Par Nicolas Le Luherne  | n.leluherne@cursus.edu

Échec scolaire, ce que nous enseigne la FAD

Créé le dimanche 22 février 2015  |  Mise à jour le lundi 9 mars 2015

Échec scolaire, ce que nous enseigne la FAD

« L’éducation est le point où se décide si nous aimons assez le monde pour en assumer les responsabilités, et, de plus, le sauver de cette ruine qui serait inévitable sans ce renouvellement et sans cette arrivée de jeunes et de nouveaux venus » Hannah Arendt.

L’échec scolaire est une ruine pour la société car il gâche des talents potentiels. L’échec scolaire c’est bien sûr l’élève qui nous semble avoir de mauvaises performances. C’est, aussi, celui qui décroche car sa présence en classe ne fait pas sens. C’est cet élève qui ne vient plus par phobie scolaire et à qui nous ne fournissons pas d’alternative. Mais c’est peut-être l’élève qui traverse la scolarité sans que l’on ne le remarque et à qui on n’a pas su révéler toutes ses promesses…

La crise de la culture, c’est bien l’échec scolaire parce que c’est l’échec des valeurs partagées, du bien commun qu’est l’avenir transmis par l’éducation. C’est le signe d’une méconnaissance de l’apprenant dans sa complexité. Elle nous amène à réfléchir aux difficultés qu’ils rencontrent, en particulier les plus fragiles, face à l’éducation et forcément au numérique. Finalement, comment la FAD peut-elle être une mise en échec à l’échec scolaire.

Le mythe d’une génération Z ou digital-native ultra connectée et intégrée.

L’article d’Atlantico : Et maintenant, la génération Z… et ça ne va pas en s’arrangeant nous aide à mieux nous représenter ce qu’est  cette nouvelle génération. Notre propos n’est pas de faire la typologie de ses caractéristiques mais elle est dit notamment digital native ou plus simplement née dans le bain du numérique. Effectivement, à la lecture d’articles tel que : Exigeante, dynamique et motivée : que veut la génération Z ? de Francis Méléard dans l’édition numérique des Echos; on pourrait penser que les adolescents et jeunes adultes sont hyper adaptés à notre monde toujours plus digital. Généraliser est souvent caricaturer comme le montre l’article de Slate : La fracture numérique existe aussi chez les «digital natives» ou encore l’entretien accordé par Gérard Valenduc à Damien Leloup le 18 décembre 2009  L'autre fracture numérique : celle des 16-25 ans. Tous nos élèves n’ont donc pas de culture numérique.

Lutter contre l’analphabétisme numérique.

C’est ainsi que nous nous pencher sur ce qu’il manque à ces apprenants exclus de fait de la génération Z. Dans Rapports et Documents : le fossé numérique en France  Vincent Chriqui dresse 3 types de fossé : générationnel, social et culturel. Si le premier nous concerne moins, les 2 autres sont plus pertinents pour notre réflexion. Les couches les plus populaires de notre société sont victimes de la fracture numérique. Elle a pour conséquence l’absence d’accès à la culture du digital et donc la construction d’une génération d’«analphabètes numériques». Le danger, c’est que cette génération ne puisse s’adapter au marché du travail de demain. Lutter contre l’échec scolaire, c’est combattre l’illectronisme pour donner aux apprenants les clefs du monde de demain.

La FAD comme médecine douce.

Soutenue par une politique volontariste, les techniques de la FAD peuvent constituer une médecine douce contre cet handicap culturel. C’est un outil qui permet de s’adapter à chacun. Quand on travaille dans une formation à distance, deux stratégies sont importantes : l’empathie et l’écoute active. En effet, la distance nous oblige à créer un lien professionnel et réel avec les participants. La communication est primordiale. Le formateur est proactif, il anticipe les besoins. L’écoute active nous apprend à décoder les signaux d’alarme et donc à singulariser notre approche. Nous nous adressons à l’individu et non simplement au membre du groupe classe. C’est en cela que la FAD constitue une rupture et une continuité pédagogique. Que signifie cet oxymore ? Apprendre autrement et assurer un lien différent avec le participant. Le formateur est tour à tour expert, facilitateur, mentor et tuteur. C’est l’ « ADN » de la formation à distance.

Cicatriser la rupture scolaire :

Daria Filimonova

Je file la métaphore médicale car il s’agit d’offrir un moyen de réconcilier le jeune à sa formation. Les solutions peuvent être envisagées de manière thérapeutique. En effet, lorsque nous parlons de phobie scolaire, il convient de mettre en place un rétro-planning de réintégration en milieu classique d’apprentissage. Penser au retour en classe et donc élaborer des étapes pour lutter contre l’angoisse. Il ne faut pas ajouter à la phobie, la rupture totale de la classe.

L’apprenant doit toujours se sentir comme membre à part entière de la communauté. Il s’agit de multiplier les occasions d’interagir par la mise à disposition sur une plateforme d’apprentissage des éléments du cours. Le message est direct, « tu es peut-être absent physiquement de la classe mais tu es un acteur du parcours d’apprentissage ». Une fois prêt, nous pouvons mettre en place une classe virtuelle pour que le jeune puisse suivre une séance. Une visioconférence c’est l’occasion de participer de manière synchrone aux activités et donc d’être un acteur légitime. Les réseaux sociaux sont une autre manière de communiquer en s’appuyant sur « l’habitus ». Enfin, le lien spécifique élève apprenant au travers de la messagerie électronique permet de consolider ce sentiment d’appartenance.

Evaluer autrement pour restaurer l’image de soi :

Enfin, la FAD est une pédagogie du réel qui s’inspire des pratiques sociales. Il est important pour progresser de se sentir compétent et légitime. S’il est bien une valeur partagée par toute une génération, c’est la pratique des jeux-vidéos. L’émergence des jeux en réseaux, grâce au développement d’internet, a permis l’apparition du «team», une nouvelle forme d’équipe, de collectif. La pratique collaborative est au centre de la réussite. Jouer dans ce cadre c’est négocier, discuter, être stratège pour accomplir l’objectif commun.

En réseau ou simplement dans son salon, la réussite est récompensée par un badge. C’est un langage évaluatif que connaissent les apprenants. Quand il joue, l’échec à une mission est une étape. La compétence s’acquiert de manière progressive. Il représente de manière concrète la compétence acquise et est moins stigmatisant qu’une mauvaise note. Finalement, prendre l’élève en échec scolaire dans le cadre ses pratiques, c’est le mettre sur le chemin de la confiance et donc de la réussite.

La FAD une arme contre l’échec.

S’appuyer sur les valeurs et les pratiques de la génération qui vient, c’est faire un pas vers l’autre. C’est accepter l’élève tel qu’il est et non pas tel que l’on le souhaiterait. C’est l’inclure dans notre culture, lui dire que la sienne a toute sa place dans celle de l’école. Un apprenant légitime aura moins de mal à se mettre en danger pour dépasser ses difficultés. Dans ce défi la philosophie pédagogique et les outils de la FAD sont une arme au service de la réussite de chacun. Comme le disait Churcill : « Le succès c'est être capable d'aller d'échec en échec sans perdre son enthousiasme.». 

Illustration Haut : Racorn - ShutterStock
 Centre de l'article : Daria Filimonova- ShutterStock

Sources

Hannah Arendt, La Crise de la culture, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 1972

Et maintenant, la génération Z… et ça ne va pas en s’arrangeant, Eric Delacroix, Atlantico, 26 juin 2014.
http://www.atlantico.fr/decryptage/et-maintenant-generation-z-et-ne-va-pas-en-arrangeant-eric-delcroix-1635627.html#SdiXp5qphjH46xQm.99

Exigeante, dynamique et motivée : que veut la génération Z ? Francis Méléard, Les Echos, 11 février 2015.
http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-123375-la-generation-z-ideale-pour-la-transformation-digitale-1092223.php?HcitwhwU1c4gFmSu.99

La fracture numérique existe aussi chez les «digital natives», Jean-Laurent Cassely, Slate, 19 janvier 2015.
http://www.slate.fr/story/96995/fracture-numerique-existe-aussi-digital-natives

L'autre fracture numérique : celle des 16-25 ans, entretien avec Gérard Valenduc, Le Monde, 18 décembre 2009
http://www.lemonde.fr/technologies/article/2009/12/18/l-autre-fracture-numerique-celle-des-16-25-ans_1282850_651865.html#cvXK0QqkUFS50YKi.99

Le fossé numérique en France, Rapports et documents n°34, 2011.
http://www.enssib.fr/bibliotheque-numerique/documents/61403-le-fosse-numerique-en-france.pdf

L’illectronisme, nouvelle grande cause nationale?, Mathieu Perrichet, Slate, 10 mai 2013
http://www.slate.fr/story/71745/illectronisme-illettrisme-grande-cause-nationale

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Commentaires

1 commentaire

Icône - Visage inconnu
  • Pasky
  • 5 mars 2015 à 13 h 01

Petites étourderies:

«mais elle est dit notamment digital native» : accord «C’est ainsi que nous nous pencher »: ... «Je file la métaphore médicale car il s’agit d’offrir un moyen de réconcilier le jeune à sa formation»: mais qui est « le jeune»? + attention à ne pas mettre sur le même plan vos sources cf les articles que vous citez pour argumenter : Slate, Les Échos car ils n'obéissent ni à la même déontologie, ni à la même méthodologie.

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