Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Quelles modalités d'évaluation pour les MOOCs ?

Créé le mardi 4 décembre 2012  |  Mise à jour le mardi 4 décembre 2012

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Quelles modalités d'évaluation pour les MOOCs ?

Aucun doute, le MOOC est bel et bien une tornade qui s'apprête à faire voler les vieux papiers des universités. Après un an à peine d'existence, ce nouveau modèle de distribution des cours s'apprête à entrer de plain-pied dans les cursus académiques. Ceci, grâce à l'adjonction de véritables crédits universitaires au certificat qui attestait jusqu'ici du succès des courageux ayant suivi l'intégralité d'un cours et ayant réussi l'examen final. 

Des examens surveillés pour obtenir des crédits universitaires

 

Le New York Times annonce en effet que l'American Council of Education et Coursera ont pour projet d'examiner en 2013 les savoirs réellement acquis par les étudiants ayant suivi au moins un Mooc par le biais de Coursera, en les comparant à ceux qu'acquièrent les étudiants en présence suivant le même cours. Si l'analyse s'avère satisfaisante, les futurs participants aux MOOCs auront la possibilité de s'inscrire, moyennant finance, à un examen surveillé qui leur donnera droit, en cas de réussite, à un nombre de crédits équivalent à celui qu'obtiennent les étudiants en présence. 

Les participants engagés dans un MOOC distribué par edX (plateforme animée par le MIT et les universités de Harvard et de Berkeley) auront la même possibilité. Les responsables de edX ont en effet passé un accord avec ceux de Pearson VUE, un dispositif du groupe Pearson qui a déployé des centres d'examen dans 110 pays pour faire passer des tests dans un grand nombre de disciplines. Udacity, le troisième grand distributeur nord-américain de MOOCs, a également passé un accord avec Pearson VUE, et a même annoncé que le prix à payer pour être autorisé à passer un examen serait de 89 dollars américain, selon un article publié dans The Chronicle of Higher Education

Une solution électronique de surveillance qui reste à inventer

 

Au Royaume-Uni, les dirigeants de l'Open University, qui disposent d'une longue expérience en matière d'enseignement en ligne débouchant sur des diplômes aussi solides que ceux qui sont acquis en suivant les cours en présence, penchent plutôt pour une solution électronique de surveillance des examens. Dans un article publié sur le site de BBC News, un dirigeant de l'Open University admet pourtant ne pas avoir encore trouvé la solution technique parfaite. Mais celle-ci ne saurait tarder à venir, selon lui, compte-tenu du développement énorme de l'enseignement à distance en général et des MOOCs en particulier. 

Un dispositif électronique d'examens surveillés aurait en outre l'avantage de pouvoir être utilisé pour toutes les évaluations réalisées en cours de formation. Car parmi les participants aux MOOCs se trouvent aussi des tricheurs, comme parmi les étudiants en présence. De nombreux cas de plagiat et de triche ont été relevés chez les participants aux MOOCs de Coursera, lit-on encore sur The Chronicle of Higher Education. Quelques semaines plus tard, on pouvait lire dans la même revue qu'il existait déjà un site offrant aux participants de réaliser l'ensemble des tâches exigées dans un MOOC à leur place ! Ce site, parfaitement accessible, offre en effet aux étudiants de payer pour que soient réalisés leurs tests, devoirs, participations aux discussions en ligne, projets, etc. Le site est actuellement spécialisé dans les matières scientifiques et l'économie, celles qui ont le plus de succès parmi les MOOCs offerts par les universités américaines prestigieuses.

Le diplôme sans le travail pour l'obtenir : une histoire bien connue

 

Ce site témoigne de la tentation, bien réelle chez certains, de sauter l'étape "travail acharné" entre celle de l'inscription et celle de l'attestation de réussite. Cette tentation existe évidemment chez certains étudants en présence, et même au plus haut niveau, comme en attestent les cas de plagiat de thèse que Michèle Bergadaà, dans le monde francophone, s'est fait une spécialité de dénoncer. Ce détournement de la récompense académique existera tant que les établissements d'enseignement supérieur ne remettront pas en cause leurs modalités d'évaluation. L'examen académique, qui sanctionne bien plus la connaissance de l'existant que la capacité de l'apprenant à créer lui-même de nouveaux objets de savoirs et à les diffuser, traîne la triche derrière lui comme une mauvaise odeur. 

Entraide, coopération, production de biens communs : les nouvelles preuves de l'excellence

 

Peut-être faudrait-il alors songer à de nouveaux modes de certification, en prenant une voie radicalement différente. C'est ce que propose Stephen Downes, l'un des pères du MOOC connectiviste, en parfaite cohérence avec les principes qui font la valeur de ce dispositif particulier non de distribution de connaissances, mais de leur création par les apprenants eux-mêmes.

Dans un article publié à la fin août sur son blog Half an Hour, Downes propose d'évaluer les étudiants non sur ce qu'ils ont récolté, mais sur ce qu'ils ont créé. Ceci, dans trois domaines : l'aide aux autres, la coopération et la contribution au bien commun. Il propose même qu'aucun diplôme universitaire, et surtout pas les plus hauts d'entre eux, ne puisse être délivré sans une contribution importante au bien commun, notamment par le biais de la création d'un cours en ligne ouvert, bien plus productif pour les sociétés que la contribution à un champ de recherche hyper-spécialisé. Downes suggère également que chaque étudiant apprenne à contribuer à des entreprises du genre de Wikipedia, ou à créer des ressources libres dans différents domaines, et soit récompensé pour cela. Il regrette surtout que les systèmes éducatifs n'accordent aucune valeur au fait d'aider les autres et propose que tout examen dispose au moins en partie d'une évaluation du niveau d'aide apporté par l'étudiant.

Cette voie est terriblement stimulante. Elle ouvre d'énormes perspectives aux défenseurs des MOOCs connectivistes qui pourraient alors certifier leurs cours sur des bases radicalement différentes de celles sur lesquelles se fonde la validation universitaire. Ces MOOCs n'auraient pas besoin d'être hébergés par des institutions universitaires pour que leur valeur soit reconnue, et les deux types de MOOCs (académiques et connectivistes, pour ne pas dire communautaires) pourraient coexister sans problème. Le chapitre suivant  de l'épopée des MOOCs reste à écrire, mais nous connaissons déjà une partie de l'histoire. 

À lire :

Tamar Lewin : College Credit Eyed for Online Courses. The New York Times, 13 novembre 2012.

Marc Parry : edX Offers Proctored Exams for Open Online Course. The Chronicle of Higher Education, 6 septembre 2012.

Sean Coughlan : How do you stop online students cheating ? BBC News, 31 octobre 2012.

Jeffrey R. Young : Dozens of Plagiarism Incidents Are Reported in Coursera's Free Online Courses. The Chronicle of Higher Education, 16 août 2012.

Alisha Azevedo : As Online Courses Grow, Sites Offering Unauthorized Academic Help Get More Brazen. The Chronicle of Higher Education, 21 septembre 2012.

Stephen Downes : New Forms of Assessment: measuring what you contribute rather than what you collect. Half an Hour, 27 août 2012.

Illustrations : 

Search Engine People Blog via photopin cc

HikingArtist.com via photopin cc

 

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