Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Des MOOCs et des idées

Créé le lundi 6 mai 2013  |  Mise à jour le lundi 10 juin 2013

Recommander cette page à un(e) ami(e)

Des MOOCs et des idées

Faut-il considérer les MOOCs comme une matière première susceptible d'être transformée, et intégrée à des produits offrant une valeur ajoutée supérieure ? C'est ce que semblent indiquer quelques expérimentations en cours aux Etats-Unis.

Le MOOC dans la classe inversée

 

L'université de San Jose (San Jose State University) en Californie a conclu un accord avec EdX (la plateforme de MOOC créée par le MIT et l'université de Harvard) pour utiliser certains MOOCs dans les curriculums dispensés sur ses 23 campus. Cette intégration s'effectuera dans un dispositif dit de "flipped classroom", ou classe inversée : les étudiants s'inscriront aux MOOCs indiqués par leurs enseignants, et suivront ces cours depuis chez eux. Ils effectueront toutes les activités demandées dans les cours : suivi des exposés, quiz, discussions, etc. Le temps de classe sera pour sa part réservé à des travaux en petits groupes, la conduite de projets et des tests d'auto-évaluation.

Ce dispositif a été expérimenté lors du premier semestre de l'année universitaire en cours par un professeur d'électronique de l'université de San Jose. Il a intégré le MOOC MITx 6.002x Circuits and Electronics à son propre cours d'introduction à l'analyse des circuits. L'impact de ce dispositif a été spectaculaire : le taux d'échec au cours est passé de 40 à 9 % ... Dans l'intervention consacrée aux MOOC de la conférence SXSWEdu à Austin, Texas, Anant Agarwal, président d'EdX, disait avoir été extrêmement impressionné par ce résultat et vouloir multiplier ce genre d'accord avec les Universités, de manière à contribuer à l'amélioration de l'enseignement sur les campus. L'accord avec l'Université de San Jose prévoit d'introduire cinq MOOCs supplémentaires dès la prochaine rentrée universitaire dans les cursus de trois facultés : humanités, affaires et sciences sociales. 

Les MOOCs en cours de soutien

 

Toujours en Californie, dont le budget consacré à l'éducation a drastiquement diminué ces dernières années, le sénat examine une proposition de loi qui permettrait aux universités et colleges de créditer les étudiants ayant suivi des MOOCs avec succès, ce qui leur permettrait de se mettre à niveau avant d'entrer à l'université. L'information a été donnée par le New York Times (et reprise en français dans L'éveilleur), qui précise que 50 % des étudiants américains prennent des cours de soutien avant de commencer leurs études. Jusqu'à une époque récente, les Community Colleges (établissements publics de premier cycle d'études supérieures, avec des frais d'inscription réduits) assuraient cette mission, mais ils ne peuvent désormais plus le faire, l'état de Californie ayant pratiquement suprimé ses subventions à ces établissements. Les MOOCs apparaissent donc comme une alternative économique intéressante pour cet état, et pour les milliers d'étudiants qui n'ont pas de place dans les Community Colleges et pas les moyens de s'offrir un college privé hors de prix. 

Les MOOCs pour la formation continue des enseignants

 

Dans quelques jours, peut-on lire dans un article du Seattle Times, Daphne Koller, co-fondatrice de la plateforme de MOOCs Coursera, annoncera l'arrivée de nouveaux partenaires parmi lesquels on trouvera le Museum américain d'Histoire naturelle, soit une institution dont l'éducation n'est pas la vocation première.

Cette institution proposera de la formation continue aux enseignants américains. D'autres institutions intègreront Coursera avec la même préoccupation : offrir aux enseignants et aux districts scolaires des solutions de formation continue abordables, adaptées à leurs préoccupations immédiates, et de grande qualité. Dave Levin, co-fondateur du réseau KIPP (écoles gratuites dans lequelles on prépare les jeunes issus de milieux déavorisés à l'entrée au college), proposera par exemple un cours intitulé "Teaching Character and Creative Positive Classrooms". 

