Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Cours en ligne gratuits : on n'a encore rien vu

Créé le mardi 6 mars 2012  |  Mise à jour le dimanche 12 août 2012

Cours en ligne gratuits : on n'a encore rien vu

Le mouvement des REL (Ressources éducatives libres ou OER en anglais, Open Educative Resources) se porte relativement bien, surtout dans le monde anglo-saxon. Non seulement les OER sont mieux répertoriées que leurs homologues francophones, mais elles sont également produites par des institutions de grand renom qui, au-delà de la stratégie marketing et de visibilité que décèlent les esprits chagrins dans ces initiatives, assument leur responsabilité de leaders mondiaux en matière d'excellence éducative.

Car pour être célèbre et le rester dans la durée, il faut être bon. Internet et son star system express nous auraient presque fait oublier cette évidence; mais c'est également Internet qui offre l'espace nécessaire aux meilleures organisations pour véritablement faire la différence, tant au niveau de la quantité de cours distribués qu'à celui de l'innovation éducative, et bientôt à celui du nombre de diplômés.

 

Les diplômes des meilleures universités bientôt accessibles en ligne

L'université de Stanford a récemment rejoint le MIT de Boston, dans la diffusion de cursus techniques de haut niveau en ligne. Mais le MIT, qui vient de fêter en 2011 les 10 ans de son Open Courseware initiative, reprend l'avantage avec une annonce très stimulante : l'ouverture, dans quelques semaines, de la plateforme MITx, sur laquelle on trouvera bien sûr l'ensemble du matériel pédagogique déjà librement mis à disposition par le célèbre institut de recherche, mais pas seulement. Cette plateforme abritera aussi de véritables séquences pédagogiques utilisant le matériel pré-existant ou créé pour l'occasion. Les étudiants pourront s'y inscrire librement... et passer les examens, comme leurs pairs régulièrement inscrits au MIT de Boston. Le coût d'inscription sera minime. Si l'étudiant réussit, il obtiendra un nombre de crédits équivalent à celui que fournit le même cours en présence. 

Pourquoi le MIT se lance t-il dans une telle entreprise ? Ses responsables ne craignent-ils pas de dévaloriser leurs diplômes, de faire baisser le nombre d'inscriptions physiques, d'accorder des crédits de haute valeur à des fraudeurs qui auront payé un pauvre et brillant ingénieur pour passer l'examen à leur place ? Et si ça ne marche pas, si trop peu d'inscrits parviennent au niveau voulu, que d'argent gaspillé ! 

On imagine sans peine que les responsables du projet MITx se sont posé toutes ces questions. Mais ils ne s'y sont pas arrêtés, car selon l'auteur d'un excellent article paru dans The Chronicle of Higher Education en janvier dernier, ils possèdent de nombreux atouts dans leur manche :

- Plus que les autres universités de grand prestige aux Etats-Unis, le MIT propose des cours de haut niveau académique et dispose d'un processus de recrutement très rigoureux : "Comparé à d'autres universités d'élite, le MIT dispose d'un processus d'admission des étudiants relativement peu corrompu par des considérations telles que le nom de votre grand-père, la taille du chèque fait par vos parents ou votre habileté à faire passer le ballon d'un côté à l'autre du terrain. Le fait que les étudiants du MIT doivent suivre un cursus académique rigoureux avant d'obtenir leur diplôme constitue un autre contratse frappant avec d'autres institutions d'élite". 

- Les chercheurs et enseignants du MIT ont une forte culture de l'ingénieur, privilégient ce qui fonctionne et les solutions logiques. Ils se lanceront donc avec enthousiasme et curiosité dans l'élaboration de nouveaux outils d'apprentissage et les résultats de l'utilisation de ces derniers auprès de différents groupes d'apprenants, ceux-ci se trouvant alors dans une position de beta-testeurs prestigieux.

- Plus important encore dit l'auteur de l'article, au MIT on a le sens du devoir, celui de maximiser le potentiel humain pour rendre le monde meilleur. Faisant partie des leaders mondiaux dans le champ de l'éducation et de la recherche, le MIT fait preuve d'une "générosité propre à cette université privilégiée qui donne ce qu'elle pourrait aisément conserver pour elle. C'est l'acte d'une véritable institution éducative, dans le meilleur sens du terme". 

