Par Nicolas Le Luherne  | n.leluherne@cursus.edu

Au colloque e-educ : penser les organisations éducatives à l'ère de la mobilité

Créé le lundi 28 novembre 2016  |  Mise à jour le mardi 6 décembre 2016

Au colloque e-educ : penser les organisations  éducatives à l'ère de la mobilité

“Ce n'est pas la technique qui est toxique mais notre incapacité à la socialiser.”

Cette citation de Bernard Stiegler utilisée par Marcel Lebrun lors de son intervention reflète bien l’esprit du colloque international e-education. Pendant quatre jours, nous avons tenté de penser l'école autrement et pas toujours sur les sentiers pédagogiques où l’on nous attendait.

J’ai été surpris par la vitesse à laquelle où le numérique s’est effacé derrière l'intérêt des élèves, la manière dont nous pouvions les faire progresser et surtout la manière dont nous avons rêvé l’école et le monde de demain.

Un colloque international et la douce mélodie francophone

La formulation va paraître triviale mais c’est quand même chouette de se dire que pendant ces quatre jours, nous avons réfléchi ensemble aux problématiques éducatives du Québec au Liban, de l'amphithéâtre au live tweet. Penser les organisations éducatives, c’est repenser les canaux de communication. Le colloque est allé au delà de la figure imposée “académique”.

C’est assez surprenant d’assister à une table ronde ou un atelier animé depuis l’autre rive de l’Atlantique. Pour que l’interaction réussisse l’empathie est l’élément principal. Il faut être alors plus engagé car l'obstacle n’est finalement plus la distance mais la capacité d’écouter, d’échanger afin d’apprendre et de partager. Les “doudous numériques” sont le médium mais l’humanité est le lien. 

Un colloque où l’on parle de pédagogie 

Ce sous-titre peut paraître surprenant et même étonnant pour un colloque tenu par deux institutions tel que l’ESENESR et le TELUQ. Je l’ai déjà évoqué en introduction mais le e de e-educ cache toute la saveur des échanges. La grande réussite du colloque est que l’on sort renforcé dans la conviction que la pédagogie l’emporte sur l’outil numérique.  Le collectif Nos ceintures 2 compétences, récompensé par le public lors des Trophées du numérique, est un bel exemple de cette intelligence collective qui utilise le digital comme un levier au service de l’apprentissage des élèves. Les outils numériques ont été facilitants pour construire à distance et la littératie du numérique a permis d’ajouter une couleur à la palette pédagogique.

Prendre de la distance avec les prophéties auto réalisatrices numériques… 

L’explosion et la démocratisation des technologies digitales ont ouvert le champ des possibles pédagogiques, c’est vrai. Mais comme le dit Marcel Lebrun “Les technologies nous condamnent à devenir intelligent” pour répondre aux défis de demain.

Sur les réseaux sociaux, les techno-sceptiques peuvent penser que faire usage du numérique éducatif c’est jouer avec le feu, ces quelques jours de travail ont montré que c’est l’occasion de se poser des questions. J’y ai trouvé, après la conférence de Thierry Karsenti, un appel à un numérique raisonné qui tient compte des changements qui arrivent sous nos yeux. La mobilité, par exemple, devient un principe d'existence pour une partie de la jeunesse. En tenant compte de cette évolution sociétale ; elle conduit la communauté éducative, à penser des parcours d’apprentissage plus flexibles et à différencier.

Les cadres ont toute leur place dans ce changement. Ils sont les facilitateurs du travail d’équipe et du changement. Ils ont toute leur place comme innovateur. Comment ne pas voir les perspectives qu’offrent les robots de télé-présences dans le quotidien des élèves à mobilité réduite. Il faut, toutefois, se garder de l’effet baguette magique du numérique.

… par une anthropologie du numérique

La jeunesse n’est pas uniforme. Pascal Plantard, lors de son intervention, pointe la problématique du regard social et du désir de regard social lié à l’objet numérique. Il évoque des jeunes sans domiciles fixes dans la rue de Rennes. Certains possèdent un téléphone portable sans carte sim. Ils le portent un peu comme d’autres portent une marque de luxe de contrefaçon. C’est un artefact de normalité. Le sentiment d’être comme les autres, d’appartenir au groupe l’emporte.

C’est un autre regard qui se joue lors de la soupe populaire. Le téléphone se cache pour éviter les regards accusateurs. Un smartphone est plus qu’un outil de communication. C’est un objet polymorphe dont la symbolique sociale dépasse largement les services qu’il offre. La littératie du numérique influence nos modes de vie et redéfinit les normes sociales.

Repenser les espaces d’apprentissage

L’établissement, l’école, ne sont plus des espaces à usage unique. Un cours devient un espace de travail et la classe, celui du bruit de la ruche.  C’est une inversion de l’idée de ce qu’est le travail scolaire en classe. Les espaces ont des fonctions floues ou plutôt ils dépassent leur fonction. C’est une géographie métissée de la diffusion, de l’appropriation et de la dissémination des savoirs.

La réflexion invite à repenser l’architecture au travers du prisme du bruit, des changements de position, espace de repos convivialité, salle intelligente, nouvelle dynamique. L’espace devient un acteur important de la cohésion et l'inclusion au sein du groupe. Construire un bâtiment scolaire, l’architecte devient un élément stratégique de la communauté éducative. C’est un travail main dans la main, progressif, pour imaginer, rêver de nouveaux territoires pédagogiques.

Concevoir une organisation éducative en 2020

Alors, est-ce que pendant ces trois jours on a rêvé l'École de demain ? Ma conclusion sera peut-être surprenante : mais non !  Elle est déjà là, sous nos yeux, cette organisation, même si elle est en gestation. Ses expressions sont à chercher dans le quotidien des élèves et des enseignants. Elles grandissent au rythme des algorithmes, de l’intelligence des objets connectés et de l’imagination des enseignants. Ce compte-rendu est bien sûr trop court et je vous invite à consulter les minutes du colloque, ainsi que la balise twitter pour avoir une idée plus exhaustive.

Illustration : tigo partage, fkickr, 2007

Sources :

Colloque E-education - http://e-education2016.com/

Poster un commentaire

Commentaires

0 commentaire