Par Frédéric Duriez  | f.duriez@cursus.edu

Des briques de Lego® pour animer des groupes de travail

Créé le mercredi 18 mai 2016  |  Mise à jour le samedi 4 juin 2016

Des briques de Lego® pour animer des groupes de travail

Si vous animez un groupe sur des questions stratégiques, vous disposez de nombreux outils pour mettre les participants en activité. Brainstorming, travail en petits groupes, utilisation de post-it et de techniques d'animation traditionnelles seront au menu. Avec les mêmes questions :

  • Chacun pourra-t-il s'exprimer de manière équilibrée ?
  • Va-t-on en sortir des idées pertinentes, originales et partagées ?

Depuis quelques années, des facilitateurs utilisent des Lego® pour animer ce type de réunions. Les petites briques favorisent la créativité, le travail en groupe et la motivation des participants.

Beaucoup de facilitateurs ont été formés à la méthode et forment une communauté qui communique régulièrement sur cette approche. Cet article doit beaucoup au travail de Laetitia Ramberti qui a rassemblé sur une page pearltree un ensemble de ressources très utile. Le défi qu'elle s'est donné sur tweeter avec un #100DayProject  ou sur Instagram, illustre le pouvoir créatif des briques au delà du Lego® Serious play®.

Les origines

L'utilisation de Lego® pour animer une réunion remonte au milieu des années 90 quand Johann Roos et Bart Victor, alors enseignants à l'IMD de Lausanne l'utilisent... avec une équipe d'encadrement de l'entreprise qui produit les Lego®. Il ne s'agit pas pour eux d'inventer un ice-breaker ou une nième technique d'animation ludique. Le "Lego® Serious play®" va être étudié et développé dans plusieurs universités. Elles mettent en oeuvre les découvertes de Piaget, mais surtout de Seymour Papert.

les précurseurs et les pédagogues

Seymour Papert poursuit le constructivisme de Piaget et propose une approche constructionniste. Selon lui, les techniques d'apprentissage les plus efficaces sont celles où les apprenants doivent construire quelque chose, qu'il s'agisse d'une publication, d'un objet, d'un service, etc.

Dans le même temps, on se passionne pour la distinction "cerveau gauche/cerveau droit, et pour toutes les techniques qui peuvent concilier les approches visuelles et synthétiques avec des techniques plus analytiques.  L'alternance de logos et de Lego® permet d'activer l'ensemble du cerveau.

Et l'analyse du cerveau, nous montre aussi que les mains sont rattachées à de nombreuses connections neuronales. Penser avec ses mains, penser en manipulant des objets doit favoriser la créativité des participants.

Pour poursuivre dans les références pédagogiques, les promoteurs du Lego® Serious play® montrent qu'il développe le flow, en trouvant le juste équilibre entre le défi et les compétences de la personne. Le flow est cette zone où la motivation est optimale, où le temps semble s'arrêter, et où l'on ressent un sentiment d'efficacité.

Plus récemment, certains ont constaté une proximité avec les méthodes de pédagogie inversée. Le travail de construction précède la synthèse et les apports de l'animateur.

L'animateur ou facilitateur est porteur de toutes ces découvertes sur l'engagement, la pensée et la créativité. Et il ne doit pas manquer d'énergie. Laetitia Ramberti confirme :

"Oui, pour le facilitateur il en faut de l'énergie, pour transporter les valises avec les briques ! Le LSP (Lego Serious Play) utilise des pièces particulières, qui permettent de construire plus facilement des modèles complexes. 

Et pendant la séance il faut du souffle aussi car les séquences sont rapides, rythmées, pour maintenir les participants dans le 'flow'.
Il faut aussi du travail en amont, car le facilitateur prépare avec précision le séquençage de son animation, avec une progression dans les défis."

Comment les utiliser ?

une méthode rigoureuse

Un cadre précis

La méthode Lego® Serious Play® est par définition une méthode de pédagogie ou d'animation active. Les lLego® comme le terme "serious play" évoquent le jeu. Mais le jeu ne doit pas faire oublier les objectifs, et les règles sont donc très rigoureuses. 

Ainsi, les participants ne prennent la parole que pour parler d'une pièce, et avec l'accord de l'animateur. Celui-ci les invite régulièrement à ranger les briques... et à ne pas les perdre.

Ces pièces ne sortent pas de n'importe quelle boîte... Elles ont été spécialement conçues par cette entreprise pour répondre aux besoins de ce type d'animation !

Le facilitateur en LSP (Lego® Serious Play®) est certifié. Il appuie son intervention sur un classeur assez précis, qui détaille les étapes, les techniques, les postures de l'animateur, la gestion du groupe, etc.

Une animation structurée

L'animation commence toujours par un échauffement. Progressivement, les participants manipulent les pièces, et finissent par produire une métaphore. La métaphore est un élément essentiel de la méthode du serious game Lego®. Progressivement, en groupe, ils combinent les modèlent et racontent une histoire. 

Ce cadre évite les freins ou les appréhensions que les participants pourraient ressentir face à cette méthode. Selon Laetitia Ramberti :

"Il n'y a pas d'appréhensions de la part des participants. Les premiers exercices de construction (une heure environ) sont là pour ça : les participants s'approprient l'outil et la méthodologie. Le facilitateur en profite pour expliquer les concepts de base de LSP, sa finalité, ses avantages, la méthode à suivre. C'est en faisant que les participants comprennent la démarche.
Les participants ne sont pas des stagiaires. Ilne s'agit pas de formations. D'ailleurs le meneur de jeu s'appelle facilitateur. L'idée est de faire avec le savoir - connu ou caché - des participants. Même si'l est possible d'imaginer que le Lego® Serious play® fasse émerger des bonnes pratiques qui seraient ensuite réutilisées dans le cadre d'une formation."
 

La démarche se déroule ensuite en quatre étapes

  1. Le facilitateur pose une question claire. C'est un challenge à partir duquel les participants vont créer une histoire.
  2. Ils construisent ensuite un modèle avec les briques. Ils développent des métaphores.
  3. Ils racontent ensuite une histoire à partir du modèle qu'ils ont construit. Chacun va être amené à prendre la parole.
  4. Le facilitateur fait une synthèse, fait des rapprochements entre les présentations, etc.
     

Les lectures et vidéos sur le Lego® Serious play® renvoient parfois une image assez contraignante et rigoureuse. Laetitia Ramberti nous explique : 

"Oui, la méthode est contraignante. Et c'est en respectant les consignes et les contraintes que la 'créativité' peut faire émerger des réponses et des idées 'out of the box'. 

Les participants sont réunis autour d'un thème/une question qui les concernent tous. On part avec le présupposé qu'ils ont tous des réponses/idées à donner. Le facilitateur, après les premiers exercices de mise en jambe, lance des défis (sous forme de question en général, ni trop simple, ni trop compliquée - Robert Rasmussen, formateur en LSP, avait l'habitude de nous dire '"is the question sufficiently unclear?" ("Est-ce que la question est suffisamment floue ?") car si c'est trop simple on ne va pas chercher trop loin la réponse et du coup on n'apporte pas grand chose de nouveau. C'est intéressant au contraire, d'être un peu en inconfort et de se 'creuser les méninges'. Et les participants construisent, racontent, échangent."

 Les sous-groupes

Les groupes peuvent être assez nombreux, à condition bien entendu de créer des sous-groupes, et de disposer de plusieurs facilitateurs. Laetitia Ramberti apporte quelques précisions :

"Les groupes autour d'une table se composent de 6 à 8 personnes, parfois 8 à 10. Un facilitateur s'installe à chaque table, car chaque table va développer son langage, créer son 'paysage'. Il est d'ailleurs étonnant de voir que quand les questions et les défis proposés par le facilitateur sont les mêmes, les tables avancent vraiment en parallèle. Il est possible donc d'animer des séances pour des grands groupes de personnes, avec plusieurs facilitateurs."

Le succès de cette méthode tient à une bonne cohérence entre la marque et les facilitateurs.

La communauté qui développe et promeut cette technique est très active. Elle fait gratuitement une communication enthousiaste et abondante sur pour l'entreprise qui produit les Lego®. De son côté, l'entreprise a très vite considéré les facilitateurs comme un segment à part entière, et les a aidé à rendre visible et à valoriser leur spécificité, avec en particulier la certification, et la formalisation de règles précises.

En formalisant les règles d'animation, en protégeant le nom "Lego® Serious play®", l'entreprise et les facilitateurs contribuent à garder la spécificité de la méthode, et à empêcher sa banalisation, voire sa cannibalisation par d'autres jeux de construction.

Illustrations : Frédéric Duriez

Ressources sur le Lego Serious Play

Vous pouvez commencer avec le Pearltree de Laetitia Ramberti :
http://www.pearltrees.com/private/id14600865

Et pour vous convaincre du potentiel des briques, le compte tweeter dédié à son "projet de 100 jours" 
https://twitter.com/100dayswithlego

Ressources sur l'utilisation de Lego dans des cadres pédagogiques

Dayna Learning / Lego Lessons - Pinterest 
https://fr.pinterest.com/lemonlimeadv/learning-lego-lessons/

LearningLiftoff - 20 Fun activities for learning with Lego - consulté le 20 mai 2016
 http://www.learningliftoff.com/20-fun-activities-learning-legos/#.Vzd23FNkjct

Sarah Marsh Five ways teachers use Lego creatively in class - The Guardian, janvier 2015
http://www.theguardian.com/teacher-network/2015/jan/13/five-ways-teachers-use-lego-creatively-class

Pole numérique - "La méthode serious play décryptée" - octobre 2014
http://www.pole-numerique.fr/index.php/actualites/17-vie-du-pole/113-ateliers-lego-serious-play-pourquoi-pour-qui-comment-explications

Lego Serious Play - consulté le 20 mai 2016
http://www.lego.com/en-us/seriousplay

"Patrizia Bertini demonstrates Lego Serious Play" sur Vimeo - mars 2015
https://vimeo.com/124614959

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