Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

La recherche comme moteur d'apprentissage

Créé le samedi 7 octobre 2017  |  Mise à jour le lundi 6 novembre 2017

La recherche comme moteur d'apprentissage

1.      Tout commence par des questions

Puisqu'il y a une infinité d'étoiles, pourquoi le ciel n'est-il pas blanc la nuit? Où va le vent ? Pourquoi a-t-on deux bras plutôt que trois? Voici les questions naïves que pourraient poser un enfant.

L'enfant est un chercheur né. Il commence par faire corps avec sa mère, à le ressentir, puis observe et part explorer le monde qui l'entoure. Ce processus d'hominisation se poursuit et n'a de cesse de s'enrichir au fur et à mesure de la croissance du cortex cérébral et de la complexification du réseau neuronal. Les questions naïves et naturelles se font questiologie. Elles se transforment en hypothèses et en protocole d'observation.

D'empirique, la façon d'explorer le monde se structure s'étaye. Une carte s'établit peu à peu. Les territoires inconnus se dévoilent et laissent la place à d'autres imaginaires, à d'autres objets d'investigation.

Dans le domaine éducatif, des écoles et des universités entières se dédient à la recherche. Le Centre de recherche interdisciplinaire ou l'initiative "La main à la pâte" offrent des jalons. Des essais de Knowledge building ou de recherche action se mettent en place pour que la curiosité et le questionnement reprennent leur pouvoir de nous enchanter et de nous faire rêver. Nous cherchons de nouvelles questions naïves et cela devient plus difficile : les vagues se reposent-elles aussi la nuit ? Puisque la planète fonce dans l'espace emmené par le soleil à 900 000 km par heure pourquoi mon corps ne sent il rien? Etc.

2.      L'élaboration de la connaissance à l'ère numérique

La recherche est donc une méthode d'exploration qui ne cesse de s'adapter aux époques et aux objets qui les habitent. Depuis le moyen âge soutenir des idées devant ses pairs lors d’une disputatio est une forme de confrontation au monde. Il s'agit de se préparer à faire face à un flot de questions. Les docteurs ne laisseront passer aucun détail. Le travail de thèse reste une ascèse de la connaissance.

Mais qu'est ce qui change au regard d'Internet en matière de recherche ?

  • Les approches déductives sont des inférences qui mènent à une conclusion générale. Elles s’enrichissent de banques de questions et d’hypothèses, d’ouverture des données, d’élargissement des communautés de chercheurs, d’augmentation de leur effectif, et des possibilités de transdiciplinarité;
     
  • Les approches inductives (inductivisme) disposent de banques d'expérience vivante par les réseaux sociaux, il est possible de recueillir plus vite des retours d’expérience,
     
  • Les approches hypothético-déductives (rétrodiction) bénéficient d’une accélération des mouvements de confrontation théorie/pratique;
     
  • La théorie ancrée (grounded theory) part des expressions singulières de ceux qui vivent un phénomène et le chercheur, essaye de trouver un « effet de saturation », c’est-à-dire un moment où les discours collectés sur le terrain se recoupent et finissent par faire sens commun;
     
  • Les sciences participatives s’appuient sur une multiplicité d’observations qui finissent par permettre l’élaboration d’une vision commune. C’est le cas de multiples amateurs dont les observations conjugués autorisent un jugement sur l’état de la biodiversité sur un territoire par exemple. Chacun relevant la présence d’oiseaux, d’insectes ou de toutes autres formes de vie. Le tableau d’ensemble apprend à tous l’état de l’écosystème.
     

Le régime de la preuve change, des stratégies et approches se font plus horizontales plus participatives, peut être parfois plus convergente. Les recherches s’accélèrent et s’ouvrent à d’autres regards d’amateurs éclairés mieux outillés, de chercheurs en ligne. Des outils de veille plus performants, d’écriture collaborative, d’analyse textuelle, de traitement statistiques, d‘analyses vidéo permettent une plus grande richesse. Il y a de véritables bénéfices à entrer dans le monde de la recherche pour apprendre.

3.      Les bénéfices de devenir un enquêteur-chercheur

L’enquêteur-chercheur développe des compétences et des postures dans la vie qui vont bien au-delà de l’apprentissage de recettes toutes faites, déposées dans le cerveau de chacun sans recul critique comme on l’observe dans de trop nombreuses business-schools.