Daphne Koller insiste sur le fait que ces cours permettront aux enseignants les suivant d'intégrer un réseau de pairs qui dynamisera leurs pratiques. Elle espère aussi que les districts scolaires deviendront prescripteurs de ces formations, bien adaptées aux emplois du temps chargés des enseignants et surtout gratuits, alors que les formations proposées aux enseignants ont ordinairement un coût élevé. 

Selon le Seattle Times, ce focus sur les enseignants témoigne de la volonté des fondateurs de Coursera d'orienter leur offre de cours vers la formation professionnelle. Les adultes souhaitant acquérir un complément de compétences pour améliorer leur carrière ou rerouver un emploi constituent en effet une cible très prometteuse : ils sont motivés, n'ont pas systématiquement besoin de certification académique, et ne disposent pas du temps nécessaire pour suivre un cursus complet en présence ou à distance. 

En Europe...

 

En Europe, l'offre de MOOCs est beaucoup moins abondante qu'aux Etats-Unis et aucun acteur continental ne se dégage encore. Néanmoins, on commence déjà à observer chez les opérateurs européens des scénarios d'usages des MOOCs similaires à ceux que nous venons de décrire. Si l'on se rend sur la plateforme Miriada X, créée par l'université de Madrid mais ouverte à toutes les universités hispanophones, on découvrira plusieurs cours directement adressés aux enseignants (exemple : Tecnologías Educativas, Universitat Politècnica de València) ou aux personnes en quête d'amélioration professionnelle, tel ce cours sur l'entrepreneuriat. Le thème de l'entrepreneuriat fut d'ailleurs celui du premier MOOC en espagnol, qui a connu un beau succès. 

Chez les Britanniques, Future Learn se prépare à faire une entrée en fanfare dans le monde des MOOCs. La participation du British Council et du British Museum laisse penser qu'ici aussi, nous trouverons des offres intéressant directement les enseignants et les professionnels, notamment ceux qui veulent muscler leur niveau d'anglais. 

L'offre de MOOCs en français reste beaucoup plus modeste, même si de bonnes nouvelles sont à espérer pour la rentrée 2013. Marcel Lebrun a néanmoins déjà évoqué la possibilité d'utiliser les MOOCs comme ressource de base dans des cursus universitaires en présence. ENACO, école de commerce à distance, a annoncé son premier MOOC, consacré au management interculturel en Europe. 

Les MOOCs continuent donc d'évoluer, à la recherche d'un public stable qui se substituera peu à peu aux enthousiastes versatiles des premières heures. Leur avenir semble clairement se dessiner au moins autant du côté de la formation professionnelle continue que dans le monde académique, ou l'agressivité de leur positionnement ne fait pas que des heureux. Nous aurons l'occasion de développer ce point dans notre prochain article. 

 

RÉFÉRENCES

McGuire, Robert. "EdX and San Jose State Announce Partnership for MOOCs In Blended Classes." moocnewsandreviews.com. 10 avril 2013. http://moocnewsandreviews.com/san-jose-state-edx-partnership/.

SWSWEdu. "SXSWedu 2013 - MOOC Keynote Conversation." YouTube. Mis en ligne le 5 avril 2013. http://www.youtube.com/watch?v=IzhgRPp9yrY

Dubé, Jean-Sébastien. "Les MOOC en mode hybride: une solution pour les cours d’appoint?" L'éveilleur. 1er mai 2013. http://www.ssfudes.com/veille/leveilleur/16254/les-mooc-en-mode-hybride-une-solution-pour-les-cours-dappoint/.

Pope, Justin. "Coursera to offer new MOOC options for teachers | Nation & World." The Seattle Times. 30 avril 2013. http://seattletimes.com/html/nationworld/2020894083_apusonlinecoursesteachertraining.html.

Miriada X http://miriadax.net/home 

Future Learn http://futurelearn.com/ 

Illustration : Peshkova, Shutterstock.com

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire