Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Les MOOCs vont-ils tuer la formation à distance ?

Créé le jeudi 30 mai 2013  |  Mise à jour le lundi 3 juin 2013

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Les MOOCs vont-ils tuer la formation à distance ?

La question qui sert de titre à cet article peut sembler absurde : les MOOCs sont des produits de formation à distance et ne pourraient exister sans les moyens numériques de diffusion de contenu et de communication. 

Mais si nous posons cette question, c'est qu'entre les MOOCs et la formation à distance telle que nous la connaissons, la pratiquons et la défendons depuis près de 20 ans, il y a des différences importantes. Et l'engouement actuel pour les MOOCs étouffe la voix de ceux qui ont patiemment construit la formation en ligne et n'ont jamais cessé de répondre aux critiques dont elle faisait l'objet. 

Les MOOCs, de la formation en ligne au rabais ?

Les plus enthousiastes défenseurs des MOOCs ne sont pas les acteurs aguerris de la formation à distance. Dans la première enquête sur les concepteurs de MOOCs, réalisée par The Chronicle of Higher Education , on constate que les enseignants qui se sont lancés les premiers dans les MOOCs n'étaient auparavant pas favorables au e-learning. Leur opinion a changé avec les MOOCs, alors-même que ces cours massifs sont considérés comme de la formation à distance au rabais par les puristes du e-learning : les apprenants y sont peu ou pas encadrés et accompagnés, les connaissances y sont plus transmises que construites au travers de cours magistraux, l'évaluation touche avant tout les savoirs et non les compétences. Bien entendu, tous les MOOCs ne présentent pas ces défauts avec la même force. Mais l'on peut avancer que les xMOOCs distribués par les universités représentent malgré tout le triomphe de la pédagogie universitaire ancestrale, basée sur le cours magistral, qui a enfin trouvé sa place sur la toile.

On est très loin alors des ambitions de rénovation pédagogique portée par les praticiens chevronnés du e-learning adeptes du socioconstructivisme, d'une scénarisation pédagogique sophistiquée, des plateformes de cours aux multiples fonctions et d'un accompagnement serré des apprenants tout au long de leur parcours. Pourquoi cette approche qualitative n'a t-elle pas rencontré le succès au fil du temps ? Ne risque t-elle pas de se faire balayer par les chars des MOOCs qui avancent en rangs serrés sur le champ de bataille de la formation en ligne mondialisée ? Et si les MOOCs remportent le combat, cela signifiera t-il que les acteurs éducatifs auront sacrifié la qualité de l'éducation au profit de sa distribution massive ? 

La formation en ligne, toujours une affaire d'experts

Nous perdrions beaucoup en réduisant le scénario prospectif de l'avenir de la formation en ligne à cette confrontation élémentaire, à l'affrontement éternel entre la qualité et la quantité, les gentils et les méchants. Il faut bien admettre en effet que la FAD telle qu'elle existe depuis vingt ans est restée une affaire de spécialistes : informaticiens d'abord, qui ont créé les cours sur étagère (formations standardisées distribuées sur supports numériques) et les premiers LMS; pédagogues ensuite, qui ont utilisé les outils et supports numériques pour expérimenter au jour le jour de nouvelles façons de collaborer avec les apprenants dans la construction des savoirs. Mais l'enseignant "normal", plus attaché à sa discipline qu'à la technique informatique et peu disposé à abandonner son rôle de sachant devant des étudiants qui le confortent d'ailleurs volontiers dans cette position, s'est rarement senti à l'aise dans le discours et les pratiques du e-learning. Des efforts considérables ont été consentis par les conseillers pédagogiques, responsables des TICE et autres évangélistes des nouvelles technologies pour le familiariser avec la FAD, avec plus ou moins de succès. 

Et les MOOCs arrivent, qui nous laissent penser que finalement, la FAD, ce n'est pas si compliqué. Qu'avec quelques moyens financiers et une bonne stratégie de communication, tout le monde peut en faire, sans changer grand chose à ses habitudes. Qu'enfin, la formation en ligne atteint des millions de personnes, y compris dans les coins les plus reculés de la planète (à condition toutefois d'avoir de l'électricité et quelque chose pour se connecter à Internet). Que bien sûr, 90 % des inscrits à un MOOC échouent, mais que le nombre de ceux qui réussissent est aussi important que 10, 50 ou 100 promotions du même cours donné en présence. Et que ceux-là ont eu accès à la formation sans débourser un sou. 

Alors, les MOOCs vont-ils tuer la formation à distance ? Le débat est loin d'être clos, et il mérite d'être alimenté par de nombreux acteurs : institutions et enseignants académiques, étudiants, organismes de formation professionnelle (les MOOCs ayant certainement un important rôle à tenir dans ce secteur), responsables RH, travailleurs, opérateurs multimédias, spécialistes de l'apprentissage et du e-learning, pouvoirs publics... Les espaces de rencontres multisectorielles sont rares, mais essentiels. 

Nous aurons le plaisir de participer à l'une de ces conférences multi-acteurs le 4 juin prochain à Paris :

MOOC et formation continue - Les nouveaux modèles de la formation en ligne. Conférence organisée par CCM Benchmark et Orange. Université Paris Dauphine. Programme, tarif et inscriptions : http://www.ccmbenchmark.com/conference/720-mooc-et-formation-continue

Illustration : Lightspring, Shutterstock.com

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Bruno Devauchelle
  • 30 mai 2013 à 10 h 10

Oui mais

De fait, on reprend les mêmes et on recommence près de quinze années plus tard.... Après la FAD, la FOAD, puis le elearning, puis le blended, et maintenant les moocs... Tout cela, ce sont des offres de formation.... au vu du nombre d'abandon et d'échec de ces dispositifs, il ne faut pas être trop regardant (comme dans l'histoire du CNED)... N'oublions pas que ce n'est pas parce qu'il y a une offre et des inscrits qu'une formation est pertinente... il fait encore qu'il y ait des apprentissages effectifs et surtout des personnes qui, effectivement, les réalisent....

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