Par Louis-Martin Essono  | lm.essono@cursus.edu

L'évaluation dans les universités d'Afrique : la quantité bien plus que la qualité

Créé le lundi 28 mai 2012  |  Mise à jour le lundi 28 mai 2012

Recommander cette page à un(e) ami(e)

L'évaluation dans les universités d'Afrique : la quantité bien plus que la qualité

Depuis la rentrée universitaire 2007/2008, le système LMD (Licence Master Doctorat) est en vigueur dans tous les pays membres de la CEMAC, la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale.

Un texte particulier  permet de comprendre les avancées et les avantages de ce programme. Grâce à de nouvelles conditions d’apprentissage et d’enseignement, ce système prévoit  des améliorations qualitatives aussi bien au plan des enseignements qu'à celui de la recherche et de l’évaluation. Plusieurs pays sont entrés dans le système avec prudence, en commençant par le niveau 1 de Licence, tandis que d’autres, comme l’Université de Yaoundé 1 au Cameroun, ont commencé simultanément au niveau 1 de Licence et à celui du Master.

 

La nouvelle mission de l'université : un voeu pieux ?

 

Après quelques années d'expérimentation, on constate que les difficultés majeures se situent au niveau de l'évaluation. L’évaluation, qui permet en permanence de vérifier les acquis de l’apprenant et surtout, ses capacités à être promu en année supérieure. Un guide gratuit et en ligne, présentant le système LMD en Afrique, indique  que cet exercice concerne les enseignants et les apprenants. « Il s’agit pour les enseignants de travailler, de veiller à la professionnalisation des filières à travers le choix de situations d’apprentissage allant dans ce sens, mais aussi par une réflexion sur les débouchés des parcours qu’ils élaborent. Pour parvenir à remplir cette tâche les enseignants doivent se former tout au long du processus de conception de la réforme ». Si cet objectif est difficile à réaliser pour de multiples raisons maintes fois évoquées, il y a lieu de signaler que le souci majeur apparaît au niveau de l’évaluation des apprenants.

Automatiquement admis en cycle de Master, les étudiants titulaires d'une Licence accèdent au Master 1, en quête d’un enseignement de haut niveau. Les portes de l’étranger étant fermées, ils se bousculent dans les facultés nationales. Chez nous à Yaoundé 1, les filières les plus prisées sont la géographie, la psychologie, les sciences de l’éducation, l’histoire et les lettres. Dans chacune de ces disciplines, ce sont plusieurs centaines d'étudiants en Master 1 et presque autant en Master 2 qui se pressent sur les bancs des amphis surchargés.

 

Des dispositifs inadaptés aux grands nombres

Comment donc un enseignant en M2 peut-il efficacement gérer une classe de 300, voire 600 apprenants ? Chaque enseignant en dirige parfois plusieurs dizaines dans la rédaction du travail de recherche, ce qui nuit évidemment à la qualité de l'accompagnement et conduit nombre d'étudiants à abandonner en cours de route. Cette brutale réalité entre en conflit avec les belles déclarations qui enjoignent les enseignants de favoriser la réussite des étudiants «  en modifiant (leur) façon d’enseigner et d’évaluer, mais aussi en individualisant autant que possible la formation ; dans ce sens, (l'enseignant) doit pouvoir discuter avec l’apprenant de son projet de formation et lui offrir son appui pour la réussite de ce projet ». Avez-vous déjà essayé de mener une discussion en tête à tête avec un étudiant, alors que plus de 100 autres attendent derrière votre porte ? Et pouvez-vous imaginer l'ambiance d'un amphi dans lequel des centaines d'étudiants surmotivés attendent les résultats de leurs évaluations de la mi-semestre ? Qui aura le courage de leur dire que plus de la moitié d'entre eux n'a pas obtenu la moyenne ? 

 

L'introuvable chemin vers l'emploi

Mission impossible, donc, qui bien entendu ne favorise pas la construction d'un projet professionnel. LMD ou pas, le choix d'une filière d'études s'effectue encore sans souci des débouchés. Chaque année, le Cameroun produit des centaines de diplômés de niveau Master 2 en psychologie ou en histoire. Mais le pays est loin, très loin de produire le nombre d'emplois qualifiés correspondants. Et l'on attend toujours une réflexion poussée sur l'articulation entre les contenus d'enseignement et les contenus des métiers.

 

Ouvrir de nouvelles voies d'accès aux savoirs

Nos étudiants manquent cruellement d'information et d'autonomie, et leurs enseignants débordés par le flot des jeunes aspirants au savoir ne parviennent pas à les conseiller utilement. Le mérite essentiel du systèe LMD jusqu'ici a été de montrer à quel point nos modes d'évaluation sont inadaptés à la fois aux moyens limités de nos établissements et au monde professionnel auquel ils sont censés préparer les jeunes. La massification de l’éducation génère aujourd'hui des produits inexploitables. Des solutions nouvelles méritent d’être trouvées : la formation des formateurs aux nouvelles méthodologies, l’instauration des formations en ligne, coûteuses, certes, mais efficaces et utiles ; la vulgarisation des outils technologiques et des médias à des fins éducatives. La radio, la télévision, les Ipad et les smartphones se comptent en grand nombre;  ne peut-on pas les exploiter pour l’éducation ? Et ces réseaux sociaux dont on parle tant ? Tous ces canaux et supports complémentaires à l'enseignement en présence pourraient, s'ils étaient réellement reconnus, soulager grandement nos établissements et nos enseignants qui chaque jour cherchent à ne pas être engloutis par la vague immense de tous ceux qui veulent se former et comptent sur eux, sur nous, pour cela.

photo : Sunova Surfboards via photo pin cc

Poster un commentaire

Commentaires

2 commentaires

Icône - parganin
  • jean-michel parganin
  • 1 juin 2012 à 09 h 09

évaluation mixte

Il est possible aujourd'hui d'utiliser des logiciels qui permettent de construire des parcours de formation avec du présentiel et du elearning. On peut créer un parcours qualifiant avec des évaluations mixtes portant sur les modules elearning et les formations en salle. Notre logiciel ZAKORITO est une de ces solutions.

Un grand opérateur qui intervient dans pays 22 africains (francophones et anglophones) utilise ZAKORITO pour la certification professionnelle de ses collaborateurs (en français et anglais) en 3 étapes :

- elearning pour la validation des prérequis,

- présentiel pour chaque domaine de formation, avec en fin de session évaluation à chaud des compétences acquises

- elearning pour l'évaluation finale "à froid" après deux mois de terrain

Répondre
Icône - Visage inconnu
  • Kadja
  • 8 novembre 2012 à 07 h 07

enseignant chercheur ufrica universite de cocody cote d\'ivoire

Le sujet de l’évaluation dans nos universités demeure une préoccupation majeure et vous touchez là un des aspect importants.aussi les expériences des pays membres de la CMAC doivent édifier les autres pays à plus de prudence dans l'adoption du système lmd. la question de l'évaluation peut être abordée sous divers paradigmes et nous pensons que l 'un des écueils de l'abordage de l’évaluation réside justement dans la didactique même de l'évaluation dans nos institutions de formation. En effet le simple fait d’être enseignant ne donne pas la qualité d’évaluateur expert.

Répondre