Par Philippe Menkoué  | p.menkoue@cursus.edu

2000 – 2015 : où en est-on avec l'Education pour tous ?

Créé le mardi 25 août 2015  |  Mise à jour le samedi 16 janvier 2016

2000 – 2015 : où en est-on avec l'Education pour tous ?

« L’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde » disait Nelson Mandela. C’est peut-être conscient de cela que les 164 gouvernements réunis à Dakar au Sénégal en 2000, dans le cadre du Forum mondial sur l’éducation, avaient adopté le Cadre d’action de Dakar pour l’Éducation pour tous : tenir nos engagements collectifs.

Un programme ambitieux qui visait à atteindre, en marge des fameux objectifs du millénaire pour le développement (OMD), six (06) objectifs spécifiques, en vue de rendre l’éducation véritablement universelle en 2015.

A quelques mois de l’échéance, l’heure est donc aux bilans certes, mais aussi et surtout, à des réflexions autour de l’élaboration d’un agenda pour l’après-2015. C’est du moins le propos du rapport intitulé Éducation Pour Tous 2000-2015 : progrès et enjeux, lancé par l’UNESCO en avril dernier.

Ce document de 472 pages (par ailleurs principal instrument d’évaluation des progrès réalisés, à l’échelle mondiale, dans la réalisation des six objectifs de l’EPT définis à Dakar), dresse un état des lieux des progrès accomplis dans chaque pays jusqu’ici, analyse les facteurs qui ont influé sur le rythme de ces progrès et présente les perspectives envisagées pour l’après-2015. Et les faits semblent parler d’eux-mêmes.

Un bilan mitigé

Irina Bokova, directrice générale de l’UNESCO, le reconnait déjà dès la préface qu’elle signe : « d’immenses progrès ont été accomplis partout dans le monde depuis 2000, mais nous n’avons pas atteint notre but. Malgré tous les efforts entrepris par les gouvernements, la société civile et la communauté internationale, le monde n’a pas réalisé l’Éducation pour tous et (…) au bout de quinze années de suivi le bilan est décevant».

L’on apprend ainsi par exemple que, « sur les 73 pays qui affichaient un taux d’analphabétisme inférieur à 95 % en 2000, seuls 17 auront réduit ce taux de moitié en 2015 » et que  « bien que l’on constate une certaine augmentation des taux de scolarisation, près de 58 millions d’enfants n’étaient pas scolarisés en 2012, et les efforts de réduction de ce chiffre stagnent ».

Une situation peu enviable dont les causes sont légion.

De nombreux facteurs à l’origine

Difficultés de financement de l’éducation, persistence de conflits dans certaines régions, problèmes d’alimentation, abandons scolaires et mauvaise qualité de l’apprentissage au niveau du primaire par exemple, autant de raisons et bien d’autres qui font qu’aujourd’hui, « seulement un tiers de ces pays ont atteint tous les objectifs mesurables de l’EPT et la moitié seulement ont atteint l’objectif crucial de l’enseignement primaire universel », comme le reconnait l’UNESCO elle-même.

En outre, tous ces objectifs ne semblent pas avoir bénéficié de la même attention. En effet, comme l’affirmait Abdourahamane Diallo, Représentant de l’UNESCO en RDC lors du lancement de ce rapport à Kinshasa, en avril dernier : « certains objectifs – comme l’éducation et la protection de la petite enfance (EPPE), l’apprentissage des jeunes et des adultes, l’alphabétisation des adultes et la qualité de l’éducation – n’ont pas bénéficié de l’attention nécessaire. La plupart des pays n’étaient pas parvenus à éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire en 2012 ».

De même, l’absence de données sur certains pays, entrave considérablement les possibilités de dresser un bilan exhaustif de ces progrès.

Quelques succès tout de même

Le rapport signale cependant que « en 2012, au niveau international, 184 millions d’enfants étaient scolarisés dans l’enseignement préprimaire, soit une progression de près de deux tiers par rapport à 1999 » par exemple. Idem pour les taux nets de scolarisation dans le primaire qui se sont « sensiblement améliorés et devraient atteindre 93 % en 2015, contre 84 % en 1999 ».

Des faits et d’autres qui obligent à envisager l’avenir de manière plus sereine.

Redoubler d’efforts pour l’après-2015

C’est du moins la leçon à tirer de ce rapport. Le chapitre 9 s’attèle ainsi à « un examen critique des cibles d’éducation proposées pour l’après-2015 et formule quelques recommandations essentielles à cet effet, ndlr » en vue d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD). « Pour être efficaces, celles-ci (les cibles, ndlr) doivent être précises, mesurables, réalistes et pertinentes. Les questions d’équité doivent être énoncées clairement pour que personne ne soit laissé pour compte » peut-on y lire entre autres.

Les gouvernements et autres bailleurs de fonds concernés, devraient donc s’y mettre résolument afin que l’après-2015 soit une ère véritablement nouvelle, résolument tournée vers des actions concrètes et non plus aux beaux discours.

 

Rappel des six (06) objectifs de l’EPT fixés à Dakar en 2000 :

- Objectif N°1 : Éducation et protection de la petite enfance

- Objectif N°2 : Enseignement primaire universel

- Objectif N°3 : Compétences des jeunes et des adultes

- Objectif N°4 : Alphabétisme des adultes

- Objectif N°5 : Parité et égalité entre les sexes

- Objectif N°6 : La qualité de l’éducation

 

Références :

- Rapport mondial de suivi sur l’EPT 2015 - Éducation pour tous 2000-2015 : progrès et enjeux. UNESCO, 2015. Pour télécharger (gratuitement) le rapport : http://unesdoc.unesco.org/images/0023/002324/232433f.pdf

- Le Rapport mondial de suivi sur l’EPT lancé à l’échelle mondiale. UNESCO. 10 avril 2015. Lien : http://www.unesco.org/new/fr/education/resources/in-focus-articles/efa-global-monitoring-report-launched-around-the-world#.VdxdoyV_Oko

- M’Buy, S.H. Lancement du Rapport mondial 2015 de suivi sur l’EPT. L’Avenir. 7 mai 2015. Lien : http://groupelavenir.org/lancement-du-rapport-mondial-2015-de-suivi-sur-lept/

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