Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Encore une plateforme pour aider les ados à gérer leur identité en ligne

Créé le dimanche 3 mars 2013  |  Mise à jour le lundi 4 mars 2013

Recommander cette page à un(e) ami(e)

Encore une plateforme pour aider les ados à gérer leur identité en ligne

Savoir ce que les autres pensent de nous est une préoccupation légitime. Notre réputation se construit à partir de ce que nous faisons, disons, et donnons à voir. Les indices de ce que nous sommes s'appellent des "traces" sur le Web. Le réseau des réseaux ayant une excellente mémoire, il importe de savoir "gérer ses traces" selon l'expression consacrée, et gérer l'accès à ce que nous publions. De nombreux sites d'éducation aux médias rappellent ces mises en garde. 

La Ville de Paris est elle aussi entrée dans la danse, au tout début du mois de février 2013, en ouvrant un site pour sensibiliser les adolescents à leur e-réputations. Allons voir ce dont il s'agit.

Un test et quelques contenus

 

De quoi est constitué « Soyez Net sur le Net ! »? Tout d'abord, d'un test qui vérifie que vous connaissez les paramètres de confidentialité sur Facebook et ne jetez pas votre vie privée en pâture à n'importe qui. Pour l'effectuer, vous devrez obligatoirement vous connecter avec vos identifiants Facebook, puisque le test va utiliser vos données personnelles d'utilisation de ce service. Par exemple, combien de personnes dans votre liste de contacts considérez-vous comme de vrais amis ? Pouvez-vous en identifier 10 pris au hasard à partir de leurs seuls prénoms ? Etes-vous à l'aise avec les vgroupes que vous aimez ? Seriez-vous gêné si certains statuts publiés sur votre mur étaient publiés dans un lieu public, ou sur le mur de votre chambre ? Le test doit être fait rapidement, pour empêcher l'internaute de tricher en allant consulter son compte avant de répondre aux questions. 

A l'issue du test, vous recevez les résultats. Chaque catégorie est liée à une fiche pratique, dans laquelle vous aprendrez comment mieux utiliser les paramètres de confidentialité de Facebook. Un blog permet aussi de s'informer plus en profondeur sur de nouveaux réseaux sociaux ou sur des pratiques de harcèlement en ligne. 

Franchement, pas grand chose à se mettre sous la dent. Ce qui s'explique sans doute par la nouveauté du site. Toutefois, cela n'explique pas tout, et ne justifie ni le ton adpté, ni le choix des informations diffusées.

 

Une vision simpliste?

 

L'initiative de la mairie de Paris a été saluée par de nombreux internautes et revues en ligne. Quelques-uns ont pourtant osé cririquer l'initiative. C'est le cas de Michel Guillou, qui est scandalisé de lire des propos aussi réducteurs adressés aux adolescents. Encore une fois selon lui, les jeunes sont traités comme des utilisateurs irresponsables des réseaux sociaux.

M. Guillou dénonce une réalisation peu soignée (pléthore de fautes d'orthographe et d'angliscismes), l'exploitation de la peur (Internet, c'est dangereux) et la concentration des démonstrations sur le seul réseau Facebook. Certes, 90 % des jeunes Parisiens, cible majoritairement visée par la campagne, sont sur Facebook. Certes, il est important de savoir comment se défendre en cas de cyber-harcèlement, et de ne pas tenter le diable en invitant n'importe qui sur sa page. Et oui, mieux vaut réfléchir à deux fois avant de publier une photo ou un texte compromettants sur son mur. Mais était-on obligé de prendre ce ton paternaliste? Et pourquoi ne parle t-on jamais de ce que les jeunes aiment sur Facebook ? Si ce réseau social n'apportait que des problèmes, ils n'y seraient pas si nombreux !

Le blogue pourrait être là pour élargir le propos et engager la conversation, mais deux articles sur les trois qui ont été publiés à ce jour parlent encore de Facebook. Quant au troisième, il parle de Pinterest mais avec un sérieux train de retard (les données communiquées datent de début 2012) et s'adresse aux entreprises. Il s'agit donc d'un vulgaire copié-collé, tiré d'on ne sait où. On pourrait faire remarquer au rédacteur que le respect de la propriété intellectuelle et la citation des sources, cela s'apprend aussi, autant que le fait de bien se comporter sur Facebook...   On regrettera enfin qu'aucune place ne soit faite aux ressources externes d'éducation aux médias (comme celles qui sont réaisées ou recensées par la Délégation aux usages du Net, le CLEMINetPublic et bien d'autres), comme si la ville de Paris avait l'exclusivité du discours sur le sujet de l'e-réputation des jeunes. 

Plus fondamentalement, Guillou critique le site de vouloir faire croire qu'il est possible d'avoir une identité numérique vierge. Une illusion pour le spécialiste des médias sociaux qui considère que les erreurs font partie de la jeunesse et, surtout, que l'on sous-estime grandement la capacité de ces jeunes à reconnaître les mauvais comportements en ligne.

Maintenant, à vous de voir si la plateforme de la mairie de Paris est pertinente. Sans vous déconseiller totalement d'aller sur « Soyez Net sur le Net! », soyez conscients que le contenu y est pour le moins réduit et que son ton est très réducteur par rapport aux adolescents. D'autres sites et initiatives (exemple: le serious game 2025 ex machina) sont parvenus avec beaucoup plus de finesse à aborder la question de l'identité numérique avec ce public.

Soyez Net sur le Net!

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire