Par Denis Cristol  | 4cristol@free.fr

La transformation numérique des pouvoirs publics en trois étapes

Créé le vendredi 28 octobre 2016  |  Mise à jour le lundi 5 décembre 2016

La transformation numérique des pouvoirs publics en trois étapes

Henri Verdier, auteur de « L'âge de la multitude », propose une vision de la transformation numérique de l'état Français. En voici les éléments clés :

La chaîne de valeur mute

La transformation numérique est d'abord une transformation organisationnelle, et une transformation des modèles d'affaire. Le travail se fait de plus en plus fréquemment en open source et de façon collaborative. Le numérique va au-delà de la dématérialisation, c’est une véritable transformation des façons de penser le monde. C’est la thèse défendue par Marc Andreessen[1] l’inventeur de Netscape et auteur de « Internet is hitting the World ». Pour lui une « idée de type software » c’est une manière numérique de poser l'équation qui cherche des effets d'échelle. Cette approche de l’informatique est en rupture de la création de millions de lignes de code des informaticiens. C’est en changeant d’échelle qu’Apple a emporté le marché de la musique dématérialisée, que Airbnb est devenu le premier opérateur mondial sur  le marché de l'hôtellerie et qu’Uber s’est emparé du marché des taxis.

Le numérique transforme radicalement la façon de penser les opérations. Dans l’art de la guerre « traditionnel » le front office est important, de même que la précision des ordres du chef  et l’organisation des circuits d’informations descendantes. La responsabilisation des équipes (empowerment) est faible car les textes et les circulaires régissent ce qui est bon d’être fait. Le succès des GAFA (Google, Amazon, Facebook, Amazon) repose sur le postulat inverse. Le front office est allégé en particulier dans ses lignes hiérarchiques mais il y a un investissement conséquent dans le soutien aux équipes, particulièrement en technologies. La responsabilisation et la décentralisation des décisions sont très fortes. Actuellement, le mouvement se poursuit; Google cherche à réinventer l'automobile à partir de la valeur ajoutée des systèmes d'exploitation. Les nouveaux modèles automobiles viennent moins de l’industrie traditionnelle que des acteurs du net.

La transformation actuelle est un changement complet esthétique, philosophique, social, technologique; c'est une révolution industrielle avec les mêmes effets que les précédentes.  Il faut voir le musée Orsay pour comprendre la transformation liée à  la révolution électrique architecturale poétique et la fée électricité.

L’école et l’éducation actuelles datent des idées de Guizot 1830 et Ferry 1870, une forme d’usinage des enfants par paquet de 30, un découpage par discipline, c’est l’école de Jules Ferry. Selon Carlton Perrez de la London School of Economics, elle est devenue inadaptée, comme de nombreux secteurs régulés de façon centralisés.

La régulation du marché des taxis est devenue inadaptée. Quand on peut disposer d’un taxi en quelques secondes la maraude n'a plus de sens. La construction de la valeur et des services se transforme et transforme aussi les prérogatives de l’état. L'impôt change aussi de sens et la manière de fiscaliser également. Comment  fiscaliser ce qui s'échange en quelques secondes en quelques clics. Faut-il un impôt sur les clics ? La révolution industrielle naît dans les pays accueillants exemple en Angleterre. L'enjeu est de créer des cadres d’action pour prendre la vague et surfer. Comment inventer de nouvelles modalités fiscales ? La TVA est une uberisation des entreprises qui sont devenus des auxiliaires de l'état. Quelle sera la nouvelle invention fiscale pour se doter de moyens de créer les nouveaux cadres d’action ?

Le rôle de soutien de l'état dans la création de biens communs

Internet transforme en profondeur les métiers. Avec internet tout change : la  sécurité sociale, l’éducation, l’armée, les transports. Les états ne font pas exception. Les états doivent aussi s’adapter pour faire face à la puissance des grandes entreprises. Pour Henri Verdier 3 étapes sont incontournables :

Etape 1 : L’investissement dans la maîtrise des technologies

Le premier enjeu est de reconquérir les capacités d'agir, saisir les évolutions technologiques, mais aussi de simplifier les demandes. Il est nécessaire de réussir les grands projets complexes, apprendre la  responsabilité aux porteurs des projets, limiter des gouvernances trop lourdes qui rendent les cahiers des charges complexes et les décisions imprenables.

Pour retrouver l'agilité nécessaire mieux vaut imiter les logiques des start-ups. C’est ainsi que nait un incubateur de Start-ups d'état. Le critère de succès d’une telle start-up est :  « un client affirme «ma vie va mieux qu'avant» ». Cette logique de start-up engage de nouveaux profils comme celui du hacker Harper Reed qui a fait élire Barack Obama mais dont l’apparence aurait fait fuir les recruteurs. La maîtrise des technologies va nécessiter de maîtriser de nouvelles compétences et d’utiliser les sciences de la donnée.

Etape 2 : Construire l'état plateforme

Le succès des GAFA c’est la capacité à partager des informations tout en captant de la valeur du flux traité. C’est précisément ce que permet une plateforme. Devenir plateforme c'est créer une ressource et la partager à des milliers de personnes. C’est ainsi qu’Apple a développé 1 000 0000 d'applications avec des développeurs volontaires qui  partagent leur CA avec Apple. Un développement conventionnel aurait couté des millions d’euros.

L’état Français dans sa stratégie technologique développe des Start-Up d'état pour créer des nouvelles applications et de nouvelles valeurs. C’est ainsi que des nouveaux services comme les marchés simplifiés sont inventés. Cette logique de l'action publique s’intéresse à des enjeux divers comme le projet de plateforme de réservation des taxis pour sortir d’une impasse sociale.

C’est aussi France Connect un système de relation sociale qui permet d'échanger des données sur les citoyens (données pour lesquelles les citoyens dont donné leur accord) afin de simplifier les procédures. Internet est entre la cathédrale et le bazar. Le rôle de l’état est de  créer une place des marchés  un cadre structurée dans lequel toute la souplesse peut s’exprimer.

Etape 3 : Tendre vers un gouvernement ouvert

Open Gov est une démarche internationale qui se développe. Elle réunira en France en fin d’année 2016 plus de 70 pays autour de 3 valeurs clés « Transparence »,  « Concertation » et  «  Contribution ». Open Gov vient d’initiatives issues de la base qui inventent de nouveaux modes d'interactions visant notamment à :

  • Ouvrir les données;
  • Ouvrir les décisions;
  • S'ouvrir aux contributions;
  • Savoir mobiliser les communautés;
  • Susciter l'intelligence collective.
     

Les initiatives viennent de tous les niveaux des organisations et pas seulement des équipes de direction ou des experts en innovation. C’est le constat majeur à observer.

 

Références

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Marc_Andreessen

Startups d’État : l’agilité au profit de nouveaux services numériques - Le portail de la modernisation de l'action publique
http://www.modernisation.gouv.fr/ladministration-change-avec-le-numerique/par-des-services-numeriques-aux-usagers/startups-d-etat

Open Gov - https://opengov.com/

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