Par Philippe Menkoué  | p.menkoue@cursus.edu

Besoins énergétiques en Afrique : comment on fait face

Créé le lundi 11 janvier 2016  |  Mise à jour le mercredi 11 janvier 2017

Besoins énergétiques en Afrique : comment on fait face

L’accès à l’énergie électrique demeure encore un luxe pour nombre d’africains. Un mal pour un bien, serait-on tenté de dire, dans la mesure où ce contexte semble stimuler la créativité des africains (et pas seulement) qui, las d’attendre en vain des initiatives venant des pouvoirs publics, rivalisent d’ingéniosité pour trouver des solutions alternatives pour combler les besoins énergétiques de leurs domiciles, leurs quartiers, leurs villes et même de leurs pays tout entier. Voici quelques unes de ces initiatives.

De l'ombre à la lumière

Comme le montrent les dernières données1 de la Banque mondiale (couvrant la période 2011-2015), dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, plus de la moitié de la population n’a pas accès à l’électricité. Une situation qui inspire de nombreux acteurs, résolus à faire sortir l’Afrique de « l’ombre » à partir d’idées telles que :

Produire de l’électricité à partir de bouses de vaches

C’est ce à quoi s’attèle la société sud-africaine Bio 2 Watt2. Comme bien d’entreprises de recyclage de biomasse, son modèle se base « sur une transformation classique des déchets biodégradables en méthane, puis l’utilisation de ce méthane comme matière première pour produire de l’électricité », comme l’affirme3 Claude Biao. Une prouesse qui fait d’elle aujourd’hui : « le fournisseur exclusif des usines du constructeur automobile BMW en Afrique du Sud » !

Acheter de l’énergie solaire à l’heure, à partir de son téléphone mobile

C’est désormais possible, grâce à l’entreprise kényane M-Kopa4, qui met à la disposition des populations de plusieurs pays d’Afrique de l’Est, « un kit comprenant un panneau solaire, un boîtier de contrôle mural, trois lampes et… un chargeur de téléphone ».

Comme l’explique5 Laure Belot, le principe de ce service est simple : « Un capteur solaire individuel est installé dans chaque foyer moyennant 35 dollars, puis le client s’acquitte de 43 cents par jour sur une durée d’un an. Ce paiement quotidien se fait par téléphone portable interposé, en utilisant, par exemple, les services financiers de la société kényane M-Pesa, structure totalement indépendante et qui rassemble plus de 12 millions de consommateurs ».

Un service qui remporte un franc succès, si l’on se fie au nombre sans cesse croissant des personnes qui y souscrivent.

Des ordures ménagères en guise de combustibles

Le charbon de bois étant l’un des combustibles les plus utilisés par les ménages aux revenus modestes, produire du charbon de meilleure qualité, moins cher et surtout moins polluant, était presque devenu une urgence.

C’est dans ce contexte qu’ont émergé des projets tels que Kemit Ecology6 au Cameroun, qui produit du charbon bio à partir de déchets végétaux (épis de maïs, résidus de cannes à sucre, épluchures de bananes, etc.). Un projet de bioénergie loin d’être isolé car, sur le continent, les initiatives similaires se multiplient.

C’est le cas notamment au Togo, où l’ONG Action en faveur de l’homme et de la nature ambitionne7 elle-aussi, de fabriquer du charbon biologique à partir de balles de riz; ou au Burkina Faso, avec le projet Fasobiogaz8.

Recharger son téléphone en faisant du vélo

C’est désormais possible grâce à deux étudiants kényans (Jeremiah Murimi et Pascal Katana) qui ont mis au point un chargeur intelligent alimenté par la dynamo d’un vélo. Une initiative qui tombe à point nommé dans la mesure où, le vélo est : « le moyen de locomotion le plus fréquent dans les campagnes kényanes. Sa dynamo peut donc être connectée au chargeur du téléphone portable et il faut une heure de pédalage pour recharger entièrement le téléphone. Cette invention vient ainsi soulager ces villageois qui jusque là, devaient parcourir de longues distances pour aller faire charger leurs téléphones à l’aide de panneaux solaires ou de batteries de voitures au prix de deux dollars,», comme l’affirme9 Rufin Patinvoh.

Fabriquer des éoliennes à partir de matériel de récupération

D’une capacité d’un kilowatt par heure, c’est l’une des premières réalisations10 des jeunes entrepreneurs de Ougalab, le tout premier fablab du Burkina Faso. Un projet qui fera certainement des émules.

Des initiatives à encourager que viendront peut-être compléter des projets disposant de moyens financiers et/ou politiques plus importants, tels que le projet Akon Lighting Africa11 du rappeur sénégalo-américain Akon, le très ambitieux « plan Marshall » pour l’électrification du continent prôné12 par l’ancien ministre français de l’écologie, Jean Louis Borloo, ou encore, Power Africa du président américain Barack Obama qui semble peiner13 à décoller, pour ne citer que ceux-là.

Le moment est certainement venu pour l’Afrique de « sortir enfin de l’ombre ».

Illustration : M-Kopa - Site

Références

1. Accès à l’électricité (% de la population) 2011-2015. Banque Mondiale (consulté le) 10 janvier 2016.  Lien : http://donnees.banquemondiale.org/indicateur/EG.ELC.ACCS.ZS

2. Bio 2 Watt. Lien : http://www.bio2watt.com

3. Biao, C. Bio 2 Watt : « personne ne voulait financer une usine de bouses de vaches ». Ecce Africa, 7 décembre 2015. Lien : https://ecceafrica.com/bio-2-watt-financer-usine-bouses-de-vaches/#.VpQJZrbhDtQ

4. M-KOPA Solar, Power for everyone. Page d’accueil site web. (Consultée le 11 janvier 2016). Lien : http://www.m-kopa.com/

5. Belot, L. M-Kopa, quand le soleil éclaire les foyers africains (2/14), Le Monde, 10 juillet 2015.
Lien: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/04/02/m-kopa-quand-le-soleil-eclaire-les-foyers-africains_4608557_3212.html

6. Tenkeu Nandou et Kouagheu, J. Au Cameroun, le charbon écologique à base d’ordures ménagères est lancé, Les Observateurs de France 24. 25 août 2015. Lien : http://observers.france24.com/fr/20150825-cameroun-charbon-ecologique-biologique-ordures-menageres-douala-kemit-ecology

7. Grellier, C. Au Togo, du riz pour remplacer le charbon, Makery, 21 décembre 2015. Lien : http://www.makery.info/2015/12/21/au-togo-du-riz-pour-remplacer-le-charbon/

8. Coulibaly, N. Avec Fasobiogaz, le Burkina recycle ses déchets pour produire de l’électricité, Jeune Afrique, 30 octobre 2015. Lien : http://www.jeuneafrique.com/275689/economie/avec-fasobiogaz-le-burkina-recycle-ses-dechets-pour-produire-de-lelectricite/

9. Patinvoh, R. Charger vos portables à coups de pédales, Ecce Africa, 17 décembre 2015. Lien : https://ecceafrica.com/charger-portables-coup-pedale/

10. Fablab : des makers en action au Ouagalab. Future Mag, 9 décembre 2015. Lien: http://futuremag.asf-prod.arte.tv/fr/fablab-des-makers-en-action-au-ouagalab-futuremag?utm_content=buffer03c70&utm_medium=social&utm_source=twitter.com&utm_campaign=buffer

11. Akon Lighting Africa. Page d’accueil site we. (Consultée le) 10 janvier 2016. Lien : http://akonlightingafrica.com/

12. Châtelot, C.  « Il faut un plan Marshall pour électrifier l’Afrique » (entretien avec J.L. Borloo). Le Monde, 26 mars 2015.  Lien: http://www.lemonde.fr/afrique/article/2015/03/03/il-faut-un-plan-marshall-pour-electrifier-l-afrique_4586493_3212.html

13. Power Africa. Page d’accueil du site web. (Consulté le) 11 janvier 2016. Lien : https://www.usaid.gov/powerafrica

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