connait le faible effort qui est fait pour former les professionnels de la formation, on ne peut pas s'étonner que l'effort soit encore moindre pour les apprenants :) Pour aller plus loin, je vous invite à lire : http://ocarbone.free.fr/blog/?p=288 (L’apprenance mêle formation formelle et formation informelle) http://www.apprendre2point0.org/ (un réseau social dont l’objectif est de débattre des impacts des Nouvelles Technologies sur notre façon d’apprendre)

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