- Pour atteindre leur but, les instigateurs du projet ont décidé de faire confiance aux apprenants, plutôt que de les considérer comme des apprenants de seconde zone (car éloignés, en ligne et peu solvables). Les cours ne seront pas plus faciles que ceux qui sont dispensés en présence, mais les responsables estiment qu'avec de la volonté et de l'organisation, les inscrits peuvent parvenir à leurs fins. Certes, ils travaillent encore à la sécurisation de leur dispositif d'examens pour limiter la fraude, mais ils savent aussi que partout dans le monde, des personnes comptent avant tout sur la formation (autant, voire plus que sur le diplôme) pour changer leur vie. 

Et le MIT n'entend pas rester seul sur sa nouvelle plateforme. C'est pour cela qu'il l'a voulue libre et ouverte, de manière à ce que d'autres institutions le rejoignent et enrichissent l'offre de cours et de diplômes. D'ailleurs, et il n'y a pas ici de hasard, l'Institut indien de technologie de Dehli, organisme fort prestigieux lui aussi, a annoncé son intention de rejoindre le consortium dirigé par le MIT.

 

Bien se former hors des plus grandes universités, c'est aussi possible

Dans de nombreux pays, à côté des dispositifs éducatifs publics ou privés certifiés, on trouve des organisations qui proposent une éducation alternative, tant dans ses modalités de distribution que dans ses contenus. L'écosystème éducatif en ligne suit le même modèle : à côté des cours en ligne offerts par les institutions, se déploie toute une galaxie de mouvements d'éducation populaire pourrait-on dire, sans but lucratif, qui proposent des contenus de qualité et des communautés d'apprentissage très vivantes. La Peer to Peer University en est un bon exemple. Née le 09/09/2009, cette "université par les pairs" a récemment changé de plateforme et propose désormais gratuitement plusieurs milliers de cours en anglais et en espagnol, réalisés par des volontaires, ces derniers étant fortement soutenus et formés par la communauté des "enseignants" plus expérimentés. 

Alison, plateforme localisée en Irlande qui offre également des cours gratuits, représente également un modèle intéressant. Spécialement destinée au "tiers-secteur", elle propose désormais plus de 300 cours gratuits pour des individus mais également accessibles aux centres de formation contre une rémunération raisonnable. Ces cours sont conçus par des organismes de formation qui souhaitent les diffuser plus largement et choisissent donc de les déposer sur Alison. Par rapport à la P2PU, Alison présente l'avantage de délivrer des certificats, certes "maison", mais qui prennent de la valeur à mesure que l'organisation est connue et reconnue. Alison a obtenu en 2011 un prix de la part de l'Unesco et abrite notamment des cours proposés par le British Council

 

Cherche parcours gratuits et certifiants en français, désespérément...

Tout cela fait un peu tourner la tête, tant ces initiatives font entrevoir un monde nouveau de possibilités d'études, où que l'on se trouve... et à condition de parler anglais. Où sont les initiaitives francophones similaires ? Elles n'existent pas. Certes, la France avance timidement vers la création d'une véritable université technologique en ligne, susceptible de délivrer des cours et des crédits à tous ceux qui veulent apprendre, quelle que soit leur condition. Certes, un nombre croissant d'enseignants mettent leurs cours à disposition de tous, et reçoivent ensuite des remerciements de toutes sortes de gens. Mais on manque cruellement en France de vision stratégique et de leaders capables d'entraîner les autres sur le chemin du déverrouillage des contenus et des diplômes. C'est vraiment dommage, car le nombre de personnes qui ont soif d'apprendre ne fait que grandir. Qu'il s'agisse de jeunes soucieux de suivre les meilleurs enseignements pour accéder à un bon emploi, de personnes en reconversion professionnelle, ou de simples amoureux du savoir (le goût d'apprendre se développant avec l'âge), tous cherchent des cours, souhaitent engager le dialogue avec des enseignants et saluent ceux-ci lorsqu'ils partagent leurs savoirs. Enseignants, établissements d'enseignement, vous êtes en recherche de prestige et de reconnaissance ? La voie semble ici toute tracée.

MIT Mints a Valuable Form of Academic Currency. Kevin Carey, The Chronicle of Higher Education, 22 janvier 2012.

photo : Le MIT à Boston. Thomas Hawk via photopin cc

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Commentaires

11 commentaires

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  • Jean-Rémy Duboc
  • 17 juillet 2012 à 05 h 05

Le retard français: impardonnable

Ce que je retiens surtout de cet article, c'est le retard pathologique (et pathétique) de la France, encore ankylosée. Comme d'habitude, nous avons les savoir-faire mais pas d'esprit d'entreprise pour les mettre en oeuvre. La peur du changement nous paralyse. Je remarque également une absence totale de compréhension du modèle économique de MITx. L'objectif est simple: demander aux entreprises de soutenir le projet, en échange de quoi elles peuvent recruter directement les meilleurs élèves. Au bout du compte, tout le monde y gagne. Mais cela ne fonctionnera en France que si l'université se décide enfin à collaborer avec le monde de l'entreprise. Et, là encore, nous sommes en retard, et pas qu'un peu...

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  • Olivier Ruatta
  • 17 juillet 2012 à 05 h 05

MOOC francophone ou français

Bonjour, Pour voir de telle initiative se mettre en place dans la sphère francophone, il faudra (et c'est déjà un peu le cas) regarder du coté des québécois. Il pourra y avoir quelques initiative des universités françaises mais rien d'aussi développé tant elles sont sous-dotées avec un modèle économique inadapté. Les projets de type IDEFI (comme Utop) peuvent fédérer des moyens matériels et humains, mais il n'y a pas en France une implication comparable des industriels et des investisseurs. Enfin, le modèle de reconnaissance français privilégiant les écoles aux universités donne une image tellement dégradée des universités qui sont les plus propices à s'ouvrir sur ces modèles que sans un gros effort politique pour soutenir la transition, elle parait mal engagée dans la voie d'un développement rapide et massif. Une dernière chose et non des moindre : quel est l'intérêt des enseignants-chercheurs à développer de tels outils ? L'accompagnement n'est pas le fort des plateformes citées et une validation sur ce modèle détruirait les services et donc les postes des enseignants-chercheurs. Ce raisonnement est volontairement spécieux, mais significatif d'un fait : depuis longtemps les enseignants-chercheurs savent que leurs supports de cours ne sont pas "les meilleurs", mais ils servent une progression pédagogique qui mène vers un objectif qui s'inscrit dans un cursus. Et pour cet objectif, le support est bon. Pour l'instant personne n'est capable d'offrir des cours qui sont adaptés à des cursus(et j'en ai suivi des tas pour vérifier). C'est peut-être la planche de salut des universitaires. Mais c'est un modèle extrêmement coûteux. Il y aura sans doute à terme des cours généraux gratuits, bien fait et apportant une bonne culture sur un sujet et des cursus intégrés qui seront eux financés massivement car très professionnalisant par exemple. Mais voilà que je m'improvise devin. Ce qui n'est hélas pas dans mes cordes.

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  • Christine Vaufrey
  • 17 juillet 2012 à 07 h 07

Un MOOC francophone très bientôt...

@ Olivia Ruatta : le Québec n'est pas franchement en avance sur la France pour ce qui est de ces nouveaux modèles de cours. A ma connaissance, seule l'université d'Athabasca (qui n'est pas au Québec !) propose un MOOC, celui des concepteurs du "modèle". Les universités québécoises sont regardées avec envie par les Français, mais je peux vous assurer qu'elles aussi abritent encore de nombreux cours en ligne avec simple suport pdf et accompagnement minimal. Bien sûr, il ne faut pas faire de ce constat un absolu, comme pour ce qui est des cours en ligne dans les établissements français. Simplement, notre centralisme hexagonal est une véritable illusion pour ce qui est du e-learning : personne n'est capable d'avoir une vue d'ensemble de la production des établissements d'enseignement supérieur, dans lesquels on trouve vraiment de tout. Idem dans les universités thématiques numériques : il y a d'excellents cours, bien médiatisés et bien adaptés à la formation en autonomie, et de vieux machins poussiéreux, inutilisables hors de leur contexte d'origine -disparu depuis plusieurs dizaines d'années parfois... Revenons au MOOC : si vous lisez ce billet : http://tipes.wordpress.com/2012/06/27/internet-tout-y-est-pour-apprendre-la-preuve-par-mooc vous verrez que le premier MOOC francophone va être inauguré à la prochaine rentrée universitaire. certes, il s'agit d'une initiative prise par des francs-tireurs, des gens qui réalisent cela à titre volontaire et hors de leur institution. Mais nous sommes (puisque j'en suis) quand même fiers de réaliser cela en France, mais dans une perspective francophone, puisque plusieurs enseignants chercheurs québécois se sont déclarés prêts à accompagner l'expérience et que nous comptons bien recruter des apprenants issus de toute la francophonie. Une fois cette expérimentation faite et en fonction de ses résultats, chacun sera libre de renouveler l'expérience dans son institution, ou dans le cadre d'un groupement interinstitutionnel... Alors, à bientôt pour le MOOC "Internet, tout y est pour apprendre !"

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  • Jean-Rémy Duboc
  • 17 juillet 2012 à 07 h 07

Re:MOOC francophone ou français

Les enseignants-chercheurs français ne comprennent pas le modèle économique, tout simplement. Si les entreprises paient pour recruter les meilleurs élèves, elle payent en fait pour la création des supports de cours, et pour l'intervention et le soutient des professeurs. Je l'ai déjà dit: tout le monde est gagnant. Des plateformes de formation à distance existent mais elles sont mal utilisées, et les professeurs mal formés à la pédagogie (en ligne ou hors-ligne, d'ailleurs). Le vrai problème c'est la mentalité de résistance au changement, très souvent entretenue par des syndicats soucieux avant tout de leurs intêrets à court terme, au dépend d'une vision plus globale. Effectivement, en francophonie les seules vraies innovations sont au québéc: autre culture, autre façon de voir les choses. Ne nous étonnons pas, ensuite, de voir la France décliner.

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  • Jean-Rémy Duboc
  • 17 juillet 2012 à 07 h 07

Re:Un MOOC francophone très bientôt...

Chère Christine, bravo pour cette initiative. Effectivement, il faut que cela vienne de quelques personnes motivées, et peut-être que les institutions suivront...peut-être. Tenez-nous au courant de l'avancée de ce projet !!

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  • Christine Vaufrey
  • 17 juillet 2012 à 07 h 07

MITx et entreprises

@Jean-Rémy Duboc : L'initiative OpenCourseWare du MIT, puis celle du MITx, sont surtout soutenues par des fondations qui apportent leurs ressources au développement de l'éducation pour tous depuis de nombreuses années. La fondation Bill et Melinda Gates vient d'injecter 1 million de dollars dans MITx. Evidemment, nous n'avons pas cela en France. L'éducation y est sont considérée comme un bien public, administrée par des fonds majoritairement publics, du moins en ce qui concerne les études. Car les entreprises participent depuis longtemps au financement de la recherche, leur financement y est même majoritaire par rapport à celui des pouvoirs publics (voir les derniers chiffres publiés par le Ministère de l'enseignement supérieur). Et la collaboration des entreprises au financement de l'éducation outre-atlantique ne doit pas être l'arbre qui cache la forêt : la dette des étudiants américains est infiniment plus élevée que les mintants injectés dans l'enseignement supérieur par les entreprises... Il est tout à l'honneur de l'état français (pas d'un gouvernement en particulier) et, dans une moindre mesure, des collectivités territoriales, de vouloir assumer l'essentiel du coût de l'enseignement supérieur. Mais on peut parfaitement envisager des financements mixtes, à condition d'avoir mis en place auparavant des mécanismes de compensation pour les établissements qui ne sont pas installés dans les bassins d'emplois les plus dynamiques. Et là, franchement, c'est pas gagné : http://www.educpros.fr/detail-article/h/1282d4de22/a/autonomie-la-cour-des-comptes-pointe-une-mutualisation-des-moyens-ratee-entre-les-universites.html Finalement, vous posez la question de la complémentarité entre l'argent public et l'argent privé pour l'enseignement supérieur. Je ne connais aucun système qui soit parfaitement équitable et satisfaisant à l'heure actuelle. Mais il est certain que le "tout public" est un privilège d'état riche et fort, qui génère suffisamment de revenus pour assumer les principaux coûts de la formation de ses ressortissants.

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Icône - christinava
  • Christine Vaufrey
  • 17 juillet 2012 à 07 h 07

MOOC francophone

@Jean-Rémy : soyez-en sûr, vous verrez bientôt des informations sur ce MOOC dans Thot Cursus ! Et n'hésitez pas à vous y inscrire pour participer vous aussi à cette aventure !

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  • Jean-Rémy Duboc
  • 17 juillet 2012 à 07 h 07

Re: MITx et entreprises

@Christine Vaufrey je suis tout à fait d'accord avec vous. Malheureusement, l'éducation tout public est un luxe que l'état français ne peut clairement plus se permettre, même si effectivement c'est un bon concept dans l'idéal. Et il est vraiment dans l'intéret des entreprises française d'apporter leur aide dans ce domaine. Vous avez raison de rappeler le taux d'endettement record des étudiants américains, qui constitue en fait une des raisons de la création de MITx, EDx, the minerva project, etc. Les USA sont loin d'être une panacée, et il faut trouver des solutions pratiques. Ce qu'ils font. La formation en ligne est une des manières de résoudre ce problème. Ce que je reproche aux français avant tout, c'est de ne pas avoir l'esprit d'entreprise nécessaire, au niveau institutionel, pour prendre ce défi de société à bras le corps. Même avec peu d'argent, on pourrait accomplir beaucoup si on éliminait la bureaucratie et l'immobilisme.

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  • Olivier Ruatta
  • 18 juillet 2012 à 04 h 04

MOOC francophone

Bravo pour cette initiative. J'ai moi aussi mes réserves sur les universités québécoises en termes de FOAD et surtout de MOOC. Mais le "gap" culturel est moins grand à franchir la bas où les Université sont toujours des lieux d'éducation et de formation alors qu'en France ce ne sont plus que des lieux de formation (je suis bien placé pour le savoir, je remplie des dossiers tous les deux ans pour fixer les objectifs de formation, jamais on en me demande ce que je pourrais apporter pour l'éducation générale des étudiants -oui, je suis enseignant-chercheur à l'Université-). Les MOOC sont un formidable outil pour l'éducation et le modèle connectioniste (j'ai du mal à traduire ce terme) intéressant pour l'auto-formation partielle. J'ai vu de fantastique parcours (surtout sur les MOOC non associés aux universités) pour la construction de "connaissances" mais pour le "savoir-faire" il y a comme une faute originelle (je ne suis pas formel, mais absolument septique). Sur les MOOC "universitaires", c'est le suivi qui n'est pas évident. Le travail communautaire balbutiant ... Mais ils foncent car c'est dans la logique de leur modèle. On éduque puis on prend des gens bien éduqués et on les forme pour un secteur professionnel. En France, même la licence est déjà tellement professionnalisante que je ne comprend pas comment faire rentrer un MOOC dans cette logique "universitaire". Rien d'étonnant à ce que de tels outils apparaissent par des initiatives de particuliers en France ... Il y a bien d'autres freins encore. J'essaierai sans doute d'aider si je le peux votre initiative en participant (je viens de remplir le formulaire d'inscription), mais je ne vois pas comment elle fera des petits dans les Universités françaises pour l'instant. Je me permet un conseil : rendez les thématiques plus claires ! Certes, ils ne faut pas trop "blinder" au départ, mais pour accrocher des participants, ils faut qu'il y ait un minimum d'objectifs et pour l'instant, au vu du texte, je ne saurais dire de quoi il va en retourner : "apprendre avec internet", ou est-ce un méta-MOOC (un MOOC traitant de MOOC) ?

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Icône - christinava
  • Christine Vaufrey
  • 20 juillet 2012 à 03 h 03

Le MOOC francophone et les objectifs d\'apprentissge

@ Olivier : Merci de poursuivre cette conversation passionnante. Ah, le MOOC et les objectifs d'apprentissage... On pourrait formuler l'objectif général du MOOC à venir de la manière suivante : "A l'issue de la formation, les participants seront en capacité de construire leur propre environnement d'apprentissage en ligne". Il ne s'agit donc pas d'un MOOC sur les MOOC, mais d'un MOOC sur l'utilisation des ressources / espaces / outils numériques pour l'apprentissage, assurément. Il y a donc bien une partie "méta" dans notre objectif. Mais immédiatement, j'ajouterai que cet objectif est pour le moment le nôtre (l'équipe d'animation), et pas encore celui des participants, ces derniers étant le moment venu incités à identifier leurs propres objectifs d'apprentissage. Nous allons bien entendu lancer un appel à participation sur cet objectif : sur Internet, il y a énormément de ressources (humaines, documentaires, etc.) utiles pour apprendre, mais comment les trouver ? Comment participer à leur diffusion, et même à la création de nouvelles ressources ? Voilà ce à quoi les participants s'efforceront de répondre pour eux-mêmes, notamment via les ressources que nous leur proposerons, mais surtout me semble t-il, grâce au cadre d'interaction qui sera mis en place. Est-ce plus clair ? Votre intervention qui qu'il en soit me montre qu'il est largement temps de mieux et plus communiquer sur ce projet en voie de finalisation. Une dernière remarque avant de clore ce message : dans ma grande naïveté sans doute, j'ai tendance à penser que l'université peut aider les jeunes à comprendre le monde, en leur fournissant des points de repère disciplinaires (voyez l'engouement qui ne faiblit pas pour l'anthropologie, la psychologie, la sociologie... je relie ça directement à l'aspiration des jeunes à mieux comprendre le monde dont ils font partie) et en les accompagnant dans la construction de compétences transversales. Le MOOC en préparation a de modestes ambition dans ce deuxième domaine, celui que, d'après votre message, l'université serait en passe d'abandonner...

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Icône - stouze
  • Sophie Touzé
  • 20 juillet 2012 à 08 h 08

L\'Open Education n\'en est qu\'à ses débuts !

Bonjour à tous merci @Christine Vaufrey @Jean-Rémy Duboc et @Olivier Ruetta de vos regards croisés sur l’Open Education.

@Jean-Rémy Duboc c’est le même constat que j’avais fait il y a 4 ans en assistant à Lyon à une conférence sur le sujet. Depuis on peut penser que rien n’a bougé pourtant je suis toujours enthousiaste et plus confiante qu’au début :

1. Même si nous sommes peu présents en volume sur la scène internationale, nous ne sommes pas complètement absents comme le sont nos voisins proches Allemagne, Italie, Suisse …. Il y a 3 sites OCW (pour Opencourseware) : AgroParisTech, ESC Grenoble et Lyon et les pourparlers avec la MINES devraient aboutir à l’automne à une adhésion des UNT avec une visibilité pour les 26000 ressources déjà au format de licence adéquate pour l’Open.

2. Les plus actifs en Europe sont l’Angleterre avec l’autre projet phare qu’est l’OER (pour Open Education Ressources)et l’Espagne avec 40 universités adhérents. L’an dernier les deux projets OER et OCW se sont regroupés et la conference à Cambridge UK cette année était commune. Egalement cetta année on doit signaler le projet européen OCWEU http://opencourseware.eu/ auquel mon institution participe, projet qui a pour objectif de promouvoir l’Open en Europe.

3. Au niveau international dans le consortium http://ocwconsortium.org/ nous sommes reconnus (je fais partie de deux comités celui des demandes d'adhésion et celui des awards) et très attendu. Même si j’étais la seule voix française aux deux dernières conférences alors qu’il n’est pas rare de croiser des ministres de l’éducation.

4. L'élément le plus positif est l’ évolution inattendue de l’Open model ces 2 dernières années. Évolution que j’ai moi même vécue de l'intérieur. On est passé dans ce très court laps de temps d’un modèle philanthropique à un business model. Les retours sur presque 10 ans d'expérimentation montrent que les universités qui ont fait le choix de l’Open Education ont vu leurs coûts baissés la qualité de la pédagogie augmentée avec une croissance des inscriptions. Et on est qu’au début de modèle mixte entreprise/université il y a les MOOC et plusieurs autres exemples de business créés avec et autour de l’Open Education. Le rôle de l’université a changé et il est clair que les universités françaises commencent tout juste à entrevoir les enjeux réels.

Depuis 4 ans je milite pour ça et serai très heureuse que d’autres voix s’unissent à la mienne pour réveiller les politiques, les présidents, les enseignants … et que le pays des lumières soit présent et actif dans ce mouvement qui devient la meilleure réponse des universités aux challenges de notre nouveau siècle.

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