Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Les éléments constitutifs d’une communauté d’apprentissage

Créé le dimanche 20 novembre 2011  |  Mise à jour le mercredi 21 décembre 2011

La création de communautés d'apprentissage améliore fortement l'efficacité de l'enseignement à distance, dans la mesure où elle réduit le sentiement d'isolement des apprenants et leur permet de s'appuyer les uns sur les autres. Mais la création de telles communautés ne va pas de soi. Il vaut mieux être conscient des éléments qui doivent y figurer avant de se lancer dans l'exercice. 

Dans un récent article du Learning Solutions Magazine, le professeur américain Kevin Wilcoxon propose un schéma et des instructions qui seront fort utiles lors de la création d’une communauté d’apprentissage.

Avant d'entrer dans le détail des éléments constitutifs de la communauté, rappelons-en la définition, telle que fournie par Garrison en 2007 : une communauté d'apprentissage est "un groupe d'individus qui sont engagés de manière collaborative dans un échange et une réflexion déterminés et critiques, pour construire le sens et confirmer la compréhension mututelle" ("a group of individuals who collaboratively engage in purposeful critical discourse and reflection to construct meaning and confirm mutual understanding". On comprend donc que "l'apprentissage" qui est le but poursuivi implique une "communauté" aux caractéristiques particulières.

Trois dimensions essentielles

 

Une communauté d’apprentissage efficace repose sur trois éléments constitutifs majeurs : la dimension de l'enseignement, la dimension sociale et la dimension cognitive. Ce modèle est directement repris de Garrison :

La dimension de l'enseignement englobe la conception, la facilitation et le guidage des processus cognitifs et sociaux vers des résultats significatifs en termes d'apprentissage. L'enseignant d'une part, le tuteur de l'autre, sont les "chefs d'orchestre" chargés d'assurer la solidité de cette dimension.  

La dimension sociale est le résultat de trois éléments :

  1. Le contexte social, qui résulte des choix réalisés en matière de communication (formelle / informelle), d'ambiance (neutre / chaleureuse), de contacts (faciles / difficiles). 
  2. L'interactivité, qui est plus ou moins importante et facile, selon les outils mis à disposition (forums, chats, possibilité de voir qui est en ligne, etc.). 
  3. La confiance, qui est assurée lorsque les participants ont la garantie de la confidentialité des propos et de la sécurisation de leurs sessions.  

 

La dimension cognitive touche au processus d'apprentissage et à son organisation. Selon Wilcox, l'apprentissage dans une communauté passe le plus souvent par quatre étapes :

  1. Tout d’abord, un événement déclencheur (une question, un problème à résoudre) est proposé à l’ensemble des apprenants. 
  2. Ensuite, ceux-ci passent au stade de l'exploration où ils partagent entre eux des connaissances, font du remue-méninge, etc. 
  3. Par la suite, ils synthétisent leurs discussions et explorations pour trouver une solution. 
  4. Solution qu’ils soumettent lors de l'ultime phase, la résolution du problème.

 

Si c'est bien l'enseignant qui initie cette dimension cognitive, elle ne prend sa pleine mesure qu'avec l'activité volontaire, collaborative et orientée des apprenants.

L'animation de la communauté au fil du temps

 

Si ces trois dimensions sont d'une importance égale pour qu'une communauté d'apprentissage fonctionne bien, leur importance relative varie au fil du temps : la dimension sociale est privilégié lors de la mise en place de la communauté, afin que les apprenants nouent des liens entre eux et avec les encadrants. La dimension de l'enseignement prend ensuite toute son importance, afin de programmer les contenus et productions demandées et d'élaborer des règles de fonctionnement. La dimension cognitive enfin s'installe dans la communauté, lors de la réalisation des tâches et de la résolution des problèmes posés.  

Y a t-il un nombre idéal de participants à de telles communautés d'apprentissage ? Probablement pas, dit Wilcoxon, mais il avance le nombre de 15 personnes lors des discussions en grand groupe, et les chiffres de 4 à 6 personnes pour les travaux en petits groupes.

Au fil du temps (car une communauté d'apprentissage a besoin de temps pour s'épanouir), les rôles impartis aux différents acteurs changent : les enseignants et tuteurs sont d'abord des modérateurs des échanges sociaux, aident ensuite à construire les règles et finalement se contentent de fournir aux apprenants des défis à relever. Les apprenants de leur côté ont d'abord un rôle d'observateurs passifs avant de devenirs acteurs principaux du dispositif en collaborant pour la résolution des problèmes et peuvent ensuite initier eux-mêmes de nouveaux défis. 

Cet article offre des points de repère intéressants aux personnes souhaitant mettre en place une communauté d’apprentissage. Cependant, comme le dt Kevin Wilcoxon, il ne s’agit pas d’un modèle au sens strict du terme. Wilcoxon ouvre d'ailleurs son article avec quelques exemples d'enseignants ayant créé des communautés d'apprentissage fort différentes les unes des autres, adaptées à leur discipline, à leurs objectifs d'apprentissage et aux caractéristiques des apprenants. 

"Building an online learning community", Kevin Wilcoxon, Learning Solutions Magazine, 3 octobre 2011.

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