Par Alexandre Roberge  | a.roberge@cursus.edu

Favoriser l'esprit de communauté pour motiver les étudiants à distance

Créé le dimanche 21 août 2016  |  Mise à jour le mercredi 5 octobre 2016

Favoriser l'esprit de communauté pour motiver les étudiants à distance

Lorsqu’est traitée la question de la formation à distance, le sujet qui revient constamment est celui de la mobilisation des apprenants. Après tout, avec la distance, le fait de pouvoir étudier de chez soi peut rendre difficile l’engagement de l'étudiant, peu importe son âge. Il est si facile d’être distrait, de perdre la motivation de suivre son cours et de décrocher.

Conséquemment, la question devient primordiale dans n’importe quel dispositif de cyberapprentissage : comment garder les étudiants mobilisés durant les semaines ou mois de la formation? Les articles sur le sujet pullulent comme celui-ci où les lapalissades sont nombreuses : il faut bien expliquer les objectifs en début de cours, bien segmenter la formation, offrir de l’interactivité et de la personnalisation, etc.

Très bien, mais outre les listes de conseils, y a-t-il des exemples concrets de formation à distance qui ont réussi à mobiliser les étudiants? La revue Distance et Médiations des Savoirs (DMS) a récemment publié un article sur une expérience française qui semble être une référence intéressante en la matière.

Quand les étudiants se rassemblent à distance

Cette formation est celle du CODIFAD de l’université de Rouen, un cours permettant d’apprendre… à créer des formations à distance. D'une durée de 96 heures se déroulant sur 5 mois, il comprend 32 heures de regroupement virtuel et 64 heures d’apprentissage et de travaux collectifs et individuels. Les travaux collectifs consistent, entre autres, à une initiation sur les usages d’outils communs et de veille, les échanges sur le forum de formation, la réalisation de dossiers collaboratifs sur divers sujets liées à la FAD et la participation à des regroupements hebdomadaires.

L’étude pilotée par Patrick Lemaire et Viviane Glikman s’est surtout intéressée à l’année scolaire 2015 du programme. Ils se sont penchés sur les différents outils de collaboration et ont interrogé une partie des stagiaires qui s’étaient inscrits au programme. Il s'agissait généralement de professionnels de l’éducation déjà salariés, cherchant à apprendre à user des techniques numériques pour améliorer leur enseignement.

La participation induite

Tout d’abord, ils se sont intéressés au forum de formation et à la participation des stagiaires. Ils ont remarqué que ceux qui postaient le plus de messages et étaient le plus actif (55 messages) ont eu de meilleures notes que ceux qui ne participaient pratiquement pas (entre 3 et 11 messages au total).

La plupart des discussions concernaient des sujets plus techniques, mais il y avait aussi des questions pédagogiques, du partage d’informations et même un aspect plus relationnel avec le personnel enseignant, mais surtout entre étudiants. En effet, les chercheurs ont noté que les plus actifs ont formé une véritable communauté virtuelle, se surnommant les « Codifadiens » et organisant même une rencontre réelle post-soutenance pour ceux se trouvant dans la région de Rouen.

Les forums collaboratifs liés à la conception collective de dossiers pour le cours ont été aussi très actifs. L’équipe de tuteurs n’est pratiquement jamais intervenue dans ces forums pour laisser les apprenants développer des liens. D’ailleurs, ils serviront jusqu’à la fin pour des encouragements entre stagiaires.

Par contre, l’usage obligatoire du wiki pour les dossiers a été minoritaire. Souvent, les équipes laissaient à un membre plus à l’aise avec ce langage le soin de la rédaction. Une salle virtuelle avait été aussi mise à la disposition des apprenants afin qu’ils se réunissent, discutent de la planification des travaux et s’entraident sur la réalisation des tâches. Toutefois, cet outil, bien qu’il ait servi, n’a pas eu autant de succès que les forums. Il était souvent difficile pour les stagiaires d’arriver à se connecter en même temps dans la salle. Particulièrement, avec la présence d’apprenants hors de l’Hexagone, il fallait beaucoup d’organisation pour que tous soient présents. Néamoins, l’élaboration des dossiers a aidé à la cohésion entre apprenants.

Les regroupements virtuels étaient des présentations filmées en direct d’intervenants durant lesquelles les apprenants pouvaient discuter grâce à un clavardage. Là encore, ceux qui étaient le plus présents dans ces interventions avaient, généralement, de meilleures notes. Ces visioconférences ont aussi servi à rapprocher le groupe.

Le succès est dans la cohésion

Et c’est véritablement ce qui ressort du CODIFAD et de cette étude. Les apprenants ont davantage créé de liens de cohésion que le personnel de tuteurs. Il faut dire que les besoins étaient très différents pour chaque stagiaire. En effet, si certains avaient de grands besoins — parfois non comblés — de liens avec le personnel enseignant, d’autres ne demandaient presque rien, ne comptant sur eux et que sur leurs collègues. Le dispositif de l’université de Rouen pourrait bénéficier, comme le disent les chercheurs, d’une formation plus étendue qui donnerait un peu plus de temps pour absorber la matière et améliorer davantage les relations entre étudiants surtout en fin de formation où les interactions diminuaient passablement sous l'effet de la charge de travail. Néanmoins, l’approche semble la bonne pour une formation à distance ayant un petit nombre d’étudiants.

Toutefois, l’étude ne dit pas comment recréer ce type de communauté soudée dans un grand groupe. Et que faire de ces personnes qui n’ont visiblement aucune volonté de socialiser avec les autres, mais qui abandonneront en ne le faisant pas? Comment les motiver à participer? Faut-il les obliger en risquant de les faire fuir davantage? Est-ce plus facile avec des adultes professionnels comme ceux du CODIFAD que des jeunes adultes? Sur toutes ces questions, l’étude reste muette.

Dans le meilleur des mondes, les dispositifs de formation à distance arriveraient à trouver des outils de travail et de communication soudant les apprenants et les engageant dans leurs études. En cela, la formation de l’université de Rouen n’est pas une panacée, mais plutôt un début de solution qui mènera peut-être à d’autres dispositifs de FAD encore plus engageant.

Références

"E-learning : Comment Impliquer L’apprenant à Distance ?" Sydologie. Dernière mise à jour : 22 décembre 2014. http://sydologie.com/2014/12/e-learning-comment-impliquer-lapprenant-meme-distance-2/.

Lemaire, Patrick, and Viviane Glikman. "Travaux Collectifs à Distance Et Mobilisation Des Apprenants : L’exemple D’un Diplôme D’université En Ligne." Distances Et Médiations Des Savoirs. Dernière mise à jour : 24 juin 2016. http://dms.revues.org/1462.

"Service Aux Usagers Du Numérique - DU CODIFAD - Concevoir Un Dispositif De Formation à Distance." Service Aux Usagers Du Numérique - Université de Rouen. Consulté le 18 août 2016. http://sun.univ-rouen.fr/du-codifad-concevoir-un-dispositif-de-formation-a-distance-425818.kjsp.

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