Par Christine Vaufrey  | redaction@cursus.edu

Apprendre en faisant, dans les MOOC aussi

Créé le lundi 1 décembre 2014  |  Mise à jour le mardi 2 décembre 2014

Apprendre en faisant, dans les MOOC aussi

Malgré les critiques dont ils font l'objet depuis cette rentrée universitaire, les MOOC continuent de tracer leur chemin sur la toile. D'après Mooc Francophone, le répertoire de référence des MOOC en français, pas moins de 70 cours massifs débutent ou sont en cours de distribution en ce mois de décembre. Il doit bien y avoir un public pour tous ces cours-là, puisque leurs concepteurs ont pris la peine de les élaborer. Ils ne se sont quand même pas lancés dans une entreprise aussi ardue sans l'avoir vérifié.

 

Un si grand désir d'apprendre

Les MOOC méritent-ils leur succès ? Sur le principe, très certainement. Qui aurait pu imaginer qu'après 15 ans d'école et plus, autant de gens se ruent sur des cours parfois très austères, s'éclatent à faire des quiz et cherchent à tout prix à obtenir 20/20 quand un petit 14 seulement est exigé pour décrocher une récompense ? On comprend sans peine que des populations vivant dans des conditions difficiles rêvent d'améliorer leur sort grâce à la formation. Mais que des centaines ou milliers de personnes bien insérées, avec un emploi, un logement, une vie sociale... suivent avec entrain des cours de grec pour débutants ou de storytelling pour managers, voilà qui rend optimiste sur les capacités de transformation de nos sociétés, n'en déplaisent aux esprits chagrins qui nous prédisent le naufrage, voire le suicide à très court terme. 

Mais si les MOOC ont fait émerger un désir d'apprendre largement partagé (surtout, à de rares exceptions près, par ceux qui savent déjà beaucoup), remplissent-ils leur promesse ? Autrement dit, apprend-on vraiment, dans un MOOC ? 

 

Des expériences d'apprentissage de qualité inégale

Ca dépend. On imagine sans peine qu'après avoir regardé une douzaine de vidéos de cours magistraux et réalisé autant de quiz de mémorisation, le participant à un MOOC classique ne dispose pas d'un savoir fortement ancré. D'ailleurs, s'il refait les quiz dans quelques mois (semaines, jours...), il constatera sans doute qu'il a tout oublié. Peu importe, il a obtenu sa note, ou son badge.

D'autres MOOC proposent en revanche une expérience d'apprentissage plus significative. Ce sont ceux qui promeuvent l'apprentissage par la tâche et par l'interaction. 

L'apprentissage par la tâche est sans aucun doute le plus efficace de tous. "J'écoute et j'oublie. Je vois et je retiens. je fais et je comprends" : ce vieil adage (chinois, forcément chinois) cher au coeur de tous les adeptes des pédagogies actives mérite d'être ajouté à la panoplie des "mooconcepteurs".

Certaines plateformes facilitent considérablement la création des tâches proposées aux participants. C'est le cas de Smart Sparrow, plateforme d'eLearning développée en Australie et utilisée notamment par un enseignant de l'université d'état de l'Arizona. Il y a développé des parcours pédagogiques desquels il a banni tout apport frontal de contenus, au profit des défis et tâches à réaliser par les participants. En fonction de leurs résultats, ces derniers reçoivent alors, en retour immédiat, des recommandations de ressources ou des informations leur permettant de recommencer avec un risque d'erreur moindre. Plus fort encore : les exercices et ressources sont indexés en fonction des capacités cognitives qu'ils mobilisent. L'enseignant peut observer les parcours d'apprentissage de chacun des participants, repérer ce qui lui a posé problème et lui proposer des stratégies de résolution adaptées à ses difficultés récurrentes. 

On s'en doute, l'usage d'une telle plateforme est relativement onéreux et s'avère plus adapté à de l'eLearning diplômant (ie : des parcours payants, dans lesquels de forts taux d'échec ne seraient pas tolérables), même suivis par de grands groupes, qu'à des cours totalement ouverts. 

