Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Les conditions optimales d'une intégration réussie des TIC en classe

Créé le mardi 22 novembre 2011  |  Mise à jour le mercredi 21 décembre 2011

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Les conditions optimales d'une intégration réussie des TIC en classe

Sur le site PhiloTR, site du département de philosophie du Cégep de Trois-Rivières au Québec, on trouve un passionnant article qui reprend le texte intégral d'une étude publiée en juin 2011 par Guy Béliveau, lui-même enseignant dans ce département. L'étude de G. Béliveau consiste en une analyse des recherches menées principalement au Québec sur l'impact des TICE au collégial, avec des références à des recherches françaises et américaines.

Pas de relation causale entre usage des TICE et résultats des élèves

 

Dès les années 2000 en effet, la fédération des Cégeps du Québec entendait mesurer l'impact des TICE sur les résultats des étudiants. Les observations et enquêtes minutieuses se sont donc succédées pendant plusieurs années, aboutissant dès 2004 à la conclusion suivante : il n'y a pas de relation de cause à effet entre l'utilisation des TICE et la hausse des résultats scolaires.

Faudrait-il alors remiser tous les équipements au placard ? Certainement pas. Car cette conclusion a ouvert sur une nouvelle interrogation : quelles sont les conditions d'une intégration réussie des TICE ?

Dans son texte, G. Béliveau rend largement compte des travaux de Christian Barette, qui apparaît comme le principal acteur de la recherche sur l'impact des TIC au collégial. Celui-ci s'est concentré sur le recueil de données qualitatives (et non plus quantitatives comme dans la première période) au travers d'une méta-analyse des résultats de recherches menées sur le sujet. Ce travail a permis de soulever nombre de questions partagées par les acteurs éducatifs :

- Qu'appelle t-on "utilisation des TIC" ?

- Qu'appelle t-on "réussite des élèves" ?

- Quelle est la stratégie pédagogique la mieux adaptée à la fois à l'optimisation de l'usage des TIC en classe et à la réussite des étudiants ?

Reprenons ces trois points dans le détail.

Cinq niveaux d'utilisation des TIC

 

Il y a bien des manières d'utiliser les TIC en contexte d'enseignement. Barette distingue cinq niveaux, d'intensité croissante :

"Le premier niveau correspond à une utilisation des TIC en classe ou en laboratoire uniquement. Le deuxième niveau correspond à la poursuite des activités en dehors des locaux et des heures de cours. Le troisième niveau correspond à la situation où les élèves font, en dehors des heures et des locaux de cours, des activités complémentaires et d'enrichissement. Le quatrième niveau est celui où la plupart des activités d'apprentissage se réalisent en dehors des heures et des locaux de cours. le cinquième niveau est celui de la formation entièrement à distance".

Si le premier niveau d'utilisation des TICE demeure largement prédominant, c'est aussi celui qui donne le moins de résultats, en termes d'amélioration des apprentissages des élèves. Il faut atteindre les 2e et 3e niveaux pour espérer obtenir des résultats probants.

La "réussite" des élèves : un phénomène multidéterminé et complexe

 

La réussite des élèves ne se mesure pas uniquement à leurs notes aux examens. Si un élève apprend, c'est bien sûr pour "avoir de bonnes notes" et franchir les paliers du système scolaire, mais ce devrait être surtout pour construire des compétences et des savoirs qui lui seront utiles toute sa vie. Or, le système d'évaluation majoritaire ne mesure que les connaissances acquises à un moment donné, dans une discipline donnée. Il faut donc :

- redéfinir ce que l'on appelle "réussite", pour y intégrer des compétences transversales telles que l'aptitude au travail collaboratif, à traiter des données, et des compétences métacognitives; toutes compétences dont on sait, au travers des analyses qualitatives, qu'elles sont améloirées par un usage approprié des TICE;

- modifier l'outil principal d'évaluation, qui ne mesure qu'une partie des savoirs et compétences acquises parles élèves.

Par ailleurs, on sait que la réussite dépend de multiples facteurs. Si un simple changement d'outil, fût-il technologique, permettait d'accroître systématiquement et significativement le niveau de réussite des élèves, nul doute qu'il serait adopté par l'ensemble des établissements d'enseignement du monde. Or, ce n'est pas le cas. Ce qui nous conduit au point suivant.

