Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Instagram : le meilleur et le pire pour les photographes

Créé le dimanche 9 décembre 2012  |  Mise à jour le mardi 11 décembre 2012

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Instagram : le meilleur et le pire pour les photographes

La jeune entreprise Instagram (application de traitement et de partage d'images pour smartphone) a acquis une popularité extraordinaire : 100 millions d'usagers en septembre 2012. 26 photos sont postées chaque seconde sur le site. Son acquisition par Facebook a confirmé le succès de cette application photographique qui permet d'ajouter des filtres aux photos pour leur donner du cachet.

Mais si le grand public a sauté à pieds joints dans la folie Instagram, les photographes sont plus mitigés. Certains adorent la plateforme et la considèrent comme un excellent moyen d'exposer leur travail, alors que d'autres restent méfiants et rejettent l'application. Un billet de blogue d'Allen Murabayashi résume bien cette position ambivalente. 

Des inconvénients et des avantages

 

Le blogueur en convient, les conditions générales d'utilisation d'Instagram ne sont pas à l'avantage des chasseurs d’images. Au contraire, comme le résume le photographe Darren Caroll, les droits des photos qui sont postées appartiennent à Instagram qui peut donc les vendre à qui en fait la demande. Une situation qui n'inquiète pas le grand public, mais qui fait mal pour des gens qui vivent de la photo.

De plus, Allen Murabayashi souligne évidemment que la qualité des photos prises avec l'application Instagram est souvent bien inférieure à celel qu'on obtiendrait avec un matériel digne de ce nom, particulièrement en faible lumière. Et les filtres tant appréciés ne produisent pas toujours des effets très heureux. Au contraire, ils font en général office de gadgets et peuvent même gâcher une photo qui se suffirait à elle-même. Enfin, le blogueur le souligne fortement, une grande partie du contenu d'Instagram est constitué d'images d'animaux de compagnie. Assurément, ils sont mignons ces chatons et chiots pris sur le vif par leurs maîtres. Mais pour une application qui se dit destinée aussi aux photographes professionnels, ça ne fait pas très sérieux.

Pourtant, malgré ces défauts, Instagram vaut la peine d'être essayé. Certes, l'usage des filtres crée parfois des effets ratés. Mais pas toujours. L'usage du filtre est courant en photo et en cinéma, et donne aussi d'excellents résultats quand on les utilise à bon escient. Le blogueur cite, par exemple, le film Traffic (2001) de Steven Soderbergh, qui utilisait des filtres de couleur pour différencier chacune des histoires suivies. Et puis, cet usage de filtres qui donnent un aspect vieilli aux photos de 2012 intéresse beaucoup les sociologues qui y voient l'expression de la nostalgie des internautes pour une photo moins technique, et utilisent ces effets pour ajouter de l'épaisseur émotionnelle à leurs clichés.

On reconnaitra également que beaucoup de photographes apprécient les fonctions de partage de l'application. Ils peuvent en effet toucher différents publics et ainsi nouer des contacts avec des clients potentiels. Certes, les conditions générales d'utilisation font qu'en théorie, les propriétaires d'Instagram pourraient vendre eux-même les photos des utilisateurs du service, sans que ces derniers ne touchent la moindre royalty. Mais pour l'instant, la question est purement rhétorique puisqu'il n'y a pas encore eu un tel type de détournement.

Finalement, les photographes auraient intérêt à adapter leurs pratiques pour tirer le meilleur parti de l'application. Nous vous avions déjà parlé du photographe JR qui n'utilisait pas Instagram pour réaliser ses commandes et créations, mais plutôt pour documenter sa vie d'artiste et ses voyages. Un envers du décor qui donne des information sur des lieux peu photographiés, à l'exemple de la Corée du Nord qui restreint son accès aux visiteurs étrangers.

Instagram n'est peut-être pas l'application idéale pour le photographe professionnel, mais elle permet de joindre un public extrêmement vaste. En cela, elle peut être utilisée pour se confectionner une carte de visite virtuelle qui attirera une petite partie des millions d'usagers vers un travail de plus haut niveau. Et puis, comme le souligne Allen Murabayashi, rien n'empêche les photographes eux-mêmes de développer des applications plus adaptées aux besoins des professionnels.

Allen Murabayashi : Why Instagram Is Terrible for Photographers, and Why You Should Use It. Photoshelter, 30 avril 2012. 

photo : photo prise avec l'application Instagram. 小啟 Syue via photopin cc

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