Le premier effet est cognitif. Le chercheur entretient  ses capacités cognitives et garde une santé intellectuelle lorsqu’il reste en veille, ajuste les nouvelles informations à un corpus de connaissance, crée des cartes de concepts de façon explicites ou implicites. Il augmente par son souci de raccorder tous les faits sa capacité à accueillir de nouveaux faits. Chaque pièce du puzzle trouve progressivement sa place ou oblige à reconsidérer ses connaissances et à les envisager sous de nouveaux angles. Le cerveau sans cesse stimulé est au meilleur de ses capacités cognitives.

Le deuxième bénéfice est motivationnel. Chercher à construire un savoir par soi-même ne peut se faire qu’avec les autres. Les échanges, les débats, les rencontres conduisent à augmenter le nombre d’interaction avec le monde. Au fur et à mesure que le chercheur agit et comprend le monde, une motivation intrinsèque grandit, car il se sent moins un individu balloté mais à force de s’impliquer sur son objet de recherche, croit son désir de tester des hypothèses nouvelles et d’influer sur ce qu’il vit. Il y accroissement de son pouvoir d’agir.

Le troisième bénéfice est critique. Le cheminement entre identification d’une bonne question, rédaction d’hypothèses, enquête de confirmation, formulation de proposition de réponses conduit (avec l’aide de bons guides) à plus d’humilité. Les voies d’exploration sont si nombreuses qu’emprunter des chemins et faire des choix montrent qu’il y a des partis pris et que la vérité est toute relative. Et ce n’est pas la même chose d’en faire l’expérience personnellement que de le recevoir sans effort. La création d’un savoir critique est appréciable quand les solutions d’un monde d’hier ne répondent plus tout à fait aux conditions du monde de demain.

Le quatrième bénéfice est éthique. C’est en effet par  l'élaboration de son propre savoir, constitué lentement par des lectures, des confrontations au réel et d’immersion, des temps d’organisation d’un cadre de la pensée et de vérification que la recherche permet de saisir les phénomènes et qu’opère un auto-saisissement de soi. Le fait de construire son savoir et pas seulement de le recevoir bien mis dans une forme oblige à une réflexion éthique, à une posture réflexive.

Le cinquième bénéfice est ontologique. La mise en lien avec le réel des objets de recherche conduit à un apprentissage de la réflexivité. C’est un moment qui se produit quand ce qui était un « sujet de recherche » devient un « objet de recherche ».

Si le sujet a une vie propre l’objet est une forme aux contours manipulables, que le chercheur façonne pour pouvoir approcher une représentation d’un phénomène réel. Le discours qu’il façonne progressivement gagne en cohérence et en authenticité. Il colle à ce qu’il est et à la façon dont le monde peut le recevoir. Dire le monde procure une sécurité ontologique (connaissance première), une sureté dans l’existence, car mieux savoir où l’on est et pourquoi on y est donne plus de sens à son existence et fonde des choix plus ancrés.

Sources :

Frédéric Falisse – La questiologie - https://www.questiologie.fr/

Comment apprendre à apprendre ? - François Taddei  - Internet Actu
http://www.internetactu.net/2014/01/21/comment-apprendre-a-apprendre/

Wikipédia - Knowledge building - https://en.wikipedia.org/wiki/Knowledge_building

Wikipédia - Théorie Ancrée https://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_ancr%C3%A9e

Périgot Béatrice (2007)-  Antécédences : De la disputatio médiévale au débat humaniste . Varia 11.2007. https://memini.revues.org/74

Les sciences participative un super levier pour apprendre - Denis Cristol - Thot Cursus
http://cursus.edu/article/26904/les-sciences-participatives-super-levier-pour

Grandes écoles de commerce : les classes préparatoires sont-elles vouées à disparaître ? - Le journal de l’économie. 
http://www.journaldeleconomie.fr/Grandes-Ecoles-de-Commerce-les-classes-preparatoires-sont-elles-vouees-a-disparaitre_a4856.html

La fondation la main à la pâte - http://www.fondation-lamap.org/

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