Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Conférences en ligne : passer de "ce qu'ils doivent savoir" à "ce qu'ils doivent faire"

Créé le lundi 12 septembre 2011  |  Mise à jour le mercredi 12 octobre 2011

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Conférences en ligne : passer de

La semaine passée, Denys Lamontagne a rendu compte des principaux défauts relevés dans les webinaires, qui découragent les apprenants de s'y inscrire. Cette semaine, nous nous faisons l'écho des travaux de deux praticiens américains, issus de leur longue expérience de l'animation de conférences synchrones.

Adriano Pianesi et Amy Lenzo sont respectivements formateur d'adultes et créatrice d'espaces d'accueil de réunions virtuelles. Ayant animé à distance des groupes dont la taille pouvait varier de 5 à 1 200 personnes, ils en ont tiré quelques convictions qu'ils partagent dans un article intitulé "The art of online hosting : from Powerpoint to powerful". 

Ils constatent avec regret que la conférence en ligne est encore trop souvent considérée comme un pis-aller quand il n'est pas possible de réunir les participants dans une même pièce. Selon eux, il faut considérer la conférence en ligne comme une activité d'égale valeur, au moins : bien préparée et animée, la conférence en ligne peut même devenir une meilleure technique d'enseignement et d'apprentissage que le banal cours en face à face. 

 

Avant tout, savoir écouter

 

Selon Pianezi et Lenzo, la compétence clé du formateur en ligne est l'écoute. Car il s'agit là moins de se positionner comme "le sachant" que comme celui qui va faciliter l'apprentissage des autres. Et pour cela, il faut être à l'écoute des apprenants. Ce qui signifie notamment ne pas avoir peur du silence ! Sans l'appui des signes non verbaux si précieux dans la situation d'enseignement en présence, il faut "tenir bon" dans les moments de silence, et même les provoquer. Ces moments en effet permettent aux apprenants de rassembler leurs idées et de se préparer à intervenir. 

Pianesi et Lenzo conseille donc au conférencier en ligne de se connecter 15 minutes avant le début de la conférence, d'engager la conversation avec les participants qui arrivent au fur et à mesure puis, au moment de commencer, de demander le silence pendant quelques instants, afin de créer les conditions favorables à l'écoute mutuelle et à l'apprentissage.

 

5 questions incontournables

 

Au-delà de cette importance cruciale de l'écoute, Pianesi et Lenzo proposent cinq points clés auxquels il faut penser en préparant et en animant sa conférence.

1- Ma conférence est-elle stimulante ? La réponse à cette question ne tient pas tant à la qualité du support (diapos, discours...) qu'à la nature des tâches qui seront demandées aux apprenants. Il est recommandé de questionner les apprenants, mais surtout pas avec des questions dont tout le monde connaît la réponse. Il est préférable de privilégier les questions ammenant des réponses riches, favorisant l'interaction. Les auteurs préconisent d'expérience trois types de questions : celles qui touchent directement l'apprenant (exemple : "quel est votre meilleur souvenir de..."), celles qui éveillent l'intérêt pour le contenu (exemple : "ce point semble poser problème pour vous ? Eh bien, nous allons justement l'aborder"), et celles qui annoncent les points-clés qui seront traités dans la conférence.

2- Quelles technologies ? Les auteurs conseillent vivement d'employer les outils les plus simples, tels que le téléphone quand c'est possible, ou des plateformes répandues et bien documentées. Les apprenants les moins expérimentés trouveront sans peine des tutoriels en ligne pour se faire la main avant la conférence, à condition que le choix de l'outil leur ait été communiqué. 

3- Quelles activités ? Il faut passer de "ce que les apprenants doivent savoir" à "ce que les apprenants doivent faire", y compris dans un séminiare en ligne ! Mini-votes, séances de questions, conversations, convocation d'un invité qui donnera un autre point de vue... sont autant de stimulations pour l'apprentissage.

4- Quelle gestion des interventions des apprenants ? Les auteurs sont formels : il ne faut pas couper le canal audio qui permet aux apprenants de participer au séminaire. Il faut être prêt à accepter les interruptions. Bien entendu, lorsque l'arrière-plan sonore est perturbant ou lorsque les participants sont très nombreux (plus de 40), cette règle souffre d'exceptions. Mais dans ce cas, il faut prévoir des salles de conférences supplémentaires et organiser des temps de travail en sous-groupes, exactement comme on le ferait en présence, de manière à ce que chacun se sente acteur. Ou bien, prévoir un tableau blanc partagé et demander aux apprenants d'y écrire des mots-clés, ou de représenter graphiquement les points essentiels pour eux. Et, d'une manière générale, laisser le temps aux participants de penser à leurs réponses avant de passer au point suivant...

5- Que faire à la fin de la session ? Quand la session est terminée, le formateur doit demander un feedback immédiat du genre "quelle note donneriez-vous à cette session, 1 étant le moins bon et 5 le meilleur ?" puis exploiter tout de suite les résultats. Les apprenants doivent également avoir la possibilité de déposer des contributions complémentaires, par exemple par le biais du chat ou en utilisant le tableau blanc.

On le voit, Pianezi et Lenzo accordent une importance cruciale à la participation, à l'interaction sociale, considérée comme moteur de l'apprentissage. Leurs recommandations ne sont pas très difficiles à suivre. Si le formateur modifie sa posture et admet que l'écoute constitue la compétence clé, il aménagera des temps et des activités permettant aux apprenants de construire ensemble. 

Adriano Pianezy et Amy Lenzo : The art of online hosting : from Powerpoint to powerful. The System Thinkers. Vol 22 number 2, March 2011 (.pdf)

Illustration : sridgway, Flickr, licence CC-BY-2.0

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