La question cruciale de la stratégie pédagogique

 

La réussite des élèves est largement conditionnée par la stratégie pédagogique mise en place par l'enseignant. Cette stratégie a aussi une importance majeure dans ce que l'on peut tirer, en termes d'acquisition de compétences transversales, de l'utilisation des TICE. Clairement, le travail de méta-analyse mené par Barette montre que la stratégie pédagogique la plus productive est celle qui s'inspire du socioconstructivisme. Il s'agit donc de combiner une approche socioconstructiviste et une intégration des TICE au deuxième ou au troisième niveau pour obtenir des résultats significatifs en termes de résultats des apprentissages. Mais Barette constate que si la théorie socioconstructiviste est favorablement perçue dans les discours pédagogiques, elle tarde à s'implanter dans les pratiques. Ce qui le conduit à proposer deux outils aux enseignants :

- Le tableau d'"Appariement optimum entre les médias relevant du monde des TIC et différentes facettes des stratégies pédagogiques" , qui permet de repérer le type de média à utiliser en fonction du rôle que s'attribue le professeur d'une part, du rôle et des opérations cognitives demandées aux apprenants d'autre part (1);

- La "grille d'analyse d'une activité pédagogique faisant appel aux TIC" (2), pour laquelle Christian Barette donne les précisions suivantes

"La grille permet d’examiner le devis d’une activité pédagogique misant sur les TIC à partir de cinq dimensions importantes :

  1. Les attentes des professeurs en termes de retombées sur la réussite des étudiants
  2. L'ajustement des méthodes pédagogiques en fonction des objectifs pédagogiques
  3. L'identification des ressources TIC en fonction des méthodes pédagogiques
  4. La présence de conditions organisationnelles favorables (Ex : plan TIC dans son collège, disponibilité du matériel requis, etc.)
  5. Des pratiques respectueuses des valeurs citoyennes."

 

Si la plupart des postures pédagogiques peuvent profiter de l'usage des TICE, la préférence de Barette va clairement à l'approche socioconstructiviste et à l'apprentissage actif. Guy Béliveau mentionne pour sa part des expériences "d'active learning", menées aux Etats-Unis (Projet SCALE-UP, Université publique de Caroline du Nord) et au Québec (Université McGill de Montréal et collège Dawson) qui ont donné d'excellents résultats en termes d'amélioration du taux de réussite des étudiants : "l’intérêt de cette pédagogie nouvelle réside dans le fait qu’elle réalise en pratique cet apprentissage par les pairs grâce à des problèmes devant être solutionnés par des travaux en équipe. De manière mesurable, une enquête scientifique rigoureuse auprès de 16 000 étudiants américains a démontré que l'active learning a fait chuter considérablement les taux d'échecs pour les étudiants en condition expérimentale comparés à ceux, en condition de contrôle, qui suivaient le même cours selon les méthodes traditionnelles". On trouvera plus de précisions, en français, sur cette nouvelle modalité d'apprentissage qui implique en particulier une révision totale de l'aménagement des salles de classe dans le dossier consacré à "La salle de classe du 21e siècle" par La Vitrine technologie - Education.

En conclusion, Guy Béliveau insiste sur un point qui fait désormais consensus : l'impact des TICE sur les apprentissages et les résultats des élèves est étroitement corrélé à l'intention pédagogique qui sous-tend leur utilisation et au niveau d'intensité de cette utilisation, le but étant de rendre les élèves plus actifs et plus autonomes dans leurs apprentissages. Mais il ne s'arrête pas à ce constat et en assurant la promotion des travaux de Christian Barette, il fournit aux enseignants et aux administrateurs scolaires des outils permettant tout à la fois d'optimiser l'utilisation des TIC en classe, quelle que soit la posture pédagogique privilégiée, et de se diriger vers une péagogie plus largement inspirée du socioconstructivisme, cette dernière ayant fait la preuve de son efficacité. 

 

(1) Tableau présenté dans l'article "Métarecherche sur les TIC en pédagogie : du diagnostic au pronostic" p. 23 in Pédagogie Collégiale, vol 24 n° 4 Été 2011. Accessible en ligne en pdf.

(2) La grille se remplit en ligne sur le site du Reptic.

Analyse des recherches sur les TICE, qui reprend le texte intégral de l'étude de Guy Béliveau "Impact de l'usage des TICE au collégial". Site PhiloTR, août 2011.

Illustration : la salle de classe modèle du projet Scale-up, à l'université publique de Caroline du Nord. Capture d'écran du site de présentation du projet

 

 

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