Par Federica Minichiello  | f.minichiello@cursus.edu

Crowdsourcing et bibliothèque (Thèse)

Créé le mardi 6 décembre 2016  |  Mise à jour le lundi 12 décembre 2016

Crowdsourcing et bibliothèque (Thèse) Exemple de campagne de "crowdfunding" (1830)

L’intelligence collective, nouveau moteur de l’économie et du développement ? Le Good Judgement Project, une expérimentation sur quatre ans de l’agence américaine Intelligence Advanced Research Projects Activity, permet au grand public de participer à la prévision d’événements géopolitiques, un domaine auparavant réservé aux agences de renseignement.

Une thèse récente traite des différentes modalités dont dispose une bibliothèque pour faire appel à cette "sagesse collective", des procédés d’externalisation qui transforment la politique documentaire désormais partagée avec les utilisateurs.

Le crowdsourcing (production participative) peut-il s’avérer profitable pour les bibliothèques ?

Quelques exemples

L’auteur illustre dans sa thèse une quantité impressionnante d’exemples et de pratiques participatives dans des bibliothèques à travers le monde. En voici une sélection :

  • Mise en ligne et modération participative des contenus
     

    Le projet Oxford’s great war archive de l’Université d'Oxford : une archive réalisée à partir de contributions individuelles sur la Grande Guerre (lettres, photographies, souvenirs à numériser, avec des notices rédigées par le grand public).
    Ce projet a ensuite été repris, à l’échelle européenne, par Europeana 1914-1918.
     
  • Correction participative de la reconnaissance optique de caractères (OCR)  
     

    L’initiative Transcribe Bentham de l’University College London pour retranscrire le travail du philosophe britannique Jeremy Bentham ou le jeu finlandais Digitalkoot, incitant à retranscrire le plus rapidement possible des mots affichés sous forme d’image (avec une qualité finale d’OCR corrigé de 99%!).

  • Indexation participative
     
    Le projet Les herbonautes du Muséum national d’histoire naturelle, une initiative d'annotation collective qui permet de construire un des plus grands herbiers numérisés au monde.
     
  • Numérisation à la demande
     
    Le Réseau européen ebooks en demand (EOD) : 40  bibliothèques dans 12 pays européens, 3,5 millions de notices bibliographiques. Le fonctionnement "à la demande" permet d’externaliser le financement de la numérisation sur un individu ou une structure mécène, évitant ainsi des programmes de numérisation à large échelle, très couteux et de moins en moins pertinents. 
     

L’auteur revient en particulier sur sa participation au projet de numérisation, Numalire, une expérimentation sur huit mois (2013-2014) menée dans huit bibliothèques parisiennes. La demande de numérisation était suivie par l’émission d’un devis, une étape particulièrement chronophage pour les équipes qui consiste à décrire matériellement le livre (nombre de feuillets, format, angle d’ouverture, etc.) pour chiffrer le prix de la numérisation. L’impossibilité d’un achat dit "d’impulsion" a fortement entravé le succès de l’expérimentation, suggérant comme piste d'amélioration la suppression du devis préalable – avec l'utilisation, en alternative, d'outils comme le digitization cost calculator.


Les pistes de réflexion

Si les pratiques participatives présentent des avantages en matière de coûts et de résultats, les inconvénients persistent : la charge de vérification de la qualité des données produites et, parfois, un faible retour sur investissement.

Parmi les axes de travail proposés par l’auteur:

  1. ludifier davantage les tâches ingrates associées à la numérisation;

  2. réfléchir à des stratégies "marketing" pour mieux valoriser la contribution de l’utilisateur et la reconnaissance de son travail. L’auteur propose notamment une taxonomie des motivations des utilisateurs (curiosité, dévéloppement personnel, esprit de compétition, sentiment d'utilité etc.).
    L’argent, par exemple, ne semblerait pas avoir d’impact sur la qualité des données produites (mais en aurait sur le degré de participation);

  3. associer le crowdfunding à la publication en libre accès, pour que le financement participatif ouvre la voie "or" de la publication en open access (Gold OA, un accès immédiat et direct aux publications scientifiques) favorisant ainsi un glissement de modèle économique de l’auteur-payeur au mécène-payeur;

  4. mutualiser ce type d’expériences, au sein des bibliothèques, pour éviter des démarches individuelles et concurrentielles extrêmement onéreuses.

Illustration : Guffanti (17..-18..), BNF - Gallica

Références

Andro, M. (2016). Bibliothèques numériques et crowdsourcing : Expérimentations autour de Numalire, projet de numérisation à la demande par crowdfunding. Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis. https://hal.archives-ouvertes.fr/tel-01384692

Smith-Yoshimura, K. (2012). Social Metadata for Libraries, Archives, and Museums: Executive Summary. OCLC Research. http://www.oclc.org/content/dam/research/publications/library/2012/2012-02.pdf  https://www.youtube.com/watch?v=a75h1vte4QA&feature=youtu.be

(Dernière consultation : décembre 2016)

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