 

Apprendre en faisant, dans les MOOC aussi

Mais il n'est pas nécessaire de s'équiper de la Rolls des plateformes pour améliorer significativement les parcours d'apprentissage proposés dans les MOOC. Ce n'est pas l'outil qui fait le pédagogue, mais bien sa capacité à créer des activités d'apprentissage engageantes, au travers desquelles les participants pourront d'une part manipuler des concepts et articuler des faits, et d'autre part vérifier qu'ils en savent plus après qu'avant. Si tout ça est, en plus, ludique et social, c'est gagné. 

La dimension sociale des MOOC, si présente lors de leur naissance au Canada, a été largement sous-estimée. Nombre de forums de MOOC restent déserts, car cantonnés à un rôle cosmétique : "Vous avez une question ? Posez-la ici !" est une phrase trop souvent lue. Des forums judicieusement placés à côté des ressources principales (comme sur FutureLearn, la plateforme britannique) et/ou accueillant les traces des activités proposées dans le cours remplissent pleinement leur fonction sociale, dès lors que les participants peuvent y tenir des conversations, manifester leur intérêt pour les contributions des uns et des autres et y poster des ressources complémentaires, qui élèvent alors le cours à une dimension supérieure, celle de l'intelligence en réseau. 

Cette massification effective fait encore peur à de nombreux formateurs qui craignent de se noyer dans le flot des contributions. Si le "noyage", comme le disait Dave Cormier lors du premier webinaire d'ITyPA en 2012, fait partie de l'expérience initiatique de tout mooqueur, il ramène le formateur à sa dure condition d'individu aux moyens limités, incapable de lire, traiter, valoriser toutes les contributions et génère chez lui un fort sentiment d'impuissance, voire de culpabilité.

 

Le web sémantique pour traiter les données produites par les participants

On assiste aujourd'hui à un regain d'intérêt pour le web sémantique appliqué à l'eLearning, précisément à cause des problématiques qui ont émergé dans les MOOC. Soyons clair : l'outil qui vous permettra, d'un simple clic, de visualiser les lignes de force d'un forum de plusieurs milliers de messages n'est pas encore né. Mais des avancées importantes ont déjà eu lieu, comme la création de la norme Tin CAN API, appelée à remplacer la norme SCORM dans les plateformes d'eLearning, qui laisse le concepteur décider de ce qu'est une expérience d'apprentissage et donc enrichit considérablement les profils des participants.

"Les MOOC peuvent-ils réparer l'eLearning ?" interroge le créateur de la plateforme Smart Sparrow. Si les applications et plateformes progressent rapidement en réponse à la situation inédite dans le domaine éducatif que proposent les MOOC, il revient bien au "mooconcepteur" d'implémenter, sans attendre l'outil parfait, les conditions minimales d'un apprentissage de qualité. Il ne sera probablement pas suivi par l'ensemble des participants à son cours, mais ceux qui ne sont pas venus pour regarder la télé lui seront reconnaissants de son travail. 

Références :

Estival, Laurence. "Face aux critiques, les Mooc revoient leur copie." L'Express. 27 octobre 2014. http://www.lexpress.fr/emploi/formation/face-aux-critiques-les-mooc-revoient-leur-copie_1612659.html.

Vaufrey, Christine. "Un MOOC, est-ce un cours ?" SlideShare. 20 novembre 2014. http://fr.slideshare.net/christing/un-moocestceuncours.

E-teach. "Comprendre Tin Can API : ce que cela change pour le e-learning." 8 novembre 2013. http://www.e-teach.ch/blog/index.php?post/2013/11/08/Comprendre-Tin-Can-API-apports-e-learning.

Ben-Naim, Dror. "The MOOC Completion Conundrum: Can 'Born Digital' Fix Online Education?" WIRED. 21 août 2014. http://www.wired.com/2014/08/mooc-completion-conundrum-can-born-digital-fix-online-education/.

Illustration : travail réalisé par un participant au MOOC sur Andy Warhol proposé par l'Université d'Edinburgh sur Coursera, Tumblr.

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