Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Comment le numérique a changé la bande dessinée

Créé le lundi 9 avril 2012  |  Mise à jour le mardi 10 avril 2012

Recommander cette page à un(e) ami(e)

Comment le numérique a changé la bande dessinée

Internet a changé la consommation de produits artistiques. Auparavant, les rendez-vous télévisuels étaient importants: il ne fallait pas manquer l’épisode, car les chances de le revoir en reprise étaient minces. Des années plus tard, plus besoin de rester rivé au téléviseur: les sites de diffusion permettent aux internautes de voir ce qu’ils désirent quand ils le veulent.

Les auteurs se tournent vers les plateformes d’édition en ligne, les musiciens ont des réseaux sociaux pour partager leurs créations avec leurs visiteurs  et les artistes visuels profitent de la vitrine virtuelle pour Web pour afficher quelques-unes de leurs réalisations. Et les bédéistes dans tout ça? Comment utilisent-ils Internet ?

L’avènement des blogueurs



De nombreux dessinateurs, publiés ou pas, ont vu dans Internet une belle vitrine pour afficher leurs images. Mais jusqu’au milieu des années 2000, l’album papier restait quand même la référence principale entermes d'édition et de conquête d'un public. Depuis, le vent a tourné. De nombreux artistes sont passés par le blogue avant de publier leur premier album. On peut penser à des auteurs comme Yatuu — dont nous avons déjà parlé ici — ou comme Pascal Colpron (Mon petit nombril). Les États-Unis aussi foisonnent d’exemples de bédéistes sur le Web qui, s’ils pratiquaient initialement leur art en dilettante sur la Toile, ont fini par adopter définitivement ce support (Matthew Inman, Tim Buckley, etc.).

L’arrivée des lecteurs numériques et autres tablettes a aussi changé la donne. Désormais, les maisons d’édition classiques ne peuvent plus ignorer ce marché en pleine croissance. D’où l’apparition de services comme Iznéo qui permettent de louer ou d’acheter des bandes dessinées en format numérique. Mais l'informatique met-elle autant en valeur le travail des bédéistes? Selon certains auteurs, tout à fait. Les tablettes rendraient mieux les couleurs. Mais il n'y a pas que la popularité ou les supports technologiques qui changent; la production de BD n’est plus la même.

La BD numérique rassemble



Avant l’ère 2.0, le bédéiste était cette créature vivant recluse dans son atelier, entourée de ses croquis et outils graphiques. Aujourd’hui, sa connexion avec les lecteurs est beaucoup plus directe et va au-delà des apparitions dans les festivals de la bande dessinée, tels ceux d’Angoulême ou de Québec. Par exemple, Midam, auteur de Kid Paddle et de Game Over, propose à ses admirateurs de lui envoyer des gags qu’il pourrait mettre dans ses albums en échange d’un montant forfaitaire s’il est choisi.

L’aspect collectif de la création de BD prend tout son sens sur la plateforme ManoloSanctis où de jeunes auteurs peuvent être publiés puis lus et critiqués par la communauté d’internautes qui fréquentent le site. Dans d’autres cas, des artistes prennent eux-mêmes l'initiative de se rassembler; c'est le cas de 8comix ou de la saga «Les Autres Gens» qui réunit un nombre incroyable de dessinateurs autour d'un scénariste unique, Thomas Cadène.

Mais la BD interactive prend bien d'autres formes. Lisez par exemple The Art of Pho, véritable film d'animation réalisé à partir des cases d'une BD. Ou encore Soul Reaper, à l'esthétique très poussée, qui tire le meilleur parti du scrolling, cette façon de faire défiler les pages de haut en bas, plutôt que de gauche à droite. Si vous vous intéressez à la BD interactive, vous trouverez sur merlanfrit.fr un article très complet qui fait le tour de la question. 

Évidemment, des questions demeurent sur les modèles économiques de toutes ces initiatives. Après tout, Internet vit de l’illusion de la gratuité qui l’entoure depuis des années. N’opter que pour le tout payant serait restreindre un lectorat important. Alors, les auteurs doivent trouver le moyen de subsister aussi. Par exemple, certains choisissent un accès libre aux planches et font beaucoup de place à la publicité et à la vente de produits dérivés. D’autres n’offrent qu’un accès gratuit temporaire. D'autres enfin optent pour un accès sur abonnement. c'est le cas des créateurs de la série "Les Autres Gens" citée plus haut, dont les épisodes sont également publiés sous forme d'albums. 

Et l’album de BD traditionnel, justement ? Est-il condamné à disparaître? Pas dans un futur proche, en tout cas, puisqu’il y a encore beaucoup d’attachement et d’estime envers le format livre de la bande dessinée. D’ailleurs, de nombreux auteurs du Web s’enorgueillissent lorsqu’ils publient pour la première fois un ouvrage. Des expériences alliant web et album commecent même à voir le jour : un album de François Schuiten en réalité augmentée est annoncé pour la fin du mois d'avril 2012. 

L'Internet n’a donc pas tué le neuvième art. Au contraire, il lui a donné d’autres canaux de diffusion et a même permis l’éclosion de talents insoupçonnés.

Comment le numérique change l’ADN de la bande dessinée”, Geeko, 1er juin 2011

Quel futur pour la BD numérique?, Dominique Bry, Mediapart, 22 septembre 2011.

Illustration : le portail de la série Les Autres Gens.

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire