Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Que paie t-on, dans la formation en ligne ?

Créé le lundi 14 janvier 2013  |  Mise à jour le mardi 15 janvier 2013

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Que paie t-on, dans la formation en ligne ?

Depuis plus de 15 ans maintenant, Thot Cursus sélectionne pour vous des produits gratuits de formation en ligne. Dès avant les années 2000, on trouvait en effet sur la toile d'excellents cours et autres produits de formation en libre accès. L'offre a considérablement augmenté depuis cette époque, et les produits se sont enrichis de multimédia et d'interactivité. Nous continuons notre travail de veille dans un environnement toujours plus fourni, de manière à ne vous présenter que des produits testés et évalués par l'équipe de rédaction.

À côté de cette offre gratuite, on trouve toujours, et de plus en plus, de cours en ligne payants. De nombreux organismes de formation présentent leurs offres sur Thot Cursus et manifestement, l'offre est là aussi toujours plus abondante et de grande qualité. Ce qui semble quelque peu étonnant à première vue : pourquoi les établissements d'enseignement et de formation continuent-ils de faire payer les formations qu'ils dispensent, alors que des cours sur les mêmes sujets sont souvent disponibles gratuitement ? Et pourquoi une part significative d'apprenants préfère t-elle les produits de formation payants aux produits gratuits ?

La réponse à ces questions ne va pas de soi, car le contenu des offres gratuites se modifie sans cesse. Il est donc indispensable d'identifier ce qui, aujourd'hui, porte la plus grosse valeur ajoutée dans une formation payante.

Des millions de ressources en libre accès

 

Ce n'est sans doute pas le savoir, ni même son expression au travers de ressources pédagogiques, qui justifient le prix que l'on paye pour une formation. Internet met à notre disposition gratuitement une masse considérable de documents sur tous les sujets possibles et imaginables. Ces documents donnent l'accès non seulement à la ressource primaire « brute » (les oeuvres de référence tombées dans le domaine public, la presse en version intégrale depuis plus de 100 ans, etc.), mais aussi les ressources pédagogiques qui facilitent l'accès aux oeuvres. Que l'on songe aux magnifiques cours et leçons du Collège de France, aux pépites contenues sur iTunes U et plus globalement, à toutes les ressources que produisent inlassablement les établissements d'enseignement ou de promotion culturelle. Thot Cursus vous permet chaque semaine, grâce à la lettre Parcours, de prendre connaissance de quelques-unes de ces ressources de grande qualité conçues pour ceux qui aiment conjuguer plaisir et apprentissage.

Du document au parcours

 

La ressource, comprise comme le « document », n'est donc pas porteuse de la valeur ajoutée de la formation. Alors, peut-être le parcours l'est-il ?

Un parcours est composé de deux types d'éléments:

  • des ressources en un ordre garantissant une progression dans l'apprentissage;

  • des activités dont la réalisation facilite la mémorisation, l'appropriation et l'utilisation des informations acquises au travers des ressources, de manière à les transformer en savoirs.

Le maillage serré des ressources et des activités constitue le parcours de formation.

Est-ce donc pour cela qu'on paie aujourd'hui ? Souvent, mais pas systématiquement. Les MOOC, qu'ils soient académiques ou communautaires, proposent désormais de véritables parcours de formation, dans lesquels les contenus préalablement identifiés ne seraient pas grand chose sans les activités dont ils font l'objet, qu'il s'agisse de TP, de devoirs à l'ancienne ou de débats communautaires menant à la production de nouvelles ressources. De nombreuses initiatives de formation en ligne, moins massives, témoignent également de la volonté de proposer gratuitement de véritables parcours de formation. Que l'on songe par exemple à toutes les formations proposées par l'UVED, l'université virtuelle Environnement et Développement durable, remarquablement scénarisées.

Ni les ressources de base, ni les activités pédagogiques, ni même l'alliance des deux c'est à dire les parcours de formation, ne sont donc porteuses de la valeur ajoutée spécifique aux formations payantes. Pour trouver cette dernière, il faut franchir une étape supplémentaire et s'intéresser aux certifications et diplômes.

Clairement, l'essentiel de la valeur ajoutée de la formation payante se trouve à ce niveau. Je peux être un crack en théorie des jeux, mais j'aurai du mal à vendre ma compétence si je l'ai acquise au travers d'un parcours personnel informel, fût-il de grande qualité. Si je dispose d'un diplôme de mathématiques appliquées à l'économie, délivré par une école de commerce ou une université prestigieuse, les employeurs potentiels me prendront beaucoup plus au sérieux. Le diplôme en effet joue toujours son rôle de sésame, cette valeur croissant en même temps que la réputation de l'établissement l'ayant délivré.

Mais pour combien de temps encore ?

La fin du règne du diplôme ?

 

À côté de vos diplômes, vous pourrez très certainement acquérir, dans un avenir proche, un ou des badges attestant des compétences que vous avez acquises dans un environnement informel d'apprentissage. Un badge, tel que le promeut par exemple la Fondation Mozilla au travers de son initiative Open badges, est un morceau de code informatique qui décrit précisément ce que vous savez faire dans un domaine défini, comment vous avez appris à le faire, où se trouve en ligne la preuve de votre savoir-faire. Le tout se matérialise par une icône que vous pouvez placer sur votre CV, sur votre page de réseau social ou tout autre document numérique. Il suffit à celui qui souhaite en savoir plus sur vos compétences de cliquer sur l'image pour accéder à tous les éléments précités. On peut accumuler des badges durant toute sa vie, dans des domaines fort divers, et les entreposer dans un « sac à dos » virtuel.

Bien entendu, plus l'organisme qui distribue les badges que vous avez acquis est légitime dans son domaine, plus vos badges ont de la valeur auprès de partenaires ou d'employeurs potentiels.

Alors, les badges vont-ils faire tomber le dernier bastion de la valeur ajoutée des formations payantes ? Pas nécessairement, pour au moins deux raisons :

  • Se présenter à la certification débouchant sur l'obtention de badges à la valeur reconnue sera très certainement, dans la majorité des cas, une démarche payante. Car la valeur de la certification se traduit toujours par un prix !

  • Il faudra certainement de nombreuses années pour que les badges deviennent un langage aussi universel et puissant qu'un diplôme universitaire ou même professionnel. Actuellement, si vous possédez par exemple un diplôme de fin d'études secondaires ou un Bachelor, dans le monde entier on a une petite idée de ce que cela représente.

Les badges vont probablement monter en puissance et devenir d'une part des compléments aux formations académiques, pour les actualiser (dans le cas de diplômes anciens), les contextualiser (dans le cas de diplômes obtenus dans des régions du monde éloignées) ou leur adjoindre un élément pratique qui fait parfois défaut aux diplômes universitaires. D'autre part, ces badges permettront à des personnes qui n'ont pas accès aux parcours académiques de formation ou qui ne sont pas à l'aise avec les modalités de formation proposées dans ces parcours, de valider d'incontestables compétences acquises par la pratique.

Le cadre est l'apprentissage

 

Ne croyons pourtant pas que la capacité à délivrer une certification ou un diplôme reconnu constitue la seule valeur ajoutée des formations en ligne payantes. Pour aller plus loin sur le sujet, il faut déplacer son regard, se mettre à la place de l'apprenant. Si celui-ci accepte de payer sa formation en ligne, c'est non seulement parce qu'il souhaite obtenir un « vrai » diplôme ou certificat à la fin de son parcours, mais aussi parce qu'il a besoin d'un cadre d'apprentissage qui lui inspire confiance. Un cadre d'apprentissage stimulant possède trois qualités fondamentales.

  • Il est organisé. L'apprenant y trouve facilement l'essentiel des ressources dont elle a besoin, les consignes et outils nécessaires à la réalisation des activités, les moyens de contacter ses pairs, le tuteur et éventuellement les enseignants.
  • Il est sécurisé. L'apprenant peut tâtonner, se tromper, recommencer, dialoguer avec ses pairs, à l'écart de l'espace public où se font et se défont les e-réputations. Lorsqu'il passe un examen ou rend un devoir, son identité est assurée.

  • Il est ritualisé. Chacun connaît son rôle dans l'espace d'apprentissage. Les gens et les choses y portent le même nom que dans la vie réelle. Tous les apprenants en ligne ayant fréquenté au minimum l'espace scolaire savent ce qu'ils doivent y faire et ce qu'il faut attendre des différents protagonistes.

 

Nous avons pu mesurer, lors de l'expérimentation du MOOC ItyPA, à quel point ce cadre d'apprentissage était important. Nombre de participants ont abandonné ITyPA par ce qu'ils n'y trouvaient pas les repères sans lesquels il ne peut selon eux y avoir d'apprentissage digne de ce nom.

On s'en doute, la mise en place et l'entretien d'un tel cadre exige un important investissement qui est couramment réparti entre les consommateurs finaux, les pouvoirs publics et des organismes privés, dans des proportions variables selon les cultures économiques dominantes dans les différentes parties du monde.

En ces temps de crise économique couplés à des besoins toujours plus grands de formation tout au long de la vie, il est tentant de réduire les coûts inhérents à la production de la formation en ligne en allégeant ce cadre. Cet allègement a aussi une autre justification, moins triviale : il s'agit de redonner la main aux apprenants sur leur propre formation, en diminuant le rôle prescriptif de l'enseignant et en scénarisant moins, voire pas du tout, les ressources proposées comme point de départ de l'apprentissage. Bref, il s'agit de « renaturaliser » l'apprentissage, ainsi que nous y invite Internet avec sa multitude de ressources, d'outils de publication et de canaux de communication. Tout semble là en effet pour que nous apprenions sur Internet sans même nous en rendre compte, à charge pour nous non plus de payer pour qu'on nous indique quoi apprendre, comment et quand, mais de nous lancer gratuitement sur le courant furieux de l'abondance et d'y diriger notre barque, en évitant la noyade (ou le noyage, comme disait Dave Cormier lors de la première rencontre synchrone du MOOC ItyPA).

Cette navigation, si peu accompagnée dans le cadre d'un MOOC, représente un défi que bien peu de personnes souhaitent relever. Par attachement pour la forme académique, par souci efficacité, par besoin de sécurité, l'énorme majorité des apprenants en ligne potentiels préfèrent payer pour suivre des parcours bien balisés, tels que les proposent les institutions éducatives et les organismes reconnus de formation.

Pour résumer

 

Aujourd'hui, les cours en ligne gratuit proposent :

  • Des ressources / documents par centaines de millions;

  • Des parcours d'apprentissage complets par milliers, mais pas encore dans toutes les langues, pas sur tous les sujets; la dynamique est tout juste impulsée.

  • Très bientôt, on verra fleurir les badges attestant des compétences acquises, dont la valeur dépendra de la légitimité des organismes les émettant.

Les cours payants offrent en plus :

  • Des diplômes et certifications reconnus;

  • Des espaces d'apprentissage organisés, sécurisés et ritualisés.

Cinq ans en arrière, la frontière entre cours payants et gratuits ne passait pas à cet endroit. Il y a fort à parier qu'elle se sera encore déplacée dans cinq ans. Ce qui est certain, c'est qu'il y a aujourd'hui de la place pour tout le monde, et que le prix à payer pour une formation ne constitue pas le seul critère de sélection utilisé par les futurs apprenants, loin de là.

 

Illustrations :

Titre : exemples de cours présentés sur Thot Cursus

Corps de l'article, de haut en bas :

Page des Leçons inaugurales du Collège de France, sur revue.org.

Bandeau de présentation sur le site de l'UVED

Page d'accueil du site Open Badges, Mozilla.

Les rôles dans un cours,  tels qu'ils sont prévus sur la plateforme Moodle. Capture d'écran extraite de l'article Moodle, plateforme de cours en ligne, sur le site Sciences de la Vie et de la Terre, académie de Créteil